EN RÉSUMÉ
Des soins donnés à 45oo malades, et à i5oo cas graves, î^sSo visites, et aaSo consultations
I** Pour cause de maladie ,
MM. les médecins Adelon , Denis , Douglas, Hoffmann, Masson, Simond ;
Et MM. les élèves Barby , Carteron , Faisan , Potion, Rousseau , Veyssière.
2" Pour cause de départ,
MM. les médecins Maisonnable et Mélanville ;
Et MM. les élèves Bosrieux , Darrigade , de la Fleurière, Delanoix , Derouet-Boissière , Galopin, Hubin, Lagandré, Lalgnelée, Lepecq, Lesaulnier , Meurice , Voyet.
3° Parce qu'ils ont été chargés d'un^utre service,
MM. les médecins Joubert et Pavet de Courteille ;
Et MM. les élèves Garnier, Rendu , Robin.
M. le docteur Adelon s'était fait inscrire pour le service du bureau de secours, quoiqu'il fût professeur à l'Ecole de médecine , et M. le docteur Denis, quoique médecin en chef du dispensaire et membre de la Commission sanitaire du Luxembourg; ils avaient même déjà commencées service qu'un choléra intense les a forcés l'un et l'autre d'interiompre,
MM. les médecins Cuvelier, Dumas , Hatio, Horner, Laval, Maisonnable, Pacthod neveu, et MM. Julier elMoneuse, pharmaciens, ont fait le service du bureau, après s'èlre acquittés de celui de nolablessnrveillans.
MM, les docteurs Fournier , Nolette , Tâcheron , Vignardonne , et M. Blondeau, pharmacien, ont réuni au service du bureau celui de membres de la Commission sanitaire; MM. Fournier et Tâcheron y joignaient en outre celui de la vérification légale des décès, et M. Vignardonne , celui du dispensaire.
MM. les médecins Cuvelier, Dnchesne , Halin , Lecoq. quoique mala-
durant le service , un grand nombre d'autres encore en dehors mais par suite du service, l\Z jours et 43 nuits pendant lesquelles pas un pauvre ne resta sans accueil, ni sa maladie sans secours, voilà la somme des travaux du bureau de Saint-Sulpice;
Plus de 200 rapports, plus de 900 bulletins de visites sanitaires, plus de 4oo lettres à des propriétaires, des démarches sans nombre, près de 400 maisons et presque tous les établissemens publics réparés et assainis, plus de 800 causes d'insalubrité générales et particulières disparues^
des n'ont pas interrompu leur service, ou bien l'ont repris, quoique à peine convalescens ; il en a été de même de MM. les élèves Branzeau , Bucbhollz , Glasson, Cronnier, Halbout , Latour, Nabonne , Rigaud, Robert.
MM. les docteurs Douglas, anglais, médecin extraordinaire du roi d'Angleterre, et Montanari, réfugié Ilalien, ont servi avec un zèle aussi actif que les médecins nationaux. M. Montanari, ainsi que M. Brasseur, médecin français, revenu de Pologne, où il avait été envoyé par le comité Polonais , ont constamment fait , sur leur demande instante , un service plus fréquent que celui du tour de rôle.
M. I-atour, élève interne, après s'êlre acquitté, ainsi que ses deux collègues, MM. Rigaud et Trésières, avec une assiduité et un dévoûment au-dessus de tout éloge , de ses pénibles fonctions, a fait l'abandon de son traitement moitié aux cbolériques indigens, moitié aux orphelins de cholériques.
Bon nombre de fois il est arrivé que des médecins et élèves, de service, n'ont consenti à accepter des honoraires de personnes aisées qui les avaient envoyé chercher au bureau, que pour les verser aussitôt à la mairie, au profit des cholériques indigens.
la voie publique pavée sur plusieurs points, nivelée sur plusieurs autres, la voirie des Fourneaux supprimée, le ruisseau de la mare du Luxembourg désinfecté d'abord pour bientôt après cesser d'éire, la construction d'un grand égoùt, la création d'un nouveau corps-de-garde, une active correspondance , des vues nombreuses émises sur toutes sortes de sujets de sa compétence, une exacte surveillance sanitaire exercée chaque jour dans les rues et dans les mai^ sons pendant l'épidémie , l'organisation enfin et la direction du bureau de secours, voilà l'ensemble des travaux de la Commission sanitaire du quartier du Luxembourg, et des résultats qui les ont déjà suivis.
Quelque immense que fût sa tache, elle devint facile par la bonne volonté des administrés, par l'appui de l'autorité, par le concours d'une foule de bons citoyens.
Les administrés comprirent de suite que la Commission n'agissait que dans l'intérêt général; ils lui en surent gré, l'accueillirent, et quand elle demanda à plus d'un des sacrifices que les circonstances rendaient onéreux, presque tous ces sacrifices furent accomplis par la seule voie de la persuasion.
Si l'autorité n'accorda qu'une partie des demandes qui lui furent faites, tout ce qu'elle con-
céda du moins montre assez que son impuissance seule rendit stériles quelques-unes de ses bonnes dispositions. En général, dans certaines parties trop compliquées de notre administration, le vice est dans les choses plus que dans les personnes ; nous avons trouvé celles-ci zélées, actives, intelligentes (i); à leur tête, le ministre du commerce multipliait sa présence dans les hôpitaux et dans les bureaux de secours, animant chacun à bien faire par son exemple; l'atteinte de choléra qui enchaîna tout-à-coup ses pas presqu*au début de l'épidémie , fut un malheur public.
gi Citoyens notables ont secondé la Commission dans le service sanitaire; 33 médecins, 6 pharmaciens et 58 élèves ont pris part au service médical du bureau de secours.
Ces notables ont exercé des fonctions modestes et pénibles dans lesquelles pouvait seul les soutenir le sentiment intérieur de leur bonne œuvre; ils y ont apporté un esprit conciliateur, une puissance de persuasion et une persistance les plus propres à triompher des obstacles et à produire le bien. On concevra quel immense service ils ont rendu par la masse énorme d'insalu-
(i) Nous n'avons pas encore eu sujet de nommer M. Caprou , agentcomptable du bureau de secours ; c'est ici l'occasion de dire qu'il s'est acquitté de ses fonctions délicates de la manière la plus honorable.
brité qu'ils ont fait disparaître, si l'on songe combien, en se combinant avec le cboléra-morbus, cette insalubrité se fût montrée meurtrière. Leur office n'a pas même été sans danger, puisqu'elle les mettait sans cesse en contact avec tous les foyers d'infection; trois sont morts durant l'épidémie; c'est le quadruple de la proportion que comportaient leur nombre,leur âge et la classe de la société à laquelle ils appartenaient; il est douloureux de penser que peut-être quelqu'un d'entre eux aura puisé dans l'exercice de se's fonctions le germe du mal qui l'a tué. Tous ont bien mérité de leurs concitoyens; la Commission, reconnaissante de leur coopération , s'estime heureuse de le proclamer.
Les médecins et les élèves français ont honoré leur profession , leur pays et la nature humaine. A peine la maladie, précédée de sa formidable renommée, nous envahissait, ils couraient audevant d'elle , sans crainte et comme à l'envi, excités par la soif de savoir, dans l'espérance d'être utiles. Tant qu'a sévi sa plus grande rigueur, on les a vus jour et nuit en exercice, porter l'amour de l'humanité jusqu'à la passion, l'oubli d'euxmêmes jusqu'à la vertu, et leur labeur jusqu'à l'héroïsme. Si ce n'était les outrager que de réduire froidement à sa valeur vénale tout ce qu'ils ont dépensé de temps, de fatigue, de santé et de
noble chaleur, on découvrirait avec admiration à quel énorme tribut ils se sont eux-mêmes imposés. Dans ces terribles momens, ils étaient comme la providence, tous les hommes étaient égaux devant eux ; ils avaient hâte d'aller non pas vers le plus riche, mais vers le plus souffrant, ou si leur cœur, dans le secret, avait quelque préférence, comme la providence encore, c'était vers le pauvre qu'il inclinait, par une juste compensation de toutes ses misères. De telles actions n'appartiennent pas seulement aux hommes généreux qui en sont les auteurs; elles sont une instruction publique, une gloire nationale que des palmes civiques doivent signaler aux contemporains, qu'un long souvenir doit transmettre aux générations futures. Cette noble France^ déjà toute couverte de trophées guerriers, de monumens élevés aux sciences, aux lettres, aux arts, attend que quelque monument aussi, ne fût-il qu'une table d'airain, qu'une simple pierre, s'érige aujourd'hui en l'honneur des vertus modestes qui s'inspirent à l'amour des hommes.