‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 158 sur 179 · L'ASTROLOGIE CHEZ LES ROMAINS. U · texte numérisé non relu

L'ASTROLOGIE CHEZ LES ROMAINS. U

Thrasylle, conduit par les mêmes chemins à travers les précipices, avait frappé l’esprit de Tibère qui l'interrogeait, en lui montrant la souveraine puissance, en lui dévoilant habilement les choses futures. César lui demanda s’il avait tiré son propre horoscope, et de quels signes étaient marqués pour lui-même cette année et ce jour. Thrasylle alors examine la position et la distance des astres; il hésite d'abord, il pâlit, puis il observe, puis il tremble d'étonnement et de crainte, et enlin il s'écrie « que le moment est périlleux, qu’il touche presque à sa dernière heure. • Tibère alors l’embrasse, le félicite d’avoir échappé au danger en le devinant, et, acceptant toutes ses prédictions comme des oracles, il l’admet au nombre de ses amis, intimes.

M Maury, ajouta l’historien, à qui j’emprunte cette histoire, rapporle aussi que Tibère fit mettre à mort un grand nombre d’hommes accusés d’avoir tiré leur horoscope, pour savoir quels honneurs leur étaient réservés, tandis qu’en secret il prenait luimême l’horoscope des gens les plus considérables afin de découvrir s’il n’avait point à attendre d’eux des rivaux. Septime Sévère faillit payer de sa tête une de ces curiosités superstitieuses qui conduisait chez les astrologues les ambitieux de son temps. De bonne heure il avait pris foi à leurs prédictions, et les consultait pour des actes importants. Ayant perdu sa femme et cherchant à contracter un second hymen, il tira l'horoscope des filles de bonne maison qui se trouvaient alors à marier. Tous les thèmes généthliaques qu’il établissait par les règles de l’astrologie étaient peu encourageants. 11 apprit enfin qu’il existait en Syrie une jeune fille à laquelle les Chaldéens avaient prédit qu’elie aurait un roi pour époux. Sévère n’était encore que légat; il se hâta de la demander en mariage et l’obtint. Julie était le nom do la femme née sous une si heureuse étoile ; mais était-il bien l’époux couronné que les astres avaient promis à la jeune Syrienne ? Cette réflexion préoccupa plus tard Sévère, et, pour sortir de sa perplexité, il alla en Sicile interroger un astrologue en renom. La chose vint aux oreilles de l'empereur Commode ; qu’on juge de sa colère ! Et la colère de Commode c’était de la rage, de la frénésie. Mais l'événement lui donna bientôt la réponse qu’il était allé chercher en Sicile : Commode mourait étranglé.

La divination qui avait l’empereur pour objet finit par constituer un crime de lèse-majesté. Les rigueurs contre la curiosité indiscrète de l’ambition prirent des proportions plus terribles sous les premiers empereurs chrétiens.

Sous Constance, quantité de personnes qui s’étaient adressées aux oracles furent punies des plus cruels supplices.

Sous Valens, un certain Palladius fut l’agent d’une épouvantable persécution. Chacun se voyait exposé à être dénoncé pour avoir des rapports avec les devins. Des traîtres glissaient secrètement dans les maisons des formules magiques, des charmes, qui devenaient ensuite autant de pièces de conviction. Aussi la frayeur fut telle en Orient, nous dit Ammien-Marcellin, qu’une foule de gens brûlèrent leurs livres, de peur qu’on y trouvât matière à accusation de sortilège et de magie.

Un jour de colère, Vitellius assigna aux astrologues une époque fixe pour sortir de Tltadie. Ceux-ci répondirent par une affiche qui ordonnait insolemment au prince d’avoir à quitter la terre auparavant, et à la fin de l’année Vitellius était mis à mort. — D’autre part, la confiance accordée aux astrologues conduisait à toutes les extrémités. Souvenons-nous qu’après avoir consulté Babylus, Néron fit périr tous ceux dont les prophéties lui annonçaient l’élévation d’Héliogabale. Souvenons-nous de Marc-Aurèle même et de Faustine son épouse. Celle-ci avait été frappée de la beauté d'un gladiateur. A ainement elle combattit longtemps en secret la passion dont elle était consumée : cette passion ne faisait que s’accroître. Faustine finit par en faire l’aveu à son époux, lui demandant un remède qui pût ramener la paix dans son âme bouleversée. La philosophie de Marc-Aurèle n’y pouvait rien ! On se décida à consulter des Chaldéens habiles dans l’art de composer des philtres et des calmants. Le moyen prescrit fut plus simple que celui qu’on était en droit d attendre de leur science si compliquée : ce fut de couper en morceaux le gladiateur. Us ajoutèrent que Faustine devait ensuite se frotter du sang de la victime. Le remède fut appliqué ; on immola 1 innocent athlète, et l’impératrice ne put dès lors évidemment songer à lui avec grand plaisir.

Les premiers chrétiens se livraient à l’astrologie comme les autres

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