L'ASTROLOGIE CHEZ LES ROMAINS
sectes. Les conciles de Laodicée (année 366), d’Arles (314), d’Agde (505), d’Orléans (511), d’Auxerre (570), de Narbonne (589) en condamnèrent la pratique. D'après une tradition du commencement de notre ère, et qui paraît empruntée au mazdéisme, c’étaient les anges rebelles qui avaient enseigné aux hommes l’astrologie et l’usage des charmes.
Sous Constance, le crime de lèse-majesté servait de voile à la persécution. On en accusait une foule de personnes qui continuaient simplement à pratiquer l’ancien culte. On prétendait quelles recouraient à des sortilèges contre la vie de l’empereur, en vue d’amener sa chute. On menaçait de peines sévères, on faisait périr dans les tortures ceux qui avaient consulté les oracles, sous prétexte qu’en agissant de la sorte ils avaient des projets criminels. Des trames infinies multipliaient ainsi les accusations ; la cruauté des juges aggravait les supplices. Les païens avaient à leur tour à souffrir le martyre qu’ils avaient infligé aux premiers disciples du Christ, ou, pour mieux dire, l'autorité toujours intolérante, qu’elle fût païenne ou chrétienne, se montrait inexorable envers ceux qui ne reconnaissaient pas la religion décrétée.
Libanius et Jamblique furent accusés d’avoir cherché à découvrir le nom du successeur de l’empereur. Jamblique, effrayé, dit-on, des poursuites dont il était l’objet, s’empoisonna. Le seul nom de philosophe devint un titre de proscription. Le philosophe Maxime Diogène, Alypius et son fils Hiéroclès furent condamnés à perdre la vie sous les accusations les plus légères. Nous voyons mettre à mort une vieille qui avait coutume de faire passer les accès de fièvre par des incantations, et un jeune homme qui avait été surpris approchant alternativement ses mains d’un marbre et de sa poitrine, parce qu’il croyait qu’en comptant ainsi sept voyelles, il se guérirait du mal d'estomac.
Théodose prohiba toute espèce de manifestation, tout usage se rattachant au culte païen. Quiconque osera immoler une victime, dit sa loi, ou consulter les entrailles des animaux qu’on vient de tuer, sera regardé comme coupable du crime de lèse-majesté. Le fait d'avoir recouru à un procédé divinatoire suffit pour faire accuser un homme.
Théodose II s'imagina que la continuation des pratiques idolâtriques avait attiré le courroux du ciel, les calamités récentes qui avaient affligé son empire, le dérangement des saisons, la stérilité du sol; il fulmina de terribles menaces, où sa foi et sa colère s’exaltent jusqu’au fanatisme. Voici ce qu'il écrivait à Florentius, préfet du prétoire, en 439, année qui précéda celle de sa mort.
« Pouvons-nous souffrir plus longtemps que les saisons soient bouleversées par l'effet de la colère céleste, à cause de l’atroce perfidie des païens, qui dérange l’équilibre de la nature? Car quelle est la cause qui fait que le printemps n'a plus sa beauté ordinaire, que l’été ne fournit plus de moisson au laborieux cultivateur, que l’hiver, par sa rigueur inaccoutumée, glace le sol et le rend stérile ? »
— Ces idées de Théodose existent encore de nos jours, repartit le capitaine, car la moindre variation remarquée dans le cours des saisons est encore attribuée (et souvent officiellement) à une intervention directe de la Providence dans la conduite de l'atmosphère.
— Le fait qui se passait dans le monde chrétien se reproduisait presque avec les mêmes caractères en Asie et dans tous les pays musulmans, dit le pasteur.
Les Juifs, une fois qu’ils eurent abandonné la loi mosaïque pour suivre les prescriptions multipliées et puériles de la mischna, tombèrent dans un monde de superstitions qui laissa rentrer librement les pratiques païennes. Les démons ne furent en réalité, comme les anges, que des personnifications des agents de la nature. Chaque partie de l’univers fut mise sous le gouvernement d’un esprit céleste, ce qui conduisit à en multiplier singulièrement le nombre. On arriva jusqu’à en compter deux cent mille qui présidaient, selon les rabbins, aux herbes dont la terre est couverte, et leur nombre total s’éleva à neuf cent mille; il y en eut pour tous les phénomènes et pour toutes les actions de la vie; chaque planète, chaque étoile, chaque météore obtint le sien.
Les musulmans possèdent encore aujourd’hui des coupes et des miroirs magiques ; ces objets représentent les planètes, des thèmes généthliaques, et se rapportent à l’astrologie, car cette science chimérique demeure en honneur chez les Arabes et tous les peuples islamistes. Quoique défendue par le Coran, les sultans ne manquent