RECHERCHES HISTORIQUES DE COPERNIC
du Soleil, pris pour centre1 2 3. » Copernic, en faisant allusion à cette théorie, ajoute « qu’elle n’élait pas trop à dédaigner1. » Cicéron et Sénèque ont enseigné, il est vrai, avec Aristote et les stoïciens, l’immobilité de la Terre au centre du monde. Mais la question cependant paraissait encore indécise à Sénèque, puisqu’il dit : « Il sera bon d’examiner si c’est le monde qui tourne et la Terre qui reste immobile, ou si la Terre tourne, le monde restant dans l’inaction. En effet, il s’est trouvé des hommes qui ont soutenu que c’est nous que la Terre entraîne à notre insu ( Nos essr. quos rerum nalura nescientes ferai); que ce n’est pas le mouvement du Ciel qui produit le lever et le coucher des astres; que c’est nous qui nous levons et nous couchons relativement à eux. C’est un problème digne de nos méditations que de savoir dans quel état nous sommes; si le destin nous a assigné une demeure immobile ou douée d’un mouvement rapide; si Dieu fait rouler tous les corps célestes autour de nous ou nous autour d’eux *. »
Le double mouvement de la Terre est donc, dans la véritable acception du mot, une idée renouvelée des Grecs. Ptolémée lui-même, que l'on ne cessa d’opposer à Copernic, la connaissait, et lui consacre tout un chapitre de son fameux ouvrage YAlmageste pour la combattre par des arguments qui présentent un singulier mélange d'erreurs et de vérités. Le docteur Hoefer résume savamment, comme il suit, la discussion faite par Ptolémée lui-même sur le mouvement de la Terre. Après avoir parfaitement démontré que la Terre n'est qu'un point (sr,|ia(ov Xifyov lyt i) relativement aux espaces célestes, Ptolémée
1. « Venus Mercurlusque, licet ortus occasusque quotidianos ostendant, tamen eorura circuli Terras omnino non ambiunt, sed ci rca Solem laxiore ambitu circulantur. • (Martianus Capella, De Nuptiis Philologiæ et Mercurii, liv. VIII , dans le chapitre intitulé : Quod Tellus non sit cenlrum omnibus planetis.)
2. « Minime contemncndum arbitror, quod Martianus et quidem alii Latinorum percalluerunt Existimant enim quod Venus et Mercurius circumcurrant Solem in medio existenlem, et eam ob causam ab illo non ulterius digredi putant, quam suorum convexitas orbium patiatur, quoniam Terram non ambiunt ut cæteri, sed absidas conversas taabent. QuM ergo aliud volunt significare, quam circa Solem esse centrum illorum orbium? » (De Revol. orb. coelest ., liv. I, p. 8 (verso) de l'édition de 1543.)
3. « Digna res est conlemplatione, ut sciamus, in quo rerum statu sumus : pigerrimara sortiti, an velocissimam sedem, circa nos Deus omnia, an nos agat. » (Sénèque, Quest. naturel. , lit. Vil.)
ajoute que par des preuves analogues on arrive à démontrer son immobilité*. C’est un raisonnement basé simplement sur les effets de la pesanteur : * Les corps légers, dit-il, sont portés vers la circonférence : ils nous paraissent se porter en haut, parce que c'est ainsi que nous appelons l’espace qui est au-dessus de notre tête, jusqu’à la surface qui paraît nous envelopper. Les corps lourds et composés d’éléments pesants se dirigent, au contraire, vers le milieu comme vers un centre : ils nous paraissent tomber en bas (xôtm iriîrrttv), parce que tout ce qui est au-dessous de nos pieds, dans la direction du centre de la Terre, nous l’appelons le bas ; ces corps se tasseront sans doute autour de ce centre par l’effet opposé de leur choc et de leur frottement. On comprend donc que toute la masse de la Terre, si grande comparativement aux corps qui tombent sur elle, puisse les recevoir sans que ni leur poids ni leur vitesse ne lui communiquent la moindre oscillation. Or, si la Terre avait un mouvement commun avec tous les autres corps pesants, évidemment elle ne tarderait pas à les dépasser par l'effet de sa masse, laisserait les animaux ainsi que les autres corps graves sans autre appui que l’air, et finirait bientôt par tomber hors du Ciel même. Telles sont les conséquences auxquelles on arriverait : elles sont du dernier ridicule (jtcivrtov fiXoïotar), même à imaginer. »
Nous voyons donc, messieurs, que Ptolémée lui -même avait devancé Copernic dans l’étude du mouvement de la Terre : mais pour le nier, en supposant que ce globe est tout dans l’univers, et que s’il voguait dans l’espace, les objets cesseraient de lui rester attachés. Quant au mouvement de rotation diurne, il croit le réfuter victorieusement en ces termes : « 11 y a des gens qui prétendent que rien n’empêche de supposer que, le Ciel demeurant immobile, la Terre tourne autour de son axe d’occident en orient, et qu’elle accomplit celte rotation chaque jour. Il est vrai que, quant aux astres, rien n’empêche, en ne tenant compte que des apparences, de supposer, pour plus de simplicité (xxrà ys t4,v àirXoui i-iSoX^v), qu’il en soit ainsi; mais ces gens-là ne sentent pas combien, sous le rapport de ce qui se passe autour de nous et dans l’air, leur opinion
I. M»i5i flviivn oSv xlvr,etv il; "a x/âvia |i4pi} Tr,v ffjv olov tt xotetoOai. (Ptolémée, Syntaxis Mathcmatica, liv. I, ch. v.)