LES ÉTAPES DE LA COSMOGRAPHIE
gulièrement à ses voyages. Il n’a pas vu le paradis terrestre, mais il a aperçu l’arche de Noé arrêtée au sommet de l’Ararat. Sa mappemonde, dont voici un dessin conservé à la Bibliothèque de Stockholm, est ovale et représente deux continents. Dans le nôtre, les seules mers indiquées sont la Méditerranée et le Pont-Euxin.
On voit l’Asie à l’est, l’Europe au nord, et l'Afrique lui faisant pendant L'autre continent imaginé au delà de l’équateur non marqué est l’antichthone des anciens. Qu’était-ce que ce continent?
— Dans le siècle même des grandes découvertes maritimes, ajouta
,,, . ... , ,, Mappemonde de Marco Polo.
1 historien, les souvenirs de lan-
. tiquité dominaient tellement l’esprit des géographes et des cartographes, que dans une mappemonde gravée sur une médaille du quinzième siècle, règne de Charles VI, on trouve encore une réminiscence de la Terre voilée, la ÿèropide, décrite par Théopompe. Cette médaille est à la Bibliothèque de Paris, et en voici une photographie. Vous remarquez que le continent austral des anciens y est désigné sous le nom de Brum;e.
Mais la fin du quinzième siècleaffirme décidément l'aurore de la libre science. Les éminents écrivains de cette
Mappemonde gravée sur une médaille.
illustre époque soupçonnent
l’influence que devaient exercer sur le développement de 1 humanité les faits qui remplirent ces laborieuses années. « Chaque joui ,
écrit Pierre Martire d’Anghicra, dans ses lettres datées des années 1493 et 1494, nous apporte des merveilles nouvelles d’un nouveau monde de ces antipodes de l'ouest qu’a découvertes un certain Génois (Christophorus quidam, vir Ligur), envoyé dans ces parages par nos souverains, Ferdinand et Isabelle. • Le pape Léon X lisait les Oceanica de cet historien à sa sœur et à ses cardinaux , et prolongeai! la lecture fort avant dans la nuit. Anghiera écrivait encore : « Je ne quitterais plus volontiers l’Espagne aujourd’hui, parce que je suis ici à la source des nouvelles qui nous arrivent des pays récemment découverts , et que je puis espérer, en me faisant l’historien de si grands événements, de recommander mon nom à la postérité.» Telle était l’idée qu’on se faisait déjà au temps de Colomb, de ces grandes tentatives qui se conserveront toujours brillantes dans la mémoire des siècles les plus reculés.
L’imagination surexcitée poussait aux grandes entreprises, et d'autre part, la hardiesse que l’on déployait, soit dans le bon, soit dans le mauvais succès, agissait elle-même sur l’imagination et l’enflammait plus vivement. Ainsi, dans ce temps merveilleux de la conquista, temps d’efforts et de violence, où tous les esprits étaient possédés du vertige des découvertes sur terre et sur mer, certaines circonstances se réunissaient, qui, malgré l’absence de toute liberté politique, favorisaient le développement des caractères individuels, et aidaient, chez quelques hommes supérieurs, à l’accomplissement de ces grandes pensées dont la source est dans les profondeurs de l’âme.
11 ne s’agissait pas seulement d’un hémisphère; près des deux tiers du globe formaient encore un monde nouveau et inexploré, un monde qui jusque là avait échappé aux regards, aussi complètement que l’autre côté de la Lune qui ne se tourne jamais vers nous.
Christophe Colomb écrivait à la reine Isabelle, le 17 juillet 1503 : « La Terre n’est pas immense; elle est beaucoup moins grande que le vulgaire ne se l’imagine. » 11 se formait sur la Terre une idée supérieure à celle de ses contemporains. Cependant bien des préjugés inhérents aux âges que nous venons de parcourir pesaient encore sur son esprit. Ainsi, à propos de la terre d’Ophir qu’il avait I’es-