‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 123 sur 179 · LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE. — HOMERE · texte numérisé non relu

LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE. — HOMERE

574 000 kilomètres ou 143 500 lieues, c’est-à-dire une fois et demie seulement la distance de la Lune. Si le Ciel était là il ne serait pas trop haut. Pour venir de cette faible distance, un rayon de lumière ne mettrait pas 2 secondes; or il met plus de 8 minutes pour venir

du [Soleil, 4 heures pour venir de Neptune, 82 ans pour venir de Sirius, 10000 ans pour venir de certaines étoiles, des millions d’années pour venir de certaines nébuleuses; et l’on peut dire que l’espace étant infini, d’innombrables rayons voyageront pendant l’éternité sans arriver jamais jusqu’à la Terre, fut-elle éternelle.

— Les limites du monde dans la cosmographie homérique sont entourées d’obscurité, reprit l'historien. Les colonnes du monde, dont y4dosest le gardien, portent sur des fondations inconnues ; aussi disparaissent-elles dans les systèmes postérieurs à Homère. Cette même idée se retrouve chez les Indiens et chez les Hébreux. Hors de cette enceinte mystérieuse, « où finissait la Terre, où commençait le ciel, s’étendait indéfiniment le chaos, mélange confus de la vie ef du néant, gouffre où tous les éléments du ciel, du Tartare, de la Terre et de la mer se trouvent ensemble, gouffre redouté des dieux eux-mêmes ! »

Telles étaient, du temps d’Homère et longtemps après, les idées des Grecs sur la structure du monde, idées qui, même à l’époque où les géomètres et les astronomes eurent reconnu la forme sphérique de la Terre, continuèrent à influer sur les relations des voyageurs, des géographes et des historiens; idées renouvelées et consacrées par les premiers géographes chrétiens, et qui, encore aujourd'hui, dominent dans le langage vulgaire de toutes les nations.

Le milieu du disque de la Terre était occupé par le continent et les îles de la Grèce, qui, du temps d’Homère, n’avait pas encore de nom général. Le centre de la Grèce passait par conséquent pour être celui du monde entier ; dans le système d’Homère, c’était le mont Olympe, en Thessalie ; mais les prêtres du célèbre temple d’Apollon (à Delphes, connue alors sous le nom de Pyiho) surent bientôt accréditer une tradition selon laquelle ce lieu sacré fut regardé comme le vrai milieu de la Terre habitable.

Le détroit qui sépare l’Italie de la Sicile est pour ainsi dire le vestibule du monde fabuleux d’Homère. Le triple flux et reflux, les hurlements du monstre Scylla, les tourbillons de Charybdo, les roches flottantes, tout nous avertit que nous y quittons les régions de la vérité. La Sicile elle-même, quoique déjà connue sous le nom de Trinacria, est peuplée de merveilles : ici les troupeaux du Soleil errent dans une charmante solitude, sous la garde des nymphes ; là les Cyclopes, munis d’un seul œil, et les Lestrigons anthropophages éloignent le voyageur d’une terre d’ailleurs fertile en blé et en vin. Deux peuples vraiment historiques sont placés par Homère en Sicile, ce sont les Sicani et les Siceii ou Siculi.

A l’occident de la Sicile, nous nous trouvons au milieu de la région des fables. Les îles enchantées de Circé et de Calypso, ainsi que l’ile flottante d’Ëole, ne doivent point être cherchées dans le monde réel.

La mappemonde homérique se terminait à l’occident par deux contrées fabuleuses, mais qui ont donné naissance à bien des traditions chez les anciens et à bien des dicussions parmi les modernes. Près de l’entrée de l’Océan, et non loin des sombres cavernes où se rassemblent les morts, Ulysse trouve les Cimmériens, « peuple malheureux qui, toujours environné d’épaisses ténèbres, ne jouit jamais

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