DEUXIÈME SOIRÉE. - LES GAULOIS
les temps dans le règne éternel de l’immobilité. Nous sentons en nous-mêmes une force secrète, nous avertissant que, non-seulement rien ne peut anéantir le principe de notre existence, mais que rien ne peut imposer l’inactivité à cette force, ni arrêter notre âme dans sa poursuite incessante de la perfection. L’univers matériel, lien physique de nos destinées spirituelles, loin d’être condamné à s’évanouir un jour, est fait pour nous offrir à jamais des mondes proportionnés à nos variations ; de sorte qu’en définitive, reconnaissant que toute créature vit toujours d’une vie véritable, et que tout le mystère de la mort se réduit à un déplacement, nous revenons de nous-mêmes aujourd'hui à l’ancienne cosmogonie de nos pères.
Sous quelle forme la science druidique se représentait-elle l’univers 1 — Leur contemplation scientifique du Ciel est en même temps une contemplation religieuse. Il nous est donc impossible de séparer dans notre histoire leur ciel astronomique de leur ciel théologique. Et au surplus, n’est-ce pas encore faire « l’Histoire du Ciel » que de saisir en passant les idées de l’humanité sur ce ciel théologique, plus ondoyant et moins solide, sans doute, que le premier, mais qui ne peut être réel qu’à condition d’être fondé sur la vérité de la nature ?
Pour la théologie astronomique — ou pour l’astronomie théologique — des druides, la totalité des vivants se divisait en trois cercles. Le premier de ces cercles, cercle de l’immensité, ceugant, correspondant aux attributs incommunicables, infinis, n'appartient qu’à Dieu : c’était proprement l'absolu, et nul, sauf l'être ineffable, n’y avait droit. Le second cercle, cercle de la béatitude, gwyn-fyd , réunissait les êtres parvenus aux degrés supérieurs de l’existence: c’était le ciel. Le troisième, cercle des voyages, abred, comprenait tout le noviciat : c’est là, au fond des abîmes, dans les grands océans, comme dit Taliesin, que commençait le premier soupir de l'homme. Le but proposé à sa persévérance et à son courage était d’atteindre à ce que les Triades bardiques appellent le point de liberté, vraisemblablement le point où, s’étant convenablement fortifié contre les assauts des passions inférieures, il n’était plus exposé à être troublé, malgré lui, dans ses aspirations célestes, et, arrivé à ce