‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 100 sur 179 · I.E CIEL DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

I.E CIEL DU MOYEN AGE

— Un très-grand nombre, répondit l’astronome, et toutes celles qui doivent exister sont loin d’avoir été trouvées.

Je voudrais pouvoir les faire passer toutes sous vos yeux, mais je dois me borner à vous parler des principales.

Parmi les plus curieuses exhumées de la poussière du moyen âge par le vicomte de Santarem, je n’en ai pas remarqué, je crois, de plus singulières que les nombreuses mappemondes de Lambertus (ou Floridus), douzième siècle. Je ne m’arrêterai pas à donner sa description du paradis terrestre; nous parlerons plus tard des curieuses idées émises à ce sujet ; mais je ne puis m’empêcher de vous témoigner l’étonnement que j’ai ressenti en voyant le bizarre amalgame de ce vénérable docteur.

Le système de Ptolémée et d’autres astronomes de l’antiquité exerçant une grande influence sur les cosmographes du moyen âge, et la croyance à l’existence des cercles ayant été acceptée et embellie encore par les Pères de l’Église, ces théories furent adoptées et suivies par les dessinateurs des représentations cosmographiques qu’on rencontre dans différents manuscrits jusqu'au seizième siècle même. Ce monument-ci en offre un exemple.

La Terre, placée immobile au centre de l’univers, est figurée par un disque traversé par la Méditerranée et entouré par l'Océan. Au delà sont circonscrits les cercles célestes : celui de la Lune, celui de Mercure, dans lequel différentes constellations (la Lyre, Cassiopée, la Couronne et autres) sont grossièrement indiquées; celui de Vénus, dans lequel on remarque Sagiltarius et la constellation du Cygne. On n’a pas oublié la légende : Celestis Paradisus; il en peut encore lire l’inscription suivante :

« Le paradis où Paul fut enlevé dans ce troisième détroit. Il y en a qui viennent à nous parce que là reposent les âmes des prophètes. •

Dans d’autres cercles sont encore d’autres constellations, par exemple: Pégase, Andromède, le Chien, Argo, le Capricorne, Aquarius, Pisces, Canopus, figurée par une étoile de première grandeur. Au nord se voit, auprès de la constellation du Cygne, une grande étoile de sept points, destinée à figurer dans un seul astre les sept étoiles principales dont se compose la Grande-Ourse.

Les étoiles de Cassiopée sont non-seulement déplacées, mais môme

grossièrement représentées. La Lyre est figurée d’une manière bizarre.

Toutes les positions astronomiques des constellations que nous venons de nommer se trouvent bouleversées dans cette figure, de !a

Type d’un système planétaire du moyen âge Lambertus canonicus { Liber Floridus ), douzième siècle.

même manière que les villes dans les cartes terrestres. Les cartographes du moyen âge, par une incroyable ignorance, déplaçaient en général tous les lieux. Cela leur est égal ! Ils agissaient de même pour les constellations des planisphères célestes.

Dans le Ciel du cercle de Jupiter et dans celui de Saturne, on lit:

LE CIEL DU MOYEN AGE

Seraphim, Dominationes, Potestates, Archangeli, Virtutes cœlomra, Principatus, Throni, Cherubim! indications empruntées aux théories sacrées. On n'a jamais vu un pareil mélange ! Les anges habitenl avec les héros de la mythologie, les vierges immortelles s’accordent avec Vénus et Andromède, et les saints avec la Grande-Ourse, l’Hydre et le Scorpion....

— Voilà, certes, un monument bien curieux de l’ancienne théocosmographie, s’écria le professeur.

— L’année dernière, dit l’historien, visitant la grande et antique Bibliothèque de Gand, j’ai examiné un manuscrit très-richement enluminé, du Liber Floridus, dans lequel je remarquai un dessin analogue au précédent, intitulé : Astrologia secundum Bedum. Seulement, au lieu de la Terre, c'est un serpent qui est au centre, accompagné du nom de la Grande-Ourse. Dans ce même manuscrit, j’ai vu les Gémeaux représentés par un homme et une femme, Andromède en chasuble, et Vénus en religieuse I...

— Et il y en a un très-grand nombre de cet intérêt, répliqua l’astronome; je veux que nous en ayons ce soir les plus curieux spécimens. Cette série nous raconte le long règne du système astronomique fondé sur les apparences.

Le manuscrit de la cosmographie d’Asaph le Juif, conservé à la Bibliothèque de Paris, renferme vingt représentations astronomiques et cosmographiques. En les compulsant, en compagnie de notre savant ami Richard Cortambert, j’ai trouvé dans la quatrième un dessin qui ressemble beaucoup au précédent, quoiqu’il soit loin de lui être identique.

Un 1" cercle représente les limbes; le II* représente la Terre ; le IIP, l’eau ; le IV», l’air; le V*,‘le feu ; le VI*, la Lune ; le VIP, Mercure ; le VHP, Vénus ; le IX', le Soleil ; le X’, Mars ; le XI', Jupiter ; le XII*, Saturne; le XUP, le firmament; le XIV', le cœlum cristalinum; le XV' cercle, enfin, le Ciel empyrée; et on y lit autour: Cherubim — Dominationes — Potestates — Archangeli — Natura humana — Angeli — Virtutes — Principatus — Throni — Seraphim. Et plus haut : Figura Universi.

Dans les visites que j’ai rendues cet été à cette curieuse collection d’estampes de la Bibliothèque de Paris, continua l’astronome, j’ai

découvert certainement d’étranges documents, oubliés depuis longtemps dans la poussière du passé. Je me souviens, entre autres, d’un manuscrit intitulé : « Archiloge Sophie, » portant un système du monde, et dont le centre est formé par un segment de sphère avec des édifices.

Au-dessus, dans les nuages, trône la Lune ; plus haut une région enflammée, où circulent Vénus et Mercure. — Puis le Soleil et trois étoiles qui sont, sans contredit, Mars, Jupiter et Saturne. Les étoiles fixes et le zodiaque terminent la partie supérieure.

Sur un manuscrit du quatorzième siècle, j’ai également relevé la série suivante à partir du centre du monde :

' Enfer — Terre — Ciel — Air — Feu — Lune — Mercurius — Venus — Solaus — Mars — Jupiter — Saturne — li firmamens — li novismes ciel — li ciel cristalins — li ciel empirée. — Puis, dans la verticale : Deus, et autour, en allant de gaucho à droite : Chérubim — potestates — dominaciones — archangli — angli — homo (au nadir) — virtutes — principuus — trôna) — séraphim. On trouve de tout làdessus : de la mythologie païenne, de l’astrologie, du dogme chrétien, du latin de cuisine.... et du vieux français par-dessus le marché.

Ces cartes, soigneusement rassemblées aujourd'hui, et plus précieuses à mon avis que toutes les vieilles faïences que recherchent avec tant de soin les amateurs improvisés de notre siècle, sont en nombre éloquent, et j’ai passé d’excellentes heures en leur instructive compagnie. 11 faut que je vous signale encore d’autres curieux spécimens de l’astrothéologie. Je choisis naturellement les plus importants.

Un planisphère, renfermé dans un poème géographique manuscrit, exécuté vers la fin du quinzième siècle, représente la Terre au centre de l’univers, entourée du système des cercles ou des sphères, le dixième cercle ou sphère des étoiles fixes, le ciel cristallin, et le ciel immobile. Mais le curieux de la miniature est l’inscription suivante, posée sur ce dernier ciel :

■ « Ciel immobile, selon la théologie sacrée et véritable, où est 1a

demeure des bienheureux, à laquelle plaise à Dieu que nous parvenions dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il I Où resplendit une 1 piété pleine de douceur.... et qui est nommé aussi ciel empirée. *

Page 1