ORIGINES DE L’ASTROLOGIE
qu'après des milliers de siècles lorsque les nations se sont renouvelées une infinité de fois, lorsque les ruines des empires se sont succédé, ne pouvaient regarder que la terre qui avait servi de théâtre à tous ces changements. On a joint à cette idée superstitieuse le souvenir des déluges et la tradition que le monde devait périr par le feu, et l’on a annoncé un déluge universel quand les planètes se réuniraient dans le signe des Poissons, un embrasement général quand cette conjonction arriverait dans le signe du Lion.
— Mais, s’écria la marquise, comment a-t-on pu concevoir que les émanations des astres, affaiblies par le long trajet qu’elles auraient à faire, pussent conserver assez d’énergie pour produire de si grands effets? Certaines influences étant supposées vraies, les astres placés au méridien, c’est-à-dire dans le cas de leur plus grande puissance, produiraient ces mêmes effets pendant un certain intervalle de temps. Combien d’enfants, nés dans la même heure, auraient donc le même caractère et la même destinée. Mais en outre, l’homme ne dépend pas seulement du moment de sa naissance : ne fallait-il pas nécessairement tenir compte de ses aptitudes, de ses passions, et des circonstances diverses au milieu desquelles il peut être placé?
— Les plus faibles racines, répliqua l’astronome, suffisent à l’erreur. Si nous voulions retracer l’histoire de cet immense système, nous pourrions constater de suite qu’il a régné pendant des périodes séculaires sur les gouvernants et sur les gouvernés.
Son origine, comme celle de la sphère, est certainement dans la haute Asie.
Là, le ciel étoilé, toujours pur et splendide, appela de bonne heure l’observation et frappa l'imagination. Déjà nous l’avons vu : les Assyriens saluaient dans les astres autant de divinités douées d’influences bienfaisantes ou malfaisantes. L’adoration des corps célestes fut la première religion des populations pastorales descendues des montagnes du Kurdistan dans les plaines de Babylone. Les Chaldéens finirent par constituer une caste sacerdotale et savante consacrée à l’observation du ciel, les temples devinrent de véritables observatoires : telle était la célèbre tour de Babylone, monument consacré aux sept planètes et dont le souvenir a été perpétué par une des plus anciennes traditions que nous ait conservées la Genèse.
L'nc longue suite d’observations mirent les Chaldéens en possession d’une astronomie théologique, reposant sur une théorie plus ou moins chimérique de l’influence des corps célestes appliquée aux événements et aux individus. Diodore de Sicile a relaté, vers le commencement de notre ère, les détails les plus circonstanciés qui nous soient parvenus sur les prêtres chaldéens.
A la tête des dieux, les Assyriens plaçaient le Soleil et la Lune dont ils avaient noté le cours et les positions journalières dans les constellations du zodiaque, demeures mensuelles de l’astre du jour- Les douze signes étaient régis par autant de dieux qui se trouvaient avoir de la sorte les mois correspondants sous leur influence. Chacun de ces mois se subdivisait en trois parties : ce qui faisait en tout trente-six subdivisions, auxquelles présidaient autant d’étoiles nommées dieux conseillers. La moitié de ces dieux avait sous son ins- ’ pection les choses qui se passent au-dessus de la terre et l’autre celles qui se passent au-dessous. Le Soleil, la Lune et les cinq planètes occupaient le rang le plus élevé dans la hiérarchie divine et portaient le nom de dieux interprètes. Entre ces planètes, Saturne ou Bel l'ancien, regardé comme l’astre le plus élevé, comme la planète la plus distante de nous, était entouré de la plus grande vénération ; c’était l’interprète par excellence, le révélateur. Chacune des autres planètes avait son nom particulier. Les unes, telles que Bel (Jupiter), Merodaez (Mars), Nebo (Mercure), étaient regardées comme mâles; les autres, telles que Sin (la lune) et Mjlitla ou Baulthis (Vénus), comme femelles; et de leur position relative par rapport aux constellations zodiacales, appelées aussi seigneurs ou maîtres des dieux, les Chaldéens tiraient sur la destinée des hommes, nés sous telle ou telle conjonction céleste, des prédictions que les Grecs nommèrent ensuite horoscopes.
Les Chaldéens supposaient aussi des relations entre chacune des planètes et les phénomènes météorologiques, opinion en partie fondée sur des coïncidences fortuites ou fréquentes qu'ils avaient pu observer. Au temps d'Alexandre leur crédit était considérable, et le roi de Macédoine, par superstition ou par politique, les voulut consulter.
Il est probable que les prêtres de Babylone, qui rapportaient aui