LES ORIGINES DF. L’ASTROLOGIE
— D’ailleurs, ajouta le capitaine, toute histoire se compose fatalement d’événements disparus. C’est là le propre de l’histoire. Ce qui reste d'un intérêt toujours actuel, ce sont les causes et les effets de ces événements, c’est-à-dire leur origine et leur fin dans l'esprit de l’homme, éternellement semblable à lui-même malgré le changement de la scène et des coutumes.
— Nous allons donc, reprit l'astronome, autant du moins que l’intérêt saura captiver notre attention, nous allons passer en revue les phases de la grande histoire de l'astrologie.
Je vous rappellerai d’abord, madame la marquise, qu’on a distinjgué dès l’origine deux espèces d'aslrologies : l’astrologie naturelle et l’astrologie judiciaire. 1 a première se proposait de prévoir et d’annoncer les changements des saisons, les pluies, les vents, le froid, le chaud, l’abondance, la stérilité, les maladies, etc., au moyen de la connaissance des causes qui agissent sur la terre et sur l’atmosphère. L’autre s’occupait d’objets qui seraient encore plus intéressants pour l’homme. Elle traçait au moment de sa naissance ou à quelque moment que ce’soit de sa vie, la ligne que chacun de nous doit parcourir suivant sa destinée. Elle prétendait déterminer notre caractère, nos passions, la fortune, les malheurs, lés périls réservés à chaque mortel.
Nous n’avons pas à nous occuper ici de l’astrologie naturelle, qui est une véritable science d’observation et ne mérite pas le nom d’astrologie. Elle est plutôt digne d’être appelée le calendrier météorologique des cultivateurs. Moins citadins que leurs descendants du dix-neuvième siècle, les anciens avaient reconnu la correspondance existante entre les phénomènes célestes et les vicissitudes des saisons; ils observaient assidûment ces phénomènes pour découvrir les retours des mêmes intempéries; fondés sur la connaissance du mouvement des corps célestes, ils ont été jusqu’à enchaîner ces retours dans différentes périodes relatives aux différents aspects des astres.
Mais ces rapprochements ne tardèrent pas à être dénaturés. On regarda les constellations d’automne, par exemple Orion et les Hiades, comme des astres pluvieux, parce que les pluies arrivaient dans le temps où ces étoiles se levaient. Les Égyptiens qui observaient le matin, appelèrent Sinus ardent., parce que son apparilion
du matin était suivie des grandes chaleurs de l’été. Il en fut de même à l’égard des autres étoiles. Bientôt on les regarda comme la cause des pluies et de la chaleur, quoiqu’elles n’en fussent que les témoins bien éloignés.
— Ce serait donc de Sirius, étoile de la canicule, interrompit la femme du capitaine, que viendraient les jours caniculaires?
— Cette dénomination, répondit l'astronome, provient du lever matinal de Sirius, qui arrivait au milieu de juillet vers le commencement de notre ère, qui n’arrive plus maintenant qu’au milieu du mois d’août, et qui arrivant il y a 4000 ans, vers le 20 juin, annonçait la crue du Nil en Égypte. On continue d’appeler encore aujourd’hui jours caniculaires la période du 22 juillet au 23 août.
La croyance à l’influence météorologique des astres est une des causes de l’astrologie judiciaire. Celle-ci a soumis l’homme comme l’atmosphère au pouvoir des étoiles ; elle a fait dépendre de leurs influences les orages des passions, les maux et les biens de la vie aussi bien que les variations des saisons. En effet, il paraissait tout simple de dire : ce sont les étoiles, les astres en général qui amènent les vents, les pluies et les orages; leurs influences mêlées à l’action des rayons du soleil modiûent le froid ou la chaleur; la fertilité' des campagnes, la santé ou les maladies dépendent de ces influences bienfaisantes ou nuisibles; il ne croît pas un brin d’herbe qne tous les astres n’aient contribué à son accroissement ; l’homme ne respire que les émanations qui, échappées de ces astres, remplissent l’atmosphère ; l’homme ainsi que la nature entière leur est donc assujetti : ces astres doivent donc influer sur sa volonté, sur ses passions; sur les biens et les maux semés dans sa carrière ; en un mot, diriger sa vie.
Dès qu’on eut établi que le lever d’une étoile ou d'une planète, son aspect à l’égard des autres planètes annonçait aux hommes une certaine destinée, il fut naturel de croire que les configurations plus rares signifiaient des événements extraordinaires, qui concernaient les grands empires, les nations, les villes. Enfin, puisque les erreurs s'enchaînent comme les vérités, il a été naturel de penser que des configurations plus rares encore, telles que la réunion de toutes les planètes en conjonction avec la même étoile, qui ne se renouvelle