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LES COMMENCEMENTS DE LA GÉOGRAPHIE

de la géographie. Colomb nous donne le Nouveau-Monde. Par mer et par terre tous les peuples s'élancent dans la carrière des découvertes, et, par leurs efforts réunis, le vaste ensemble du globe, malgré quelques ombres partielles, est enün ouvert aux regards de la science.

— Dans noire antiquité classique, dit la marquise, quel est le plus ancien peuple dont les idées sur la cosmographie terrestre nous soient parvenues?

— Les Hébreux nous fournissent ici l’un des plus anciens témoignages, comme il nous ont offert l’autre soir les premières dénominations des constellations, répondit le professeur. Mais quelle ignorance ! et comme il est singulier que, malgré le progrès des sciences modernes, certains esprits trop exclusifs aient à chercher des axiomes scientifiques dans les récits purement historiques de la Bible.

Les Hébreux croyaient au système des apparences, comme on le .voit par divers passages de leurs livres, au nombre desquels je puis citer les suivants :

La Terre est immobile; c'est une plaine entourée d'eau, et Job dit qu'une épaisse obscurité forme la ceinture de T Océan; le Soleil tourne autour, d’elle; Josué commanda au Soleil et à la Lune de s’arrêter, et ils s’arrêtèrent. Le prophète Isaïe Ht retourner en arrière l’ombre du Soleil de dix degrés sur le cadran solaire du roi Achas.

Le Soleil et la Lune sont deux grands luminaires. Job dit que les deux sont aussi solides que s’ils étaient d'un métal fondu.

Le prophète Esdras assure que les 6/7 de la terre sont à sec. Cette erreur de la supériorité de l’étendue de la terre ferme sur celle de l’eau, domina jusqu'à Christophe Colomb.

— Et cœtera, ajouta le député, et cent autres passages qui montrent que les Hébreux étaient aussi ignorants que les autres peuples en cosmographie.

— Ces origines sont bien curieuses à revoir chez les anciens auteurs grecs, dit l’historien. Il est intéressant pour nous d'assister aujourd'hui au monde primitif décrit par les premiers écrivains de notre génération intellectuelle. Les premiers éléments de la géographie des Grecs se trouvent dans deux poèmes nationaux et en quelque sorte sacrés, T Iliade et VOihjsséc. Tel était le profond respect des

Grecs pour la géographie d’Homère, que l’on vit même dans les siècles les plus avancés les savants discuter gravement jusqu'aux détails les plus évidemment fabuleux du voyage d'Ulysse, et vingt vers de l 'Iliade fournir matière à un ouvrage divisé en trente livres.

Le Bouclier d'Achille, forgé par Vulcain et décrit dans le dixhuitième chant de Vlliade, nous présente d’une manière authentique l’idée mère de la cosmographie de ces siècles. La Terre y est figurée comme un disque environné de tous côtés par le fleuve Océan. Quelque extraordinaire que nous puisse sembler la dénomination de fleuve appliquée à l’Océan, elle revient trop souvent chez Homère et chez les autres anciens poètes pour qu’on ne la croie pas littéralement conforme aux idées alors reçues. Hésiode décrit même les sources de l’Océan placées à l’extrémité occidentale du monde, et la peinture de ces sources est conservée d’âge en âge chez des auteurs postérieurs à Homère de plus d’un millier d’années. Hérodote nous dit clairement que les géographes de son temps dessinaient leur mappemonde d’après les mêmes idées ; la Terre y était figurée comme un disque arrondi, et l’Océan comme une rivière qui la baignait de toutes parts.

Le disque de la Terre, VOrbis terrarum, était, selon Homère, convert d’une voûte solide, d’un firmament sous lequel les astres du jour et de la nuit roulaient sur des chars portés par les nuages. Le matin le Soleil sortait de l’Océan oriental ; le soir il s’y précipitait vers l’occident; un vaisseau d'or, ouvrage mystérieux de Vulcain, le ramenait rapidement par le nord vers l'orient. Au-dessous de la Terre, Homère place, non pas les demeures des morts, les cavernes de Hadès, mais une voûte nommée le Tariare, et qui correspondait avec le firmament.... Là vivaient les Titans, ennemis des dieux; ni le souffledes vents, ni les rayons du jour ne pénétraient dans ce inonde souterrain. Des écrivains postérieurs à Homère d’un siècle ont môme déterminé la hauteur du firmament et la profondeur du Tartare. Une enclume, disaient-ils, serait neuf jours à tomber des cieux à la Terre, et autant pour descendre de la Terre au fond du Tartare.

— Cette image, si hardie du temps d'Hésiode, fait sourire aujourd’hui, repartit l’astronome. Un corps tombé de l'espace sur la Terre pendan 9 jours et 9 nuits (777 600 secondes) n’aurait parcouru que

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