‹ Histoire du choléra-morbus dans le quartier du Luxembourg, ou, Précis des travaux de la commission sanitaire et du bureau de secours de ce quartier, suivi de documens statistiques sur les ravages que la choléra y a exercésChapitre 22 sur 27 · CONTAGION. INFECTION · texte numérisé non relu

CONTAGION. INFECTION

Si le choléra- morbus était contagieux, il est certain que les personnes qui par profession, comme les médecins et les gardes, sont le plus souvent dans le cas d'approcher des malades, auraient été celles parmi lesquelles la contagion aurait moissonné le plus de victimes. Le bureau de secours surtout auquel affluaient tant de cholériques, et dont les médecins et élèves en ont tant visités, aurait dû subir la plus large part dans la mortalité.

Or, ce bureau, qui a compté successivement

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jusqu'à 1 08 personnes attachées à son service (i ) n'en a pas perdu une seule.

(r) Savoir :

Le directeur du bureau x

Médecins 33

Pharmaciens 6

Elèves internes . 3

Elèves externes ayant fait le service de médecins. 1 5

Elèves externes 40

Agent-comptable i

Infirmiers » . . . 9

Au reste , si le bureau de secours n'a pas perdu une seule personne , il a malheureusement compté 38 cas morbides , sur lesquels

Choléras intenses 8

Cholérines 17

Affection étrangère au choléra i

Affections non constatées 2

Pour avoir une idée exacte de la proportion du nombre de ces malades à celui des personnes de service, il importe de se fixer sur ces deux nombres , et d'abord de réduire à 80 celui du personnel du bureau , attendu que le chiffre de 108 comprend tous ceux qui , ne fûtce qu'un seul jour, ont fait le service , et ensuite de baisser à 25 celui des maladies , à cause de celles qui sont étrangères au choléra ou qui ne sont pas constatées. Cela fait , cette proportion de 25 à 80 est, à la première vue , à-peu-près la même que celle des malades du quartier, puisque nous avons trouvé qu'ils s'étaient élevés au tiers de la population ; mais , si l'on considère que les personnes de service au bureau

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. Parmi les médecins du quartier, au nombre de 45 environ, il n'en est mort qu'un, et parmi les garde-malades qui sont à -peu -près 200 à 260, il ne s'est trouvé que deux décès.

Il semble encore que, dans l'hypothèse de la contagion, des familles entières auraient dû s'éteindre en grand nombre; or, parmi les 4o6 décès sur 20862 habitans du quartier du Luxembourg, sait-on combien il y a eu de familles où il ait péri plus d'une personnes? 9 seulement, à savoir 8 où il en est mort 2 et une 3; total, 17 décès , dont 3 ont frappé le père , la rnère et le fils^ 10 cinq maris et leurs femmes, 2 le père et le fils, et 2 la mère et la fille.

Enfin, si la question de la contagion pouvait encore en être une , elle achèverait de se vider, à l'inspection du tableau suivant de Télévation de la mortalité dans les maisons atteintes :

appartenaient tous au sexe masculin, qui a moins souffert que l'autre, et qu'elles étaient presque toutes dans l'aisance el dans la force de l'âge, c'est-à-dire , dans les conditions les plus favorables , on reconnaîtra bien vile que la proportion de leurs malades a été plus grande que celle des malades de la même classe dans le quartier. Il ne faut pas attribuer cette plus forte proportion à la contagion, ni à aucune autre cause qu'à l'excessive fatigue causée par le service du bureau.

179 maisons ont eu

1 décès.

j 79 décès

Ce tableau, à ce qu'il nous paraît, prouve contre la contagion; car si elle était admise, 260 maisons atteintes lui auraient fourni plus de 4o6 victimes, et surtout il ne se trouverait pas 179 maisons qui n'auraient eu chacune qu'un décès.

Mais si l'on est fondé à affirmer, d'après les faits, que le choléra n'est pas contagieux, peut-être peut'On prétendre qu'il se propage par infection, c'est-à-dire, qu'une même cause locale d'insalubrité donnant Je germe du mal à plusieurs, l'étend par cela même à d'autres avec plus de puissance. L'infection serait, si l'on veut une sorte de contagion, mais qui n'agirait que sous l'influence première , principale, immédiate et circonscrite d'une cause locale et énergique d'insalubrité, et qui ne se produirait pas par le con-

(i) La caserne des Sapeurs-pompiers de la rue du Vieux-Colombier qui coujple 34b habiîaus et qui est fort iusaiubre.

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tact des personnes ni des choses , mais par celui de l'air.

Ce qui tendrait à le démontrer, c'est que sur 8i maisons où il y a eu deux ou un plus grand nombre de décès, il y en a eu 71 où l'insalubrité de la voie publique, celle de l'intérieur, celle de l'indigence, celle de l'encombrement de la population , ou celle de quelque cause voisine peut prêter l'apparence de la réalité à cette hypothèse de la propagation de la maladie par l'infection.

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