‹ Histoire du choléra-morbus dans le quartier du Luxembourg, ou, Précis des travaux de la commission sanitaire et du bureau de secours de ce quartier, suivi de documens statistiques sur les ravages que la choléra y a exercésChapitre 3 sur 27 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Quelque immenses qu'aient été, sous le rapport sanitaire , les améliorations dont le gouvernement impérial dota la ville de Paris, quelque notables même que soient celles dont elle est redevable à l'administration de M. de Chabrol, cependant il faut convenir, à la honte de cette grande cité , qui aspire pourtant à passer pour la capitale des arts , des sciences et de la civilisation, que jusqu'à ce jour elle est demeurée abandonnée, dans ses rues, dans ses édifices, dans ses maisons, à l'insalubrité la plus dégra-

dante et la plus périlleuse. Ce déplorable état de choses, Vobjet perpétuel de l'étonnement des étrangers, était en quelque sorte inaperçu pour ses habitans, tant il était ancien, et tant, il faut le dire, il était comme passé dans leurs coutumes. La faute en est d'abord aux choses, à l'antiquité même de la ville , dont le berceau disparaît dans la nuit des temps , et à ses accroissemens successifs et irréguliers, auxquels ne put jamais présider aucun système général. Mais la faute en est aussi aux hommes : elle en est , depuis un temps immémorial, à l'administration, qui trop souvent sommeilla elle-même, au milieu du sommeil de tous , au lieu d'éveiller par sa sollicitude perpétuelle la sollicitude de chacun , et qui tant de fois prodigua en vaines dépenses les deniers nécessaires à l'assainissement. La faute en est surtout au pouvoir législatif, qui toujours, au mépris des promesses faites, omit de donner à Paris , plus encore qu'aux autres cités de France, de véritables institutions municipales.

L'approche d'un fléau qui s'annonçait longtemps à l'avance par l'effroi qu'il inspirait, et qui , disait-on , avait surtout sa proie marquée aux lieux insalubres, tira enfin tout le monde, et les administrateurs et les habitans, de leur léthargie. C'est alors qu'on imagina d'organiser des commissions sanitaires, sorte d'institution muni-

cipale que la nécessité valut pour un temps à la ville de Paris, en l'absence de celles que lui devait la loi. La pensée en naquit vers la fin d'août, sous l'administration de M. Vivien; elle commença à se réaliser en septembre , vSous celle de M, Saulnier. Le Conseil de salubrité devenait Commission centrale , laquelle correspondait avec des Commissions d'arrondissement ; ces dernières, à leur tour, avec des Commissions de quartier, sans aucune prééminence cependant des unes sur les autres. Peut-être l'exoérience a-t-elle fait voir que celles d'arrondissemens étaient un rouage inutile (i); car celles de quartier étant autorisées , en cas d'urgence , à correspondre directement avec la Commission centrale ou le préfet de police , c'est ce qu'elles ont presque toujours fait. Ces Commissions étaient composées de notables, de médecins et de cliimistes; leurs fonctions étaient gratuites; elles embrassaient à-la-fois la voix publique, les lieux et les édifices publics et les propriétés particu-

(i) Pendant le temps qui s'est écoulé depuis l'établissement des Commissions jusqu'à l'invasion du choléra, il ne fallait rien moins qu'une Commission par chaque quartier correspondant avec une Commission centrale, pour suffire à tous les besoins ; dans cette organisation , nous le répétons, l'expérience a fait voir que les commissions d'arrondissement étaient inutiles. A l'avenir, il faudra supprimer les Commissions de quartier, il suffira alors dans chaque arrondissement d'une Commission en relation avec la Commission centrale.

lières, en un mot, tout ce qui se rapporte à la salubrité générale. Leur principal, nous dirions presque leur seul moyen d'action était la persuasion; cependant, dans les cas prévus par les réglemens sur la voirie, si elles n'avaient rien pu obtenir par la persuasion, elles pouvaient recourir aux commissaires de police , et alors on rentrait dans la voie administrative.

Les membres de la Commission de salubrité du quartier du Luxembourg, réunis une première fois par les soins du maire de l'arrondissement, se constituèrent, sans perdre de temps, en nomriiant leur président et leur secrétairerapporteur, celui-ci chargé, outre la rédaction des procès-verbaux , du soin de transmettre les rapports à la Commission d'arrondissement «t d'y donner tous les renseignemens nécessaires (i).

La Commission commença immédiatement son œuvre, et tint sa première séance le 6 octobre.

(i) La Commission de salubrité du quartier du Luxembourg se composait de Messieurs :

H. Boulay de la Meurthe aîné , président ;

Le docteur Tâcheron, médecin, secrétaire-rapporleur;

Godde, architecte;

Le docteur Vignardonne , médecin ;

Le docteur Denis, médecin;

Le docteur Fournier, médecin;

Le docteur Nolelte , médecin ;

Blondeau, pharmacien;

Prunier-Quatremère , commissaire de police du quartier.

Mais avant de tracer l'historique rapide de tous ses travaux, il convient de jeter en passant un coup-d'œil sur le quartier qui en fut le théâtre.

Le quartier du Luxembourg est un des plus peuplés et des plus étendus de Paris.

Sa population est de '^10,862 âmes (i). Il compte :

49 rues, 2 impasses,

5 passages, avenue ou ruelle, 2 places, i carrefour,

4 boulevard sous divers noms , 4 chemins de ronde.

Ses maisons sont au nombre de 863.

Quant à sa figure topographique, nous n'en^ treprendrons pas de la décrire en détail; la plus simple inspection d'un plan de Paris en apprendra plus sur ce sujet que beaucoup de paroles (2).

(i) Le recensement officiel de i83i donne une population totale dt^ 20,790; la légère différence entre ce chiffre et le nôtre provient de vérifications faites dans quelques nouvelles constructions.

(2) Voyez à la finie plan du quartier, dessiné par M. Schmit, chef au ministère des cultes, artiste-lithoiçraphe distingué, qui n'a consenti à recevoir aucun paiement pour ce travail, et imprimé-parM. Manloux, imprimeur-lithographe, qui n'a voulu se faire payer que ses déboursés.

Nous dirons seulement qu'elle est fort irrégulière et qu'elle présente presque uniquement trois grandes faces, au midi, au nord, à l'est. Depuis les carrefours de i'Odéon , de l'Abbaye et de la Croix-Rouge, qui sont ses extrémités inférieures , elle s'élève et s'étend jusqu'à la place de l'Observatoire et jusqu'aux quatre barrières du Mont-Parnasse, du Maine, des Fourneaux et de Vaugirard , qui sont ses points culminans.

Ce quartier se divise en trois parties bien distinctes, séparées, la première de la seconde par toute la rue de Vaugirard , et la seconde de la troisième par les rues du Petit-Lion et du Petit- Bourbon, par la place Saint-Sulpice et la rue du Vieux-Colombier. La première que nous appellerons région sv/périeure, forme un plateau qui ne le cède en élévation qua celui du Panthéon; la seconde, que nous pouvons nommer région 7noyenne, offre presque partout une pente et semble un gradin qui monte au plateau du I^uxembourg et qui descend vers la région inférieure ^ celle-ci figure presque de tous points une surface plane aux pieds de la seconde.

La région supérieure, qui renferme le jardin et les pépinières du Luxembourg, les boulevards du Mont-Parnasse, d'Enfer et du Maine, des rues pour la plupart larges et bien aérées, de nombreux jardins particuliers et de vastes espaces

libres ou en cuitiire, est à bon droit réputé le quartier le plus salubre de Paris. Néanmoins tout le territoire compris entre la chaussée du Maine et les barrières des Fourneaux et de Vaugirard , habité par une population indigente , et placé sous la fâcheuse influence de la voirie des Fourneaux, de plusieurs fabriques et d'une voie publique insalubres , devait attirer très sérieusement l'attention de la Commission sanitaire. Il en était de même des rues Noîre-Dame-des- Champs, Jean-Bart et Duguay-ïrouin, dépourvues de pavage en tout ou en partie et dans lesquelles les eaux pluviales et ménagères manquant d'écoulement, et les immondices de toutes sortes amoncelées , formaient des foyers d'infection et d'insalubrité.

La région moyenne qui contient tout l'espace renfermé entre les rues de Gondé, Tournon, Garencière, Servandoni, Férou, du Pot-de-Fer, Cassette, d'Assas, du Regard et du Cherche-Midi, espace habité en général par la classe aisée, et dans laquelle la pente du terrein est plus prononcée et favorise l'écoulement des eaux; cette région, disons-nous, à l'exception de quelques petites rues, comme celles dites Honoré-Chevalier, du Gindre, Carpentier, partageait avec la région supérieure la réputation d'être le quartier le plus sain de Paris.

Mais il n'en était pas de même de la région inférieure dont le territoire s'étend depuis la Croix-Rouge jusqu'au carrefour de l'Odéon , et qui est clos d'un côté par la rue du Vieux-Colombier, la place Saint-Sulpice, les rues du Petit-Bourbon et du Petit-Lion, et de l'autre par les rues du Four et des Boucheries. Dans tout cet espace, excepté les rues de Seine, du Petit- Lion, du Petit-Bourbon, des Quatre-Yents, et celles qui ceignent le marché Saint-Germain, toutes les autres étroites, obscures, mal aérées, habitées en grande partie par de pauvres gens, composaient un des quartiers les plus insalubres de la capitale. On remarquait surtout entre celles-ci, comme étant dans les conditions les plus défavorables, sous le rapport de la santé publique, les rues Beurrière, Neuve-Guillemain, des Canettes, Guisarde ^ Princesse, et du Cœur- Volant.

Mais la cause d'insalubrité la plus pernicieuse, et dont l'influence malfaisante s'étendait le plus au loin dans le quartier, c'était un ruisseau qui servait à l'écoulement des eaux d'une ancienne mare placée à l'extrémité sud de la pépinière du Luxembourg. Cette mare , dans le temps que les Chartreux étaient propriétaires de ce vaste enclos qui est aujourd'hui la pépinière , servait en quelque sorte d'égoût à toutes les eaux du fau-

bourg Saint- Jacques; eux-mêmes les y avaient conduites, parce qu'ils y puisaient, comme dans un réservoir, un engrais pour leur culture. Depuis eux, les eaux avaient continué d'y affluer, mais n'en étant plus retirées comme de leur temps, elles avaient fini par y déposer à la longue une vase épaisse qui exhalait l'odeur la plus maligne et la plus fétide , dans le haut de l'avenue de l'Observatoire et dans le quartier environnant. Les plaintes à ce sujet étaient devenues tellement vives que l'administration, il y a cinq à six ans, avait dû s'occuper d'en faire disparaître la cause; mais elle n'avait imaginé rien de mieux pour y parvenir que de dessécher la mare, non pas en détournant les eaux qui s'y rendaient, mais en donnant à ces eaux un écoulement au moyen d'un aqueduc, dans la pépinière, et, à sa sortie, d'un ruisseau à ciel ouvert qui les conduirait parles rues de l'ouest, de Madame, de Vaugirard, Cassette, Honoré -Chevalier, du Pot-de- Fer, du Vieux-Colombier et de la place Saint- Sulpice, jusqu'à la bouche de l'égoût qui est située à l'entrée de la rue des Canettes. C'est ce qui avait été fait, ce qui avait coûté beaucoup d'argent, et ce qui, au lieu de remédier au mal, n'avait fait que l'étendre au loin. En effet, ce qu'il eût été si facile de prévoir était arrivé, c'est que les eaux qui déjà affluaient infectes à la mare, et

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qui s'y infectaient encore plus en passant sur un lit de vase, répandaient ensuite dans tout le quartier qu'elles parcouraient cette odeur insalubre et insupportable qui était autrefois concentrée dans un foyer unique et restreint. Ces inconvéniens se faisaient surtout sentir quand l'abondance des eaux étant plus considérable, elles entraînaient avec elles une plus grande quantité de cette vase fétide, ce qui arrivait fréquemment, soit par Teffet naturel de la pluie, soit par l'effet de certaines causes locales dans le faubourg Saint- Jacques. Cet état de choses, outre son incommodité excessive pour les propriétaires riverains, était dangereux au plus haut degré, et l'on citait plusieurs exemples de maladies contractées sous cette maligne influence, dont quelques-unes avaient été suivies de mort. On croira sans peine que les plaintes des habitans du quartier n'avaient pas tardé à se faire entendre ; elles étaient unanimes, opiniâtres et pleines de mécontentement et d'angoisses; mais jusqu'au jour où la commission du Luxembourg avait été instituée, elles n'avaient encore obtenu aucune satisfaction. Les points que nous venons de signaler étaient ceux qui se faisaient principalement remarquer; du reste , comme dans toute la ville, la voie publique et les habitations particulières, l'une par ses imperfections, les autres par leurs vices nom-

breux, devaient exiger un long et minutieux travail d'investigations.

L'ensemble de ces travaux était immense, d'autant plus que le temps pendant lequel ils devaient être accomplis était fort court, à cause de la double approche de l'hiver, pendant lequel ils seraient en grande partie forcément suspendus, et du choléra dont on avait d'un moment à l'autre à craindre l'invasion,

La Commission comprit tout d'abord qu'il lui serait physiquement impossible , quels que fussent son zèle et ses efforts , d'achever tant de travaux dans le temps donné, si elle ne se faisait assister par le plus grand nombre possible d'auxiliaires choisis parmi les notables du quartier. Outre Fassistance réelle et positive qu'elle trouvait dans ce concours, elle devait y puiser encore une très grande force morale de considération et de persuasion qui lui rendrait beaucoup plus facile l'accomplissement de son œuvre.

Ses travaux se divisaient naturellement en deux parties : ceux qui concernaient la voie pidjlique , les établissemens publics et tous les cas plus graves d'insalubrité, et ceux qui embrassaient toutes les habitations particulières. Elle se réserva plus spécialement les premiers, et elle crut qu'elle pouvait confier les seconds à des notables, dont elle dirigerait les efforts , d'après une

marche uniforme, vers un but commun. A cet effet, elle partagea tout le quartier en ilôts, au nombre de onze, chacun de ses membres en avant un ou deux sous sa direction, et elle rédigea un règlement pour la visite des maisons. Chacune d'elles devait être visitée par deux commissaires-adjoints au moins et autant que possible, l'un médecin ou pharmacien, et l'autre architecte ou maître maçon ou charpentier. Ils étaient nantis d'une commission imprimée portant le vu du maire et la signature du directeur de l'îlot et du président de la Commission. Ils étaient porteurs de bulletins imprimés dans lesquels tous les cas d'insalubrité étaient énoncés, et où se trouvaient deux colonnes dont l'une servait à la constatation des causes d'insalubrité, et l'autre à l'indication des réparations réputées nécessaires. Le directeur de l'îlot devait ensuite ou de lui-même ou après en avoir référé à la Commission , écrire aux propriétaires dont les maisons avaient été reconnues insalubres pour leur dénoncer à-la-fois le mal et le remède, avec prière d'appliquer l'un à l'autre, des formules de lettres ayant été imprimées à cet effet, destinées à être revêtues du visa du maire et de la signature du président de la Commission et du directeur de l'ilot. Si cette prière écrite ne suffisait pas, des démarches seraient tentées pour y joindre des

sollicitations verbales; après quoi, si elles demeuraient sans résultat, rapport en serait fait à l'autorité compétente pour provoquer de sa part soit l'application de tous les moyens légaux, soit à défaut de ceux-ci la présentation des projets de loi qui seraient jugés nécessaires.

Ce règlement arrêté et toutes les dispositions prises, la Commission convoqua sans tarder 90 notables environ, la plupart électeurs ou officiers de la garde nationale, et choisis autant que possible dans les professions ci-dessus citées. Presque tous se rendirent à cet appel; la réunion eut lieu le 22 octobre, et la Commission sanitaire, après avoir exposé par l'organe de son président, le but de l'assemblée, la nature des travaux et le résultat à atteindre, eut lieu de se féliciter du zèle et de l'ardeur qui s'y manifestèrent ; tous les membres présens acceptèrent l'utile et pénible mission qui leur était offerte; ils furent, séance tenante, répartis entre les divers îlots pour y procéder à la visite des maisons; et cette visite commença dès le lendemain , et fut poussée avec la plus grande activité. En moins de deux mois , ainsi qu'il résulte d'un relevé fait avec beaucoup de soin, par M. le docteur Nolette, 924 propriétés publiques ou privées dont se compose le quartier du Luxembourg,avaientété visitées; 622 n'avaient donné lieu à aucune observa-

tion; ^01 avaient été reconnues plus ou moins insalubres; les bulletins qui avaient été dressés de toutes cesvisites constataient 783 observations relatives à des causes d'insalubrité, parmi lesquelles 21 5 se rapportaient à des lieux ou fosses d'aisance, 1 43 à des eaux ménagères ou pluviales stagnantes , i^ok des pavés à remanier, 49 à des fumiers, /40 à des animaux domestiques nuisibles sous le rapport de la salubrité , 43 à des puisards, 39 à des plombs, 36 à des gargouilles, le reste en moindre nombre à des ruisseaux en mauvais état, à des puits, à des immondices et à des maisons, écuries ou cours généralement mal tenues ou humides. Des lettres pressantes avaient été écrites aux propriétaires des 402 maisons sujettes à observations pour leur signaler toutes les causes qui les rendaient insalubres, et leur indiquer les réparations nécessaires à leur assainissement; des démarches actives avaient suivi de près ces lettres, et, grâce à tant d'efforts, déjà, au commencement de rhiver, la Commission pouvait conjecturer, d'après les renseignemens qu'elle avait recueillis, que la moitié au moins de ces réparations avaient été faites. La mauvaise saison rendant impossibles les travaux de réparations extérieures , suspendit forcément ceux des notables visiteurs; mais au retour du printemps, et surtout quand éclata le choléra, ils fu-

rent repris avec une plus grande activité; de nouvelles visites furent faites, plus sévères encore que les premières, et en très peu de temps presque toutes les maisons restées jusqu'alors insalubres, furent assainies. A peine aujourd'hui, dans le quartier du Luxembourg, en reste-t-il 4^ qui laissent quelque chose à désirer sous le rapport de la salubrité , et dans toutes celles-là on peut affirmer que l'impossibilité seule, résultant soit de la disposition des lieux, soit de la gène des propriétaires, a été cause que les réparations nécessaires n'ont pas été opérées.

Cependant la Commission n'avait pas même attendu que tout ce vaste service de visites des maisons particulières fût organisé, pour entreprendre et pousser avec activité les travaux qu'elle s'était plus spécialement réservés. Dès le 10 octobre, elle avait fait en corps une visite générale de son quartier pour l'étudier dans son ensemble, et se fixer sur les points principaux où devait porter son attention. Dans cette première visite, et dans celles qui lui succédèrent de très près, elle reconnut que les objets les plus urgens étaient le ruisseau de la mare du Luxembourg, la voirie de la barrière des Fourneaux, qui était un des lieux de dépôt des boues et immondices de Paris, le défaut de pavé dans tout oîi partie des rues Duguay-Trouin,

Jean-Bart, des Fourneaux et Notre-Dame-des- Champs, etla continuation de la rue de Madame.

Elle voulut voir de ses yeux plusieurs établissemens privés et plusieurs maisons qui lui étaient signalés comme plus particulièrement insalubres, dans divers endroits, et notamment sur le boulevard du Mont-Parnasse et dans les rues du Cœur-Volant, Guisarde, du Vieux-Colombier, des Canettes et Cassette.

Elle s'arrêta surtout à un puisard mfect , rue Mabillon , n° 12, dont l'existence remontait à celle de l'ancien marché Saint-Germain, et qui n'avait pas été vidé depuis ce temps.

Elle dut s'occuper spécialement, quoiqu'elle n'appartînt pas à son quartier, mais à cause de la maligne influence qu'elle y exerçait, d'une fabrique de sang sise hors de la barrière des Fourneaux.

Elle s'attacha à faire visiter avec le plus grand soin par ses propres membres ou par des notables adjoints tous les établissemens publics, le marché Saint-Germain , le Luxembourg et ses dépendances, les trois casernes des rues de Vaugirard, de Tournon et du Vieux-Colombier, les quatre barrières du quartier, les deux églises de Saint-Sulpice et des Carmes , le séminaire Saint- Sulpice,le collège Stanislas, le théâtre du Luxembourg et généralement toutes les communautés,

■— 17 — toutes les maisons d'éducation nombreuses dans le quartier, les écoles, les corps-de-garde, les hôtels garnis, les cabinets de lecture, les cafés et les établissemens de marchands de vin.

La voie publique fixa surtout son attention la plus sérieuse.

Ces objets et bien d'autres qu'il serait trop long d'énumérer ici, devinrent le sujet d'autant de rapports spéciaux.

Passons rapidement en revue ceux qui méritent le plus d'être mentionnés, et notons en même temps les résultats obtenus et ceux qui ne le sont pas encore.

Le ruisseau de la mare du Luxembourg fut le premier point dont s'occupa la Commission. Un rapport de M. Godde , en date du i5 octobre i83i, indiqua à-la-fois les causes qui infectaient ce ruisseau et les moyens d'y remédier, au moins momentanément , jusqu'à la construction d'un égoût. La Commission , malgré toute la chaleur et la persistance qu'elle mit à rappeler sans cesse à l'administration les conclusions de ce rapport, n'en put rien obtenir que des promesses jusqu'au moment de l'apparition du choléra; nous dirons dans la suite de ce récit ce qui fut accompli à cette époque pour délivrer le quartier du danger que lui faisait courir ce ruisseau.

Le même rapport s'occupait aussi de la voirie

des Fourneaux, qui exhalait au loin une odeur pestilentielle, et concluait à sa suppression immédiate. Quinze jours après, le i^" novembre, l'ordre était donné et aussitôt exécuté de la supprimer, et ainsi disparaissait avec elle une des causes les plus nuisibles d'insalubrité. C'est sans doute à cette suppression que le chemin de ronde de la barrière des Fourneaux fut plus tard redevable de ne pas compter un seul décès du choléra. Le défaut de pavage dans tout ou partie des rues Jean-Bart, Duguay-Trouin , des Fourneaux et Notre-Dame-des-Champs , et tous lesinconvéniens qui en étaient la suite, dénoncés dans des rapports nombreux sur la voie publique, tant des membres de la Commission , que des notables adjoints, imprimèrent une nouvelle impulsion à l'action administrative. La police adressa aux propriétaires des sommations par suite desquelles ces rues furent plus ou moins promptement pavées ou au moins nivelées; les amas d'immondices qui les encombraient disparurent; les eaux qui y séjournaient reçurent une pente et purent s'écouler, et elles se trouvèrent de la sorte assainies autant que le permettaient les circonstances. Les deux rues Jean-Bart et Duguay- Trouin n'ont pas eu dans la suite une seule victime du choléra parmi leurs habitans.

La continuation de la rue de Madame qui de-

Tait donner du jour, de l'air et des débouchés de toute nature à la partie du quartier qui est le plus insalubre et où le choléra a le phas exercé de ravages, était aussi un objet de trop d'importance pour que la Commission négligeât de s'en occuper. Dans toutes ses lettres au Préfet de police, elle eut soin de la placer toujours au premier rang de ses réclamations; jusqu'à ce jour toutes ses instances à ce sujet sont demeurées inutiles , sans doute contre le vœu de l'autorité ellemême; mais la Commiss'on se propose de les renouveler jusqu'à ce qu'elles soient suivies du résultat qu'elle espère obtenir.

La fabrique de sang de la barrière des Fourneaux , signalée comme nuisible dans un rapport spécial , subissait les changemens et la surveillance qui devaient en faire disparaître les dangers qu'elle offrait pour la santé publique.

La vidange du puisard de la rue Mabillon, n® 12, qui ne pouvait pas s'ajourner sans péril, menaçait cependant de traîner en longîieur par suite de difficultés survenues entre une dame, propriétaire de la maison et la ville pour savoir sur qui retombait la charge de le vider. La Commission , dans cet état de choses, éclairée par un rapport de MM. Godde, Vignardonne et Nolette, sollicitait vivement et sans cesse la police d'en ordonner d'office le curage, au risque de qui il

appartiendrait. La, police se rendit enfin à ses vœux , lorsque le choléra commença à sévir, et cette vidange, ordonnée le 7 avril, fut opérée dans les vingt-quatre heures, à la diligence «le M. Prunier-Quatremère , commissaire de police du quartier.

Le marché Saint-Germain devint de la part de M. le docteur Tâcheron la matière d'un rapport très circonstancié, dans lequel étaient signalés le mauvais état du pavé en général, la stagnation des eaux dans plusieurs endroits et notamment dans les ruisseaux , l'état de dégradation de la fontaine, le défaut d'eau nécessaire à son alimentation, la nécessité d'établir des bornes-fontaines, la malpropreté des murs, des persiennes, des toitures et des caves, la mauvaise qualité qui se faisait remarquer trop souvent et quelquefois la putréfaction des alimens exposés en vente, l'enlèvement trop peu fréquent des immondices , etc. L'administration rémédia à la plupart des vices dénoncés dans ce rapport et qui le furent itérativement dans ceux de MM. Armez et Durand-de-Saint-Amand, notables surveillans; le pavé fut remanié, les eaux reçurent en général de l'écoulement , la fontaine fut restaurée, l'eau y afflua en plus grande abondance , on employa des tuyaux de pompe à l'arrosement, et l'on nettoya les parties du marché

qui jusque-là n'avaient pas été tenues dans un état de propreté suffisant. Mais les bornes-fontaines ne furent pas encore établies, et c'est un point sur lequel la Commission se propose de revenir sans cesse jusqu'à ce qu'elle l'ait gagné.

Le même rapport se plaignait vivement de l'insalubrité, de la malpropreté et de l'inconvenance sous tous les rapports , du corps-de-garde de la mairie de la XP légion , auquel il devenait impossible de donner l'air, le jour et l'élévation qui lui manquaient. Le local servant à l'étatmajor offrait également de graves inconvéniens, à cause de son humidité. Ces plaintes réitérées de la manière la plus pressante dans deux rapports subséquens et dans toutes les lettres du Président de la Commission furent enfin entendues, lors de l'apparition du choléra. LaXIe légion est aujourd'hui en possession d'un corpsde-garde spacieux, élevé, aéré, bien clair et parfaitement sain ; son état-major occupe un local y attenant, dans lequel n'existe plus aucun des inconvéniens de l'ancien. L'une et l'autre en sont redevables non-seulement à la Commission sanitaire du quartier du Luxembourg , mais encore au zèle diligent avec lequel M. ie Maire de l'arrondissement s'est entremis pour lever toutes les difficultés que rencontrait cette amélioration.

Le palais, le jardin, les pépinières et les dé-

pendances du Luxembourg avaient donné iieiï à un assez grand nombre d'observations et de demandes de réparations consignées dans deux rapports de M. Gorgeu , notable-adjoint , et du Président de la Commision. IjOrs de l'invasion du choléra-morbus, la plupart de ces réparations ont été exécutées par l'effet des ordres donnés par M. le grand-référendaire de la chambre des pairs.

Le quartier de cavalerie de la rue de Vaugirard était, sous le rapport sanitaire, dans un état de nature à compromettre au plus haut point la santé des troupes. Malheureusement on ne savait à qui du ministère de la guerre, de la chambre des pairs ou de l'administration des domaines devait appartenir la charge de faire les réparations nécessaires. Dans le doute , ce fâcheux état de choses fut à plusieurs reprises dénoncé au ministre de la guerre, au gouverneur de la i^^ division militaire, au grand-référendaire de îa chambre des pairs et à l'administration des domaines. Il cessa enfin par l'entremise et les ordres du ministre de la guerre.

La caserne municipale de la rue de Tournon renfermait aussi plusieurs causes notables d'insalubrité, qui furent signalées en détail dans un rapport de MM. Vincent et Tastu , notables-adjoints. Ce rapport ayant été transmis par la Commission à M. le colonel Feisthamel, il les fit aussi-

tôt disparaître avec le plus louable empressement.

La caserne des pompiers de la rue du Vieux- Colombier, d'ailleurs bien tenue, était cependant malsaine par suite de diverses dispositions intérieures qui exigeaient des changemens, et surtout de la petitesse du local où était amoncelé un trop grand nombre d'hommes. Elle avait doncbesoin d'être réparée et de recevoir de l'espace et de l'air, que devait lui procurer une maison voisine depuis long-temps achetée par la ville pour être démolie. Les réparations demandées furent faites , mais la démolition n'eut pas lieu. La Commission l'avait cependant réclamée de bonne heure; elle ne put pas l'obtenir, et ce ne fut point sans un vif regret, car les ravages de l'épidémie dans cette caserne devaient être et ont en effet été plus grands que dans les autres établissemens de ce genre (i).

Plusieurs réparations furent exécutées dans le séminaire Saint-Sulpice , par suite d'un rapport de MM. Pernot et Boulay de la Meurthe jeune ^

(i) Il faut que l'administration ait été dans l'impossibilité absolue de faire agrandir cette caserne , et elle a du s'en affliger, car elle n'a pas pu ignorer qu'aux mois d'août, de septembre et d'octobre i83r, c'est à-dire six à huit mois avant l'invasion reconnue du choléra , plus de quatre-vingts sapeurs-pompiers avaient été atteints d'une affection qjji en présentait tous les symptômes. Ces faits ont été consignés par M. le docteur Treille, dans les Annales de la médecine physiologique, n" de novembre i83i.

notables -adjoints, rapport dans lequel ils les. avaient indiquées comme indispensables

Deux établissemens de chiffonniers, rue Guisarde, par l'effet de l'accroissement qu'y avaient donné leurs propriétaires, en y joignant le commerce des os, étant devenus nuisibles, furent soumis à des précautions de nature à leur enlever toute funeste influence. Le commerce des os fut complètement supprimé.

Plusieurs maisons de la rue des Canettes, dans un état de délabrement et d'insalubrité déplorable, furent l'objet de nombreux rapports spéciaux et de démarches actives; malheureusement , des circonstances sans doute indépendantes de la volonté des propriétaires, s'opposèrent à ce qu'on fît les réparations nécessaires ; ces maisons figurèrent depuis parmi celles qui furent le plus maltraitées par l'épidémie.

Un sieur Laval avait sur le boulevard Mont- Parnasse, un établissement de vacherie et de toutes sortes d'animaux domestiques, véritable foyer d'infection. La commission tout entière s'était, dès sa première visite dans l'arrondissement, transportée chez lui pour l'avertir du danger qu'il courait et l'engager à renoncer à son établissement ; depuis , elle n'avait pas cessé de lui réitérer les mêmes avis; il y resta sourd jusqu'au moment de l'invasion de l'épidémie; à cette époque, il se

mit lui-même à tuer ses bétes; il était troj3 tard ; le jour même qu'il tuait la dernière, il fut pris du choléra et mourut, payant ainsi de sa vie sa négligence.

Mais un point auquel la Commission attachait le plus grand intérêt, comme devant avoir une bien fâcheuse influence sur la salubrité générale, c'était le mauvais état de la voie publique. On n'y voyait en trop d'endroits que défaut de pavage ou pavé à relever, que ruisseaux à établir ou manquant d'écoulement, qu'eaux stagnantes, tas d'immondicesaumoinsàcertainesheures, boues et ordures de toute espèce, (i) C'était un état de choses incommode pour la marche, repoussant pour les yeux, infect pour l'odorat, pernicieux pour la santé, honteux pour une grande ville. Enfin, cette cause d'insalubrité générale était un mauvais exemple donné par le magistrat à l'habitant,

(i) Nous éprouvons ici le besoin de protester que tout ce qne nous disons de la voie publique du quartier du Luxembourg , n'est en rien imputable à son commissaire de police , M. Prunier-Quatremère ; nonseulement son quartier est un des mieux tenus de Paris , grâce à sa vigilance , mais encore il a rendu les plus grands services dans la Commission sanitaire dont il est membre. Par son activité , il n'a jamais laissé en souffrance aucune affaire de son ressort ; par sa douceur et sa fermeté, il les a presque toujours menées à bien , sans en venir aux extrémités. Au reste, le fâcheux état de la voie publique est beaucoup moins le tort des agens de l'administration que celui du mauvais système qui est suivi en cette matière.

et par cela même, un obstacle de plus à toute amélioration sanitaire dans les propriétés privées. La Commission s'en occupa donc avec un soin tout spécial. Elle avait, comme nous l'avons dit, di^ visé tout son quartier en onze îlots qui furent partagés entre ses membres; chacun d'eux fit un rapport sur son territoire particulier; et non contente de tous ces premiers renseignemens obtenus par elle-même, elle en provoqua encore de nouveaux de la part de tous les notables-adjoints, sur la voie publique attenant à chaque maison qu'ils visitaient. Tous ces renseignemens furent réunis et coordonnés dans un rapport remarquable de M. Fournier, sur l'état de la voie publique dans le quartier du Luxembourg et sur les moyens 'particuliers et généraux qui devaient en assurer la salubrité. La première partie de ce rapport contenant les moyens particuliers détaillait avec le plus grand soin, rue par rue et maison par maison , tous les endroits de la voie publique où il était nécessaire d'établir ou de remanier le pavé. A la suite de ce travail très considérable, très minutieux et qui pouvait être si utile à l'administration, le rapport signalait, dans une seconde partie, les moyens généraux d'assainir la voie publique, au nombre de six, savoir : l'établissement de bornes-fontaines, celui d'égoûts, celui de latrines publiques, celui

d'urinoirs publics, un nouveau système d'enlèvement des immondices et des percemens de rues

Quant aux bornes-fontaines , la Commission partait de ce principe qu'il en fallait établir le plus possible, dans un quartier où il n'en existe pas encore une seule, et qui n'a qu'une fontaine celle du marché Saint-Germain; mais dans l'ignorance où elle était de la quantité d'eau disponible, elle évitait de faire élection précise des lieux où elles devaient être établies; elle se contentait d'indiquer comme propices à ces établisseraens, dans la région supérieure, les points culminans du quartier, à savoir :1e haut de la rue Notre-Dame-deS'Champs, et les barrières du Mont-Parnasse, du Maine, des Fourneaux et de Vaugirard;dans la région moyenne, la rue de Vaugirard aux endroits où elle donne naissance à toutes ces rues qui s'en vont avec une pente plus ou moins rapide gagner la région inférieure; enfin, dans celle-ci, les carrefours et les rues qui se font remarquer par une plus grande insalubrité. Déjà pour le service du marché Saint-Ger* main il avait été fait une demande spéciale de bornes-fontaines.

La Commission était moins explicite encore sur les égoûts; elle rappelait tous leurs avantages; mais elle sentait que rien ne pouvait être fait

en semblable matière, dans un seul quartier, que d'après un vaste système pour toute la ville; et comme elle ignorait entièrement le plan général, elle insistait seulement sur la construction de l'égoiit qui devait absorber le ruisseau de la mare du Luxembourg, et sur l'établissement qui devait être peu coûteux, au moyen de tuyaux de fonte,^ d'égoùts latéraux embranchés sur le grand égoût existant déjà dans les rues du Cherche-Midi, du Four et des Canettes. Ces égoûts secondaires auxquels s'adapteraient des conduites venant des maisons riveraines, serviraient à vider leurs puisards en général plus bas que le sol, et à assainir ces maisons et la voie publique, dans les rues les plus insalubres du quartier.

Pour ce qui est des latrines et des urinoirs publics, la Commission pensait qu'on ne parviendrait jamais qu'en les multipliant, à préserver nos monumens, les propriétés privées et la voie publique, des souillures qui les dégradent , les infectent et les déshonorent. Et c'est à peine si Paris possède quelques-uns de ces établissemens ! Le seul marché Saint-Germain, dans le quartier du Luxembourg, avait des latrines publiques, et de tous les moyens qui avaient contribué à l'assainir, celui-là avait été un des plus efficaces. Les seuls urinoirs publics qui fussent dans le quartier, et encore ne consistaient-

— ^9 — ils qu'en tonneaux portatifs qu'il fallait vider chaque jour, étaient ceux qui se trouvaient dans le jardin du Luxembourg, dans la cour de la mairie, et dans quelques autres édifices semblables en très petit nombre. Les latrines publiques devraient être établies dans les lieux les plus fréquentés, les marchés, les carrefours, les jardins, les places. Loin d'être un objet de dépenses considérables, elles pourraient devenir même une branche de produits, si la ville, en les faisant construire à ses frais, y joignait des latrines particulières qu'elle affermerait. Les urinoirs publics devaient se rencontrer aux mêmes lieux que les latrines; il devrait en être établi en outre à portée de tous les marchands de vin, cafés ^ et autres établissemens pareils. Un procédé ingénieux et peu coûteux suffirait à leur construction : il consisterait en une cuvette de fonte qui viendrait briser à la hauteur nécessaire, les tuyaux servant à la descente des eaux pluviales, et ces eaux elles-mêmes procureraient à cette cuvette et au ruisseau une ablution abondante. Nul doute que les particuliers pour garantir leurs propriétés n'imitassent promptement l'administration en établissant de semblables urinoirs. Au reste, du moment où il existerait un nombre suffisant de latrines et d'urinoirs publics , il conviendrait qu'une sanction pénale garantît l'exé-^

Gution des réglemens qui auraient pour but de mettre désormais la cité à l'abri d'une honteuse profanation. Cette amélioration sollicitée par le triple intérêt de la décence, de la conservation et de la salubrité serait bientôt consacrée par les mœurs publiques.

Quant aux immondices, la Commission pensait qu'elles ne devraient jamais être déposées sur la voie publique qu'elles souillaient, tant qu elles y restaient entassées , et d'où elles ne pouvaient jamais être enlevées sans qu'il en restât quelque débris. Elle indiquait, pour nouveausystême, qu'il conviendrait qu'elles demeurassent en dépôt dans les maisons, d'où elles seraient apportées aux voitures tous les jours à une heure et à un signal donnés. C'est à peu près le système qui a été tenté dans les premiers jours d'avril et qui a donné naissance à des troubles. La Commission est d'avis qu'il n'a pas réussi, parce qu'il a été essayé en temps inopportun , alors que le choléra envahissait la ville et exaltait toutes les imaginations, surtout parmi les indigens. On doit croire que si on l'avait tenté plusieurs mois à l'avance , à l'époque par exemple où la Commission du Luxembourg le réclamait dans ses rapports, il aurait eu le temps de s'acclimater, subsisterait aujourd'hui et produirait les heureux fruits qu'on a droit d'en attendre.

Enfin, le dernier moyen que la Commission proposait pour assainir la voie publique, c'était le percement des rues. A ce sujet, elle bornait ses demandes pour le quartier à faire revivre celle qu'elle avait déjà produite plusieurs fois , la continuation de la rue de Madame.

Elle ne s'était pas occupée de plusieurs autres puissans moyens d'assainissement de la voie publique, tels que l'élargissement des rues, l'établissement des trottoirs, , les règles suivant lesquelles les maisons devaient être construites, et les rues pavées, balayées et préservées de tout encombrement ou étalage, parce qu'elle savait qu'il existait déjà à ce sujet des plans, des marchés et des réglemens dont l'exécution devait continuer à être suivie.

Ge rapport essentiel qui était envoyé dès le T 7 novembre à la Commission centrale, ne demeurait pas entièrement stérile. Le pavé de nos rues, quoiqu'il fût loin d'être remanié partout où le besoin s'en faisait sentir, l'était cependant, grâce à ce rapport, en divers endroits qu'il avait signalés. Peut-être n'avait-il pas été sans influence sur l'adoption d'un autre mode d'enlèvement des immondices. Sans doute qu'il contribua à nous faire obtenir plus tard l'égoût que l'on construit aujourd'hui; et sans doute encore, du moins il faut l'espérer, qu'il sera consulté

quand il s'agira sérieusement de prolonger la rue de Madfune, et d'établir des bornes-fontaines, des latrines et des urinoirs publics.

Presque toutes les opérations que nous venons d'énumérer étaient terminées au commencement de l'hiver. A cette époque, la Commission se vit forcée d'en ralentir une partie , à cause de la suspension des travaux extérieurs, nécessitée par la mauvaise saison. Mais cependant, elle ne resta pas oisive. Pendant tout l'hiver, elle poursuivait sans relâche auprès de l'autorité l'obtention des diverses demandes qu'elle lui avait adressées ; elle lui fournissait un tableaurésumé indicatif de toutes les causes d'insalubrité du quartier et des moyens de les faire disparaître, avec un aperçu des dépenses; elle entretenait avec elle la plus active correspondance; elle y traitait d'une foule de détails relatifs à la salu* brité, et de trop peu d'importance pour trouver place dans des rapports spéciaux ; elle se mettait à sa disposition pour l'aider à dresser une statistique sanitaire de Paris, d'après des bases qu'elle iui soumettait; elle provoquait de sa part des mesures en cas d'invasion de l'épidémie ; elle en réclamait une instruction populaire sur les moyens hygiéniques et médicaux de s'en préserver; elle cherchait et lui indiquait un local convenable pour l'établissement de l'ambulance du

quartier; elle ne cessait de l'engager à ordonner à Ta varice toutes les précautions nécessaires, pour n'être pas prise au dépourvu; elle lui de^ mandait enfin de profiter de l'existence des commissions de salubrité et de l'ardeur qui les animait, pour rédiger et pour soumettre à leurs observations un projet conaplet de code-municipal sanitaire, qui deviendrait par la coopération de tous, un ouvrage vraiment national, et qui ferait la gloire du magistrat qui y attacherait son nom.

Cependant le moment approchait où la prévoyance qui avait fait établir les commissions sanitaires et celle qui avait activé leurs travaux allaient tout-à-coup recevoir leur triste justification.

Le 26 mars, éclata à Paris le premier cas de choléra bien constaté.

Cette prise de possession de la France par sa capitale même, ce bond que faisait l'épidémie des frontières au sein du pays, jeta d'abord tous les esprits dans une sorte de confusion.

Après quelques jours pendant lesquels, heureusement, le fléau ne fit que peu de progrès, on se remit de cette émotion , et dans chaque arrondissement, dans chaque quartier, tous les efforts se réunirent pour combattre le nouvel ennemi qui nous envahissait.

Le 3i mars, dans une réunion présidée par le maire et à laquelle avaient été appelés tous les membres de la commission sanitaire du XP arrondissement et des commissions des quatre quartiers, il fut convenu que celles-ci se chargeraient d'organiser aussitôt, chacune dans son quartier respectif, un bureau de secours destiné \ porter les premiers soins aux personnes atteintes du choléra.

On pressentait en effet que cette organisation ne pouvait plus être retardée, et après avoir cherché sans fruit depuis plusieurs jours les moyens d'établir ces bureaux , on s'avisait enfin du seul qui fût opportun, celui de confier leur fondation et leur direction aux commissions sanitaires des quartiers.

Celle du Luxembourg avait, dès le premier abord , réclamé pour elle cette mission, promettant que deux heures après qu'elle en aurait été chargée , le bureau de secours serait ouvert. On la lui confia, selon ses désirs. Il était quatre heures, à six heures le bureau était en mesure d'administrer des secours, et le service assuré pour vingt-quatre heures.

On lui désigna pour ce bureau un local qu'elle avait elle-même indiqué depuis long-temps , consistant en deux salles au rez-de-chaussée du séminaire Snint-Sulpice, local qui était parfaitement

propre à cette destination, mais où il n'y avait encore que les quatre murs et pas même de carreaux aux fenêtres. Cette imprévoyance eût été impardonnable, si elle n'avait eu son excuse dans la manière inopinée dont l'épidémie avait fait invasion.

Quoi qu'il en soit , la commission sanitaire du Luxembourg entra immédiatement en séance, et eut bientôt arrêté toutes les règles d'après lesquelles le service fut depuis invariablement dirigé. Un recensement fut fait de tous les médecins , chirurgiens , officiers de santé et pharmaciens du quartier; et ils furent tous convoqués à une réunion générale pour le lendemain à une heure. On s'assura de six infirmiers. Un membre de la commission fut chargé de faire réparer, nettoyer, et mettre en état le local ; un autre, de réunir les médicamens nécessaires ; un troisième , de se procurer un mobilier d'emprunt qui servît en attendant qu'on eût eu le temps d'acheter celui qui devait définitivement être en usage. A cet égard , nous sommes heureux de dire que la commission trouva dans M. l'économe du séminaire la plus grande complaisance ; il prêta des lits, des matelas, du bois et tous les menus objets dont on pouvait avoir besoin.

, Trois médecins, MM. Cuvelier, Duchesne et Dumas, furent appelés d'urgence à se rendre

immédiatement au bureau de secourspour y faire le service, avec mission de ne le point quitter qu'ils ne fussent régulièrement relevés. Cette mission qui dura près de vingt-quatre heures, dans un local incommode et froid , était très pénible; ils Tacceptèrent avec joie et la remplirent avec dévoùment.

Toutes ces mesures furent improvisées dans l'espace de deux heures, et à six heures du soir, ainsi que nous l'avons dit, le bureau de secours fut ouvert. On eut lieu de se féliciter de cette promptitude, car dès la nuit même, on vint plusieurs fois réclamer du secours, et entre autres cholériques gravement atteints , il y en eut un qui dut être transporté à la Charité.

Le lendemain, à une heure après midi, eut lieu la réunion à laquelle avaient été convoqués,^ dès la veille , tous les médecins et pharmaciens qu'on avait pu connaître dans le quartier. Presque tous s'y trouvèrent présens, et, au zèle qui les animait, on put juger dès-lors que rien ne serait plus facile que d'assurer le service du bureau de secours , quelque temps qu'il dût se prolonger, quelque laborieux qu'il dût être.

Ils adoptèrent unanimement les règles du service auxquelles s'était arrêtée la commission. La journée médicale devait commencer à midi et durer vingt-quatre heures; six médecins, sixélè-

ves et deux pharmaciens seraient de service pendant ce temps et se partageraient les heures, de manière qu'il y eût toujoiu's au bureau, deux médecins et deux élèves à-la-fois, et qu'ils eussent à faire quatre heures de service de jour et quatre heures de nuit. Le service des deux pharmaciens devait durer, pour chacun, douze heures; mais comme leur présence était bien plus nécessaire encore à leur pharmacie qu'au bureau, il fut entendu qu'ils ne s'astreindraient qu'à y faire, de temps en temps, acte de présence. Le service serait commandé deux jours à l'avance , les convocations nominatives et déposées à domicile sur récépissé, et la feuille de service affichée dans le local du bureau, pour que chacun pût la contrôler. Un élève accompagnerait toujours le médecin dans ses visites. Le médecin qui aurait été appelé chez un indigent, durant son service , lui continuerait ses soins , après que son service serait terminé; si, dans ses visites, il jugeait que le malade ne fût pas en état de payer les médicamens, il était autorisé à les lui faire délivrer gratuitement , sur des formules imprimées , la ville devant les rembourser aux pharmaciens; si même il pensait que des secours de charité en alimens, vêtemens ou moyens de chauffage fussent nécessaires, il s'adresserait au bureau de charité pour les faire donner. Il serait tenu note

de toutes les visites; les cas nouveaux, graves, seraient enregistrés et signalés chaque jour au préfet de police; les simples consultations verbales et même écrites , on ne croyait pas devoir prendre la peine de les mentionner sur aucim registre.

Telles furent les règles adoptées dès le premier jour, et dont on ne s'est pas départi jusqu'au dernier. Seulement dans le commencement d'avril, quand l'épidémie commença à sévir avec rigueur, trois élèves internes ayant été attachés au bureau, un de ces élèves dut toujours y être présent la nuit, et deux le jour; plus tard, quand elle eut acquis sa plus grande intensité, il devint impossible d'enregistrer tous les cas nouveaux; et vers la fin, quand elle diminua, le nombre des médecins et élèves externes de service put être réduit de moitié.

Séance tenante, on dressa la liste des médecins que leur grand âge ou un service public dans un hôpital ou ailleurs, devait nécessairement exempter de celui du bureau de secours (i); et la liste de ceux qui étaient en disposition de s'en charger (2), après quoi, le service fut arrêté pour trois jours.

(i) Les médecins ainsi exemptés furent MM. Baron , Boiiiilaud, Culîerier, Dupnis, Fleury, Guéneau de Mussy, Guérard, Petit, Portai, Récamier, Ribes pèie, Ribes fils, Tisserand.

(•?.) Voyez leurs noms à la noie de la page 49.

' l)aiis la soirée même, plusieurs élèves en médecine vinrent spontanément s'offrir pour faire le service gratuit d'externe, et le continuer sans désemparer jusqu'à ce qu'ils fussent assez nombreux, pour qu'un tour de rôle régulier pût être établi entre eux. Dans les deux ou trois jours qui suivirent, plusieurs autres imitèrent leur exemple, et dès-lors, cette partie du service fut assurée comme toutes les autres, (i)

Parmi ces élèves, un certain nombre qui se recommandaient par des études sur le point d'être terminées et par la pratique des hôpitaux, autant que par leur bonne volonté, furent, à la demande même des médecins du bureau , employés comme médecins, et se signalèrent jusqu'au dernier moment par la plus utile coopération. (2)

Dès ce second jour de l'ouverture du bureau, l'affluence des personnes qui vinrent y réclamer du secours fut très grande; la plupart n'éprouvaient encore que de légers symptômes du mal, mais cependant, on compta plus de 120 cas de choléra bien caractérisés, et i o malades furent transportés à l'hôpital.

Cette foule de réclamans était une circon-

(i) Voyez leurs noms à la noie de la paye 49. (2) Voyez leurs noms à la même noie.

stance à-la-fois affligeante et heureuse; affligeante, en ce qu'elle attestait déjà la rigueur de l'épidémie; heureuse, en ce qu'elle témoignait de la confiance inspirée tout d'abord par le bureau aux liabitans du quartier , auxquels étaient parfaitement connus tous, ceux qui le composaient.

Cette confiance se consolida de plus en plus, grâce à la promptitude avec laquelle il fut institué , à la rapidité qui présida à l'administration des secours, à leur efficacité , au zèle et à 1^ chaleur de tous ceux qui s'y employèrent.

Le lendemain, quand commencèrent à circuler ces funestes rumeurs d'empoisonnement qui agitèrent presque toute la ville, le quartier du Luxembourg resta parfaitement calme, quoique habité en grande partie par la classe indigente, et quoique déjà décimé par le fléau. Cette tranquillité, il faut l'attribuer surtout à l'heureuse confiance dont nous venons de parler. Comment des bruits sinistres auraient-ils eu prise sur des esprits déjà favorablement prévenus? Conoment nos pauvres auraient-ils repoussé comme portant du poison les mêmes mains dont ils avaient déjà éprouvé les soins empressés?

Certes, si comme la prévoyance le commandait, tous les bureaux de secours avaient été prêts à l'avance , il est permis de croire que Paris n'au-

rait pas eu à gémir de quelques excès semblables à ceux qui, en plus grand nombre et avec des circonstances plus affreuses encore, ont souillé la plupart des grandes villes ravagées par le choléra.

Cependant, tandis que la Commission sanitaire cherchait à combattre efficacement l'épidémie , en organisant contre ses symptômes la plus prompte administration des secours , elle s'efforçait encore de lutter contre elle avec non moins d'efficacité, en s'attaquant à une de ses principales causes, à l'insalubrité.

Elle reprenait ses travaux, interrompus en partie pendant l'hiver , avec une nouvelle énergie ; elle réitérait auprès de l'administration, avec déplus pressantes instances, d'anciennes et de nombreuses réclamations, sur la plupart desquelles elle obtenait enfin d'être satisfaite. Chaque jour une nouvelle demande du président de la Commission conçue en termes plus vifs que celle de la veille était adressée au préfet de police, relativement au ruisseau de la mare du Luxembourg; presque toujours elle était accompagnée d'un rapport de quelqu'un des notables-surveillans, tels que MM. Foubert, Mole, Gossuin , dans lequel ils exprimaient les plaintes amèresdes habitans. Entraîné enfin par tant d'instances, ce magistrat ne craignit pas, en l'absence de tout

vote de fonds, d'engager sa responsabilité, et prit sur lui, avec une louable assurance, d'autoriser trois membres de la Commission sanitaire à faire exécuter toutes les mesures qu'ils jugeraient nécessaires pour désinfecter ou même détourner ce ruisseau. Ces trois membres (i) s'en occupèrent sans perdre un seul instant; ils arrêtèrent un plan, dressèrent un devis; on se mit à l'ouvrage , et quelques jours après le ruisseau fut provisoirement désinfecté. L'égoût qui doit avant peu en débarrasser à jamais le quartier ne tarda pas à être définitivement adjugé; il est aujourd'hui sur le point d'être achevé.

L'assainissement de la voie publique et des habitations particulières était aussi l'objet de la plus sérieuse sollicitude de la Commission.

Elle songea encore une fois à recourir pour tout cet immense service sanitaire aux notables

(i) Ces trois membres étaient MM. Godde, Pninier-Quatremère et Boulay de la Meurthe , auxquels voulurent bien se joindre, MM. Trébuchet, chef du bureau de la salubrité à la préfecture de police et Gaultier de Claubry, membre délégué de la Commission centrale auprès du XI^ arrondissement. Nous saisissons cette occasion de remercier ces deux messieurs non-seulement de l'assistance qu'ils ont donnée en cette circonstance à la Commission du Luxembourg , mais encore de tous les rapports qui ont existé entre eux et elle , et dont elle n'a eu qu'à se louer. M. Godde étant tombé malade, a été remplacé dans la direction des travaux de désinfection de ce ruisseau par M. Duleau , ingénieur, qui est n ^:'* du choléra dans le temps qu'il les dirigeait.

dont l'assistance lui avait déjà si bien réussi; elle fit un second appel au zèle des anciens et elle leur adjoignit de nouveaux collaborateurs (i). Elle

(i) C'est ici le lieu de donner les noms de tous ces notables, qui sont Messieurs :

Alibert, propriétaire. Cuvelier, médecin , capitaine dans

Armez, électeur. la XI^ légion.

Baudouin , officier dans la XP lé- Decaignou , médecin.

gion. Deconclois, électeur.

Baulier, électeur. Delaire , ancien employé.

Becquet, avocat. Demalden, capitaine dans la XI^ lé-

Berthe, électeur. gion.

Billette, capitaine dans la XF iég. Desraaretz, agent d'affaires. Biiloux, capitaine dans la XP lég. Devillenave, officier dans la XP Blottière, électeur. légion.

Boulay de la Meurthe jeune, capi- Dumas, médecin.

taine dans la XP légion. Dupré, capitaine dans laXI*^ légion.

Bourdon, électeur. Dupuis, électeur.

Bu val , maître-menuisier. Durand-de-Sainl-Amant , avocat.

Cavelié , herboriste. Duval , électeur,

Chalumeau, officier dans la XI® Du vergier, avocat, officier dans la

légion. XI^ légion,

chariot, électeur. Eudeline, électeur.

Chaumonet , officier dans la XF Foubert , propriétaire.

légion. Gaudin, électeur.

Chaumonl , officier dans la XI Georges, électeur.

légion. Girard, architecte.

Cherrier, avocat, officier dans la Giverne , électeur.

XI'' légion. Gorgeu, officier dans la XP légion.

Choparl, électeur. Gossuin, électeur.

Courcier, adjudant-major dans la Guilhem, capitaine dans la XI^ lég.

XP légion. Hatiu, médecin, officier dans la

Crocquefer, électeur. XP légion.

rédigea, pour rendre ce service uniforme et régulier, une instruction qui portait en substance que la voie publique et toutes les maisons particulières, à moins qu'elles ne fussent notoirement salubres, seraient visitées tous les jours par

Hauchecorne , électeur (décédé du Morand , médecin.

choléra). Nicolardot fils, électeur.

Horner, médecin. Pacthod neveu , médecin.

Ingé, officier dans la XP légion. Pernot , architecte , chef de batail- Jarrier-Maimbault, maître-maçon Ion dans la XI^ légion.

(décédé du choléra). Petit, menuisier.

Jenel , employé. Plassan , électeur.

Julier, pharmacien. Poirson fils , propriétaire.

Larue, capitaine dans la XP légion.Pradier, graveur. Laugereau, architecte. ...^^i^ Primault, épicier. Laval , médecin. Provost , ai'chitecte.

Lebas , professeur, officier dans la Ribes fils , médecin.

XI^ légion. Richard , électeur.

Lebrelon, électeur. Rivoire, officier dans la XP légion.

Lefranc, électeur. Robert , électeur.

Letrone , maître-maçon. Roussel , électeur (décédé du cho-

Luys , propriétaire. léra).

Maisonnable, médecin. Saint-Laurent, électeur. ^

Manigot , électeur, Sajou , sergent-major dans la XI«

Marchand , architecte , capitaine légion.

dans la XI® légion. Seneuse , employé.

Marest , électeur. Simonin, capitaine dans la XP lé-

Margot , électeur. '. ., gion-

Marolles, électeur. Taconnet, électeur.

Mathey, pharmacien. Tastu, ancien imprimeur, électeur.

Mayet, électeur. Vienne, électeur.

Mole, électeur. Villette, pharmacien.

Moneuse, pharmacien. Vincent , référendaire au sceau.

des commissaires-surveillans qui y rechercheraient toutes les causes d'insalubrité et les signaleraient pour les faire disparaître, suivant les cas, aux portiers, aux marchands ayant boutique sur la rue , aux propriétaires, aux locataires, au commissaire de police ou à la commission ; ils devaient s'efforcer d'obtenir que la voie publique fût arrosée trois fois par jour, et poursuivre l'exécution des travaux précédemment demandés dans l'intérêt de la salubrité et qui n'avaient pas encore été faits. Le 4 avril, ce service était complètement organisé et pratiqué dans tout le quartier avec une exactitude et un ensemble qui se soutinrent jusqu'à la fin de l'épidémie, et qui donnèrent pour résultats un entretien parfait de la voie publique et un assainissement presque complet de tous les édifices publics et de toutes les habitations particulières. Ces résultats n'échappèrent pas à M. le ministre du commerce et des travaux publics, dans une visite qu'il vint faire, dans les premiers jours d'avril, au bureau de secours de Saint-Sulpice, et qui lui donna occasion de traverser une partie du quartier où il vit de ses yeux l'effet de cette surveillance sanitaire. 11 s'enquit des moyens à l'aide desquels elle avait été instituée, demanda une copie de l'instruction, y donna une approbation complète et annonça qu'il allait ordonner de la faire

exécuter dans tout Paris. Effectivement , le 19 avril, cet ordre fut transmis par le préfet de police aux douze mairies, dans les termes les plus honorables pour la Commission du Luxembourg.

Ainsi, de bonne heure, et plusieurs jours avant que l'épidémie ne sévît dans sa plus grande force, tous les moyens d'en atténuer les affreux ravages étaient prêts et déjà mis en œuvre, le service médical qui devait en combattre les effets, et le service sanitaire qui devait en détruire les principales causes, Tun et l'autre parfaitement distincts, quoique concourant au même but. Quant au service de charité que réclamait également la circonstance, la Commission comprit sur-lechamp qu'il fallait l'abandonner entièrement au bureau de bienfaisance, admirable institution qui répartit ses secours entre les pauvres avec une connaissance du personnel, une économie et une entente qu'elle seule peut posséder au même degré. Nos médecins et nos notabies-surveillans, au lieu d'être les rivaux de ses administrateurs, se contentèrent d'être leurs auxiliaires. Leurs instructions portaient qu'ils dénonceraient à ce bureau tous les cas d'indigence qu'ils découvriraient dans leurs visites; c'était l'unique moyen d'arriver à ce que les besoins du malheureux fussent connus et mis à portée d'être se-

courus, en évitant de bien fâcheux doubles emplois; on peut sans trop d'inconvéniens répartir inégalement les jouissances du riche, mais le pain du pauvre, c'est cruauté, car ce qui ferait l'abondance de l'un serait souvent la mort de l'autre.

Le bureau de secours, ouvert le 3 1 mars, n'a été fermé que le 12 mai, à minuit, et est ainsi resté en activité durant 4^ jours. Pendant tout ce temps, les visites et les consultations médicales écrites, se sont élevées, d'après le dépouillement des rapports journaliers, à Z^^i. Mais ce chiffre ne représente pas encore la totalité de celles qui ont été faites; bien souvent, il est arrivé qu'elles n'ont pas été mentionnées, soit par oubli, soit parce que le temps manquait, dans les momens de presse. On ne comprend pas non plus dans ce nombre les consultations verbales données dans le bureau même à des gens légèrement indisposés. Ce ne serait rien exagérer que de porter à 4^00 toutes les visites et consultations tant écrites que verbales des médecins et élèves du bureau , pendant le temps de leur service. Mais à celte somme énorme de travaux ne s'est pas encore bornée leur tâche : hors du temps de leur service, ils s'étaient imposé la règle à laquelle ils sont demeurés fidèles, de continuer adonner leurs soins aux malades indigens

pour lesquels ils avaient été appelés pendant qu'ils étaient au bureau. Bientôt même, une foule de malheureux qui avaient été témoins de leur dévoûment pour d'autres malheureux leurs parens ou leurs voisins, les faisaient directement demander chez eux, au lieu d'envoyer au bureau, et c'est de la sorte que le nombre des demandes de secours y diminua d'abord, sans que le nombre des malades diminua proportionnellement autant dans le quartier. Ce n'est pas tout encore, et durant une quinzaine de jours que l'épidémie sévit avec plus de rigueur, bien souvent des médecins et élèves , hors de leur tour de rôle, vinrent seconder ceux qui étaient de service, et chaque fois que, dans les courses de leur clientelle particulière, ils passaient dans le voisinage du bureau, ils ne manquaient jamais d'y entrer et de se charger de toutes les visites qui auraient pu se trouver en retard. C'est ainsi, c'est grâce à ce zèle admirable que le service du bureau de Saint-Sulpice ne fut pas une seule minute en souffrance, alors même que le nombre des demandes de secours s'élevait à Sijq en 18 jours et jusqu'à 33o en 24 heures, et que dans un quartier qui s'étend depuis le carrefour de l'Odéon jusqu'à 4 barrières différentes, 45oo malades indigens, comme nous l'établirons plus tard, parmi lesquels 1 5oo étaient atteints de choléras intenses,

purent être traités à domicile et plus promptement secourus que les riches, (i)

(i) Nous ne voulons pas larder plus long-temps à faire connaître les noms des médecins , pharmaciens et élèves qui ont fait , en tout ou en partie, le service au bureau de Saint-Sulpice, du 3i mars au 12 mai; les voici dans l'ordre alphabétique :

Médecins.

MM. Adelon , Bonis, Brasseur, Chardel, Cuvelier, Bemay, Denis, Douglas, Duchesne, Dumas, Fizeau, Fournier, Hatin, Hoffmann, Horner, Joubert, Laurent-Cerise, Laval, Lecoq, Lenormand, Maisonnable, Masson , Mélanville, Montanari, Nolette, Pacthod neveu , Pavet de Courteille, Petit, Simond, Tâcheron, Vannier, Verpillat, Vignardonne.

Pharmaciens.

MM. Blondeau, Clarion , Dubuisson , Guesde, Jutier , Moneuse,

£ lèves internes.

MM. Latour, Rigaud , Trésières.

Elèves externes , ayant fait le service de médecins.

MM. Andry, Bonnaire, Buchholtz, Cabrol, Garteron, Combcs- Monmédan, Delanoix, Ducos, Dumesnil, Duvard. Garnier , Lemaoùsî, Potron , Sagelte , Veyssière.

Elèves externes.

MM. Barbe, Barby, Bonneville, Bosrieux, Branzeau, Carteron , Courtain, Darrigade, de la Fleurière, Derouet-Boissière, Deslouches, Faisan, Finot , Froment, Galopin, Gaulhier, Glasson, Godot, Gronnier, Guesnard, Halbout, Herbin , Hubin, Lafaille, Lagandré , Laignelée, Lannelongue, Lepecq , Lesaulnier, Meurice, Nabonne, Prempain, Rendu, Robert, Robiu, Rousseau, Sauiny, Yauthier, Viton, Toyet,

Ont élé forcés de suspendre leur service sans pouvoir le reprendre ,

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