‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 173 sur 179 · LES DERNIERS JOURS DE LA TERRE · texte numérisé non relu

LES DERNIERS JOURS DE LA TERRE

LA FIN DU MONDE

que lu globe terrestre a été environné de neuf deux ; que la destinée de l’humanité est le pivot de la construction de l’univers, et qu’au dernier jour de la terre une résurrection générale amènera, après la catastrophe du monde entier, l’établissement éternel du ciel et de l’enfer immobiles ; au lieu de ces croyances enfantines, nous savpns maintenant que la terre est un astre du ciel, que les planètes sont des terres habitées analogues à la nôtre, que notre soleil n’est qu’une étoile, qu’il y g des millions de systèmes planétaires dans l’espace, et que notre petit monde n’est qu’une partie infinitésimale de la création universelle.

Formé depuis des millions de siècles, le globe terrestre poursuit sa destinée mystérieuse avec l’homme pour souverain, après avoir vu bien souvent la mer prendre la place de la terre ferme, et des convulsions modifier la surface entière. Jusqu’à quand portera-t-il ainsi dans l’immensité les générations humaines? Combien de fois les empires succéderont-ils aux empires, les déserts aux civilisations et les civilisations aux déserts? L’esprit humain a cherché à devancer les temps, comme il avait cherché à rétrograder à travers les âges, et plusieurs théories se présentent pour expliquer la fin de noire monde comme son commencement.

Buffon avait calculé que la terre n’aurait mis que 74 832 ans pour se refroidir à sa température actuelle, et que l’humanité pourrait encore y résider pendant 93 291 ans, avant que la surface soit assez refroidie pour que la vie fût forcée de s’éteindre. Cette hypothèse n’est plus aujourd'hui qu’une curiosité historique, depuis qu’on sait que la chaleur intérieure du globe n’a plus aucune influence à la surface, et que la vie terrestre dépend exclusivement du soleil.

Une seconde hypothèse, se basant également sur le refroidissement de la terre, suppose que, à l’époque où elle sera glacée, le sol se fendillera comme celui de la lune, que le dernier reste d’air et d’eau occupera ces profondeurs, et que les hommes se réfugieront là comme des taupes jusqu’à ce que l’air et l’eau aient entièrement disparu, fixés et solidifiés eux-mèmes. La terre, étant quarante-neuf fois plus grosse que la lune, mettrait quarante -neuf fois plus de temps à mourir.

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Une autre hypothèse, la plus ancienne de toutes, est celle qui suppose que le monde finira par le feu. Elle descend de Zoroastre, des Hébreux et des Pères de l'Eglise, et n’est pas irréalisable. Il est à peu près certain en effet que la surface du globe sur laquelle nous bâtissons nos cités et nos demeures n’a pas plus de dix lieues d'épaisseur, et qu’à cette mince profondeur, tous les minéraux sont en fusion. On sait d’autre part, par les instruments enregistreurs des observatoires, que cette surface est perpétuellement agitée, et qu’il ne se passe pas trente heures sans qu'un tremblement plus ou moins intense soit accusé. Nous vivons donc sur un mince radeau qui peut sombrer d'un instant à l’autre. Une convulsion

d'une minute suffit pour détruire des villes entières, comme on

n’en a que trop d’exemples.

Si les volcans, soupapes de sûreté de la chaudière terrestre, étaient bouchés, le globe ne pourrait-il éclater et envoyer dans l’espace les fragments de sa surface morcelée ? Dans tous les cas, une dépression du sol des continents pourrait facilement être suffisante pour amener toute l'eau des mers sur la terre habitée, et soulever d’autre part le sol qui forme actuellement le lit de l’océan. Avec une inondation partielle de cette nature , Paris pourrait facilement se trouver immergé, et les bateaux à vapeur sillonneraient la mer à trois ou quatre cents pieds au-dessus des tours Notre- Dame.

Une quatrième théorie sur la tin de notre monde le fait mourir plus lentement, plus doucement, mais plus sûrement. Elle est ingénieuse. Elle pourrait s’intituler la nivellation générale de la surface terrestre. Par les vents et les pluies, le sommet des montagnes descend constamment dans les vallées, et la terre des continents est lentement emportée dans la mer par les ruisseaux, les rivières et les fleuves. Les irrégularités du sol s’aplanissent, le fond de la mer s'exhausse, et la mer empiète à mesure sur ses rivages.

Eh bien, si les montagnes finissaient par être entièrement usées, s’il n’y avait plus de soulèvements ni de tremblements de terre pour s'opposer à ce travail de nivellation, si enfin le globe arrivait ainsi au niveau parfait d’une sphère, et cela avec 200 mètres d’eau d’épaisseur, — ce serait suffisant pour éteindre la vie de l'hu-

LA FIN DU MONDE

inanité, — à moins pourtant qu’elle ne s’installe alors à la surfice des eaux ou dans les airs.

Je ne dois point omettre de signaler ici la théorie d'AJliémar sur la périodicité des déluges. Cette théorie consiste à remarquer que les saisons sont d’inégale longueur sur les deux hémisphères. Notre automne et notre Inver durent 179 jours: sur l’hémisphère austral, ils durent 18 jours. Ces 7 jours, ou 166 heures, de diffé- # rence, agissent chaque année pour refroidir davantage un pôle, l’en- * dant 10 500 ans, les glaces s’accumulent sur un pôle, et dans le même temps se fondent autour de l'autre, ce qui déplace le centre de gravité de la terre.

Or il arriverait un moment où, après le .maximum d’élévation de température d’un côté, une débâcle se produirait, ce qui amènerait le retour du centre de gravité au centre de figure, et un déluge immense. 11 y aurait 4200 ans que la débâcle du pôle boréal aurait eu lieu; dans 6300 ans aurait lieu celle de la glacière australe. — 11 nous faut attendre cette date pour être sûrs du fait.

Il y a encore d’autres hypothèses curieuses, par exemple, celle qui nous annonce la lin du monde par une comète, non par le choc, car il ne paraît plus guère dangereux, mais par la combinaison chimique d’un gaz délétère d’une queue de quelques millions de lieues avec l’oxygène de notre atmosphère, ce qui, a-t-on dit, pourrait produire un magnilique feu de Uengalc dans bquel la vie terrestre tout entière exhalerait son souffle en un clin d’œil.

Nous avons encore la théorie de la chute progressive de la terre dans le soleil par suite de la résistance de l’éther. La comète d'Encke perd en 33 ans un millième de sa vitesse. On voit que c’est par des millions de siècles qu’il faudrait compter pour atteindre l’époque où la terre serait assez proche du soleil pour souffrir de sa chaleur, et encore !

Ile toutes ces hypothèses, et quoique notre planète n’ait vraiment que l'embarras du choix, aucune peut-être n’amènera sa mort. On peut dire d’elle ce que disait Fonlenelle des humains : tout le monde * s’embarrasse fort de mourir, mais je vois qu'en définitif tout le monde s’en tire. La vie terrestre est suspendue aux rayons du soleil, et c’est dans la destinée de l’astre radieux que nous devons

SEIZIÈME SOIRÉE. — LA FIN DU MONDE

lire notre propre sentence. Fontenelle aussi l’avait déjà prévu lorsqu’il a écrit les vers suivants :

Ce n’est pas pourtant que je doute Qu’un beau jour qui sera bien noir,

Le pauvre soleil ne s'encroûte En nous disant : Messieurs, bonsoir!

Cherchez dan^la céleste voûte Quelque autre qui vous fasse voir :

Pour moi j’en ai fait mon devoir,

El moi- même ne vois plus goutte.

Mais sur notre triste manoir,

Combien de maux fera pleuvoir Cette céleste banqueroute!

Tout sera pêle-mêle et toute Société sera dissoute.

Bientôt de l’éternel dortoir Chacun enfilera la route Sans tester et sans laisser d’hoir.

Le soleil est une étoile variable. Déjà des taches, parfois nombreuses, se montrent à sa surface. De siècle en siècle, ces taches deviendront plus fréquentes. Le soleil se refroidit. En emportant la terre et les planètes à travers les déserts glacés de l’espace, il perd lentement sa chaleur et sa lumière.

Lentement.... En effet, la théorie de la chaleur permet d'affirmer que 350000 fois plus lourd que la terre et 1 400 000 fois plus ÿros, le soleil n’aura pas perdu une valeur sensible de sa chaleur avant un million d’années. 11 est actuellement dans sa seconde phase, dans sa période photosphérique.

Néanmoins, le temps viendra où, dans sa troisième phase, sa surface solidifiée ne projettera plus celte lumière et- cette chaleur qui sont la vie de la nature. Alors, dans plusieurs millions d’années, il n’entraînera plus avec soi que des planètes désertes d’où la vie et la pensée se seront à jamais exilées.

11 ne sera pas nécessaire que ce nombre prodigieux de siècles s’écoulent pour que la vie disparaisse de notre globe ; aucune des humanités qui doivent succéder à la nôtre n'est appelée à assister le soleil dans ses derniers moments, et à voir ses rayons se perdre dans la nuit. Bien avant ce grand désastre, les derniers débris de

LA FIN DU MONDE

l’espèce humaine auront plié bagage vers d’autres destinées : cette suprême transformation se fera graduellement et suivant une marche facile à concevoir. »

L'affaiblissement de la chaleur solaire aura pour effet naturel d'augmenter l’étendue des zones glaciales; les mers et les terres de ces parties du globe se refusant à entretenir la vie, celle-ci se rétrécira insensiblement autour des régions équatoriales. L'homme, qui par sa nature et son intelligence, peut braver les plus basses températures, restera le dernier debout sur la nature en deuil, réduit à la plus misérable nourriture. Réunis autour de l'équateur, les derniers enfants de la terre livreront un suprême combat à la mort, et c'est précisément quand les ténèbres approcheront, que le génie humain, fortilié par les acquisitions scientiliques des siècles passés, jettera sa plus vive lumière : ce sera comme le chant du cygne, le dernier éclair du souffle divin sur les débris du monde. Uui pourra jamais décrire les prodiges de cette lutte colossale, où l'humanité terrestre, les deux pieds dans la fosse, comme un puissant supplicié qu’on enterre, • essayera de rejeter au loin le couvercle fatal qui devra l’engloutir?

Enfin la Terre caduque, desséchée, stérile, ne sera plus qu’un immense cimetière. Il en sera de même des autres planètes. Le Soleil sera devenu rouge, puis noir, et le système planétaire ne sera plus qu'un assemblage de boulets noirs tournant autour d'un autre boulet noir. Déjà, bien d’anciens mondes détruits en sont arrivés là. C’est le sort réservé à tous les astres.

Mais tandis que les uns vieillissent et tombent, les autres naissent et grandissent. Et lorsque la vie terrestre sera éteinte, lorsque le dernier homme aura rendu le dernier soupir, l’univers sera aussi peuplé, aussi harmonieux, aussi complet qu’il l'est aujourd'hui. D’autres soleils brilleront, et d'autres terres habitées se balanceront sous les effluves fécondes de leur lumière et de leur chaleur. Car la mort d'une planète n’est qu’un détail insignifiant, et la vie universelle est ÉTERNELLE.

— Telles sont, mes amis, ajouta l’astronome en se levant, les phases probables que notre humanité est condamnée à traverser dans l’avenir. C’est peut-être finir nos soirées par une perspective un peu élégiaque. Vais non : notre Terre, ce n’est pas nous. A cette

m SEIZIÈME SOIRÉE. — LA FIN DU MONDE.

époque-là, il y aura longtemps que nous n’appartiendrons plus à cette planète, et que, sans doute, nous serons installés sur un autre monde du grand espace.

— Quant à moi, lit le député, j’aime la palingénésie des Chaldéens,

qui supposait que le monde se renouvelait tous les trente mille ans, et se retrouvait après cette période exactement tel qu’il était auparavant. Donc, comme nous nous sommes trouvés fort bien à Flamanville, j'espère que nous nous y retrouverons tous après celle vénérable période séculaire, identiquement comme cette année. Ainsi, mes amis, ne nous disons pas adieu, mais au revoir : Dans trente mille ans /

TABLE DES MATIERES

PREMIÈRE POIRÈE.

ODE NOUS SOMMES ACTUELLEMENT DANS L8 CIEL ET QUE LA TERRE EST ON ASTRE.

Les apparences : la Terre paraît former la partie inférieure du monde; les astres et le Ciel paraissent former la partie supérieure. — La réalité : position de la Terre dans l’espace et son mouvement autour du Soleil. Les autres inondes planétaires. Les étoiles. — Phénomènes célestes causés par le mouvement do la Terre autour du Soleil Translations apparentes du Soleil, de la Lune et des p'anètes le long du Zodiaque. — Pers-

Pectives célestes. — Idées primitives, astronomiques et religieuses, engcndeées par observation de ces mouvements 1

DEUXIEME SOIRÉE

LA PIIlLOSOPniB DU CIEL SELON LES GAULOIS NOS ANCÊTRES.

La conversation autour du dolmen. Revendication de la science antique des Druides. Théologie astronomique des Gaulois. Doctrine de la pluralité des mondes. Les cercles de la vie immortelle. Chants des bardes. Mort et transmigration ; les existences dans le Ciel. — Les Gaulois ont imprimé leur astronomie sur leurs pièces de monnaie Anciennes médailles de la Gaule. Culte do la nature et respect envers les astres. Anciennes monnaies astronomiques de la Chine et des autres peuples 25

TROISIEME SOIRÉE

ANl>IPNNP.TB DK L'ASTRONOMIE •

Naissance de l’astronomie. Teuples pasteurs. Époques primitives de l’humanité. — Mystères des premiers âges. Les Aryas. Premier système du monde imaginé par les hommes. Curio-ités étymologiques; sens primitif des mots : Dieu — Ciel — Terre — Soleil — Lune, etc. Discussion sur rantiquitô réciproque de* deux races sémitique et japétiaue. — Les hiérophantes de la vieille Égypte et les astronomes de la Chaldce. Culte de la nature. Le dieu Soleil. Astronomie dite antédiluvienne L'Inde, la Chine et les plus anciens peuples 51

QUATRIÈME SOIRÉE

L’ORIGINE DES CONSTELLATIONS

La sphère céleste et ses figures. Constellations de notre hémisphère, — zodiacales. — australes. Constellations modernes ajoutées à celles de l’antiquité. Leur époque et leur histoire. Circulation apparente des astres. Le dessous de la Terre. Premières idées sur la route des étoiles. — Origine des figures célestes et des noms donnés aux constellations. La Grande-Ourse. Le pôle du monde et sa marche. Les constellations boréales. — Histoire de la sphère grecque et des cartes astronomiques actuellement en

usage , si

TABLE DES MATIÈRES

CINQUIÈME SOIRÉE

HISTOIBE DES CONSTELLATIONS.

Continuation du sujet de la soirée précédente. Recherche* sur l'explication des figures tracées dans le Ciel et des noms donnés aux constellations. — Mythologie; drames et comédies représentés sur la sphère céleste. Analogies et correspondances. Modifications des noms primitifs. Les cartes célestes du moyen âge. — Constellations australes. — Epoque de la formation de la sphère grecque. Elle descend d'un peuple plus ancien et plus oriental 111

SIXIEME SOIRÉE

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