GALILÉE
Comme les anciens philosophes , il croyait qu’un corps ne pouvait tourner autour d’un autre que s’il était soutenu par un corps solide, par une sphère de cristal, par exemple, à la surface de laquelle il était fixé. Dans ce cas, c’était toujours la même partie du corps qui regardait le centre dans toutes les positions que prenaient les points correspondants de la sphère par un mouvement de rotation. 11 avait supposé que la Terre, qui, suivant le sens de ce mémo mouvement, aurait dù avoir toujours les mêmes parties tournée» vers le Soleil (comme la Lune pour nous), éprouvait, sur elle-même, un déplacement progressif en vertu duquel son axe restait constamment parallèle à lui-même, c’est ce qu’il appelait le troisième mouvement de la Terre.
Galilée montra, par une expérience très-ingénieuse, l’indépendance des deux mouvements en question, et le troisième mouvement est supprimé par la permanence du parallélisme de Taxe de la Terre dans son cours.
Né à Pise en 1564, mort en 1641 à la villa d’Arcetri, près Florence, qui lui avait été assignée pour prison perpétuelle, Galilée symbolise pour nous la lutte du nouveau contre l’ancien, du progrès contre l’immobilité. Sa renommée surpasse peut-être celle de Copernic, quoiqu’il n'ait fait que soutenir le système régénéré par l’illustre Polonais; mais il est juste d’observer que par ses travaux, il a nonseulement, comme je viens de le dire, exposé clairement les deux mouvements diurne et annuel de la Terre, mais encore fondé l'astronomie d’observation et la philosophie expérimentale. Son nom est inséparable de celui de Copernic, et ce que Copernic n’avait fait quo proposer, Galilée Ta démontré. Le laborieux et spirituel astronome toscan est maintenant immortel dans la mémoire des peuples.
EtKépler, ajouterai-je, a complété l’œuvre, comme nous allons le voir dans un instant. Les cercles prétendus parfaits des anciens, les épicycles, les excentriques : il a tout brisé, à coups de calculs, pour ainsi dire, aidé par Mars dont les longues et patientes observations de Tycho-Brahé montraient l’orbite elliptique.
— Comme c'est merveilleux! fit la marquise, que tous les astronomes qui sont venus depuis Copernic n’aient fait que confirmer et
développer la théorie trouvée par lui dans l’observation de la nature! Quel dommage qu’il n’assiste pas à cet immense succès 1 On dit qu’il est mort sans voir son livre dans le public.
— EtFontenelle le félicite de s’élre ainsi tiré d’embarras, reprit l’astronome. Né en 1473, à Thorn, ville polonaise (Copernic n’est pas Allemand, comme on a l'habitude de le dire), il mourut en 1543 à Warmie, où il était chanoine, et s’était bâti un observatoire. Les voyages de sa jeunesse, les travaux de médecine et d’astronomie, les adversités aussi, et lage avancé avaient brisé le corps de l’illustre mathématicien. Sur la fin de l'hiver, un écoulement de sang, joint à la paralysie du côté droit, le mirent au lit et le rendirent incapable de tout travail intellectuel. Sa mémoire s’affaiblit avec ses forces. Son ouvrage, dont l’impression venait d’être terminée à Nuremberg, lui fut apporté par ses amis. L’astronome septuagénaire put encore se soulever de son lit et toucher ce premier exemplaire de ses mains défaillantes. C’est ce même livre que voici ! éternel monument du génie.... Mais bientôt ses forces l’abandonnèrent, et il rendit à Dieu une âme digne de comprendre les splendeurs de la création. C’était le 23 mai 1543.
La remarque la plus importante à faire sur la différence qui distingue la prétendue physique ancienne de la moderne, c’est que l’ancienne était tirée des profondeurs de l’intelligence et résultait des méditations intérieures, plutôt que de l’observation des phénomènes. La philosophie naturelle de l'école ionique est fondée sur la recherche de l’origine des choses et sur la transformation d’une substance unique. Dans le symbolisme mathématique de Pythagore et de ses disciples , dans leurs considérations sur le nombre et la 'orme, on découvre, au contraire, une philosophie de la mesure et de l’harmonie. Cette école, appliquée à chercher partout l’élément numérique, a, par une sorte de prédilection pour les rapports mathématiques qu’elle a pu saisir dans l’espace et dans le temps, posé, pour ainsi dire, la base sur laquelle devaient s’élever nos sciences expérimentales.
Ces grandes idées harmoniques des nombres et des mouvements planétaires autour du Soleil n’ont jamais entièrement disparu, quoique voilées pendant des siècles par les épaisses ténèbres du moyen