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NOUS SOMMES DANS LE CIEL

résultats positifs et utiles, ajouta-t-il, si nous ne consentions, dès cette première soirée, à nous affranchir immédiatement de cette antique conception qui divise l'univers en deux parties : le Ciel et la Terre. Il faut que nous ayons le courage d’abandonner sans regrets et sans inquiétudes la croyance que nos sens, faibles et trompeurs, nous ont imposée ; et que dès ce moment nous nous servions des lumières dont la science nous a gratifiés depuis trois siècles, pour dissiper les ténèbres qui favorisaient notre ignorance cosmographique. En effet, malgré la simplicité de notre représentation vulgaire, malgré le charme même que nous éprouvons à contempler sans faT tigue ces beaux couchers de soleil, à rêver que tout est fait pour nous en ce monde, à. nous sentir les rois, ou, sous une image plus orientale, les pachas de la création : malgré les respects dus à des opinions séculaires et illustres, je crois qu'il sera très-bon pour nous d’ouvrir carrément nos entretiens par la proposition suivante : La Terre n’est pas au-dessous du Ciel ; le Ciel n’est pas étranger à la Terre; la Terre vogue à travers le Ciel, et nous vivons actuellement dans le Ciel.

— Je crois que cette idée fera plaisir à bien du monde, fit le député.

— Si on pouvait la démontrer I répliqua le pasteur.

— Rien n’est si facile, reprit l’astronome. Oui, nous vivons actuellement dans le Ciel, aussi bien que si nous habitions Jupiter ou Vénus. La Terre est un astre du Ciel, et ne diffère point, par sa position ni par sa nature, des autres terres célestes qui se balancent comme elle dans l’espace sous l’impulsion des forces cosmiques. Cette proposition peut paraître à première vue téméraire ou même paradoxale. Mais elle n’est que l’expression de la vérité. Nous sommes aujourd’hu dans le Ciel même, nous y avons toujours été et nous y demeurerons toujours. Quelque étonnant que ceci puisse vous paraître, Messieurs, il est incontestable qu’en cette année 1867, sous le pontificat de Pie IX, et sous le règne de Napoléon III, nous sommes dans le Ciel.

— Je m’aperçois avec plaisir, interrompit le député de l’opposition, que les paradoxes sont aussi brillamment cultivés à l’Observatoire qu’au Corps législatif.

— Mais ce n’est pas un paradoxe, continua l’astronome. La seule méthode que nous puissions employer pour apprécier exactement la

PREMIÈRE SOIRÉE

LE CIEL

condition cosmographique de la Terre, c’est de nous supposer placés non plus sur elle, mais à côté, dans l’espace, et immobiles; au lieu d’être, comme nous le sommes, entraînés par son propre mouvement. Ainsi isolés de ce globe, nous pourrons l’observer sans parti pris, sans idée préconçue, sans patriotisme, et constater son mouvement astronomique. Nous savons, en effet, que pour juger du mouvement d’un corps, il ne faut pas appartenir à ce mouvement. Lorsque nous sommes sous le pont d’un navire, nous ne pouvons juger de la marche du navire. Lorsque nous voyageons, tranquillement assis, dans la nacelle d'un ballon, soit que nous voguions audessus ou au-dessous des nuages, ou dans leur sein, ou dans un air pur, nous n’avons aucune idée de la vitesse qui nous emporte, et nous nous sentons au contraire absolument immobiles, quoique nous soyons parfois (comme je m’y suis vu personnellement) emportés avec une rapidité supérieure à celle d’un train express. Pour connaître notre cours, nous devons observer avec soin les paysages qui passent au-dessous de nous, et noter des points de repère lorsque notre perpendiculaire aboutit à quelque signe susceptible d’être marqué sur nos cartes, comme un clocher, une gare, un lac, la traversée d’une rivière ou d’une route, etc. Tel est le cas de la translation de laTerre, qui nous emporte à notre insu dans l’espace avec une gigantesque rapidité. Pour l’apprécier, nous devons nous supposer placés en dehors de son mouvement, dans la situation de celui qui reste sur le rivage au moment du départ d'un navire, ou qui voit passer devant lui un train rapide sur une voie ferrée.

Ainsi placés dans l’espace, non loin de la route céleste suivie par le globe terrestre dans son cours, nous verrions d’abord ce globe venir de loin , sous l'aspect d'une étoile grandissante. Le volume apparent du globe s’accroissant à mesure qu’il approche, nous le verrions ensuite avec le diamètre de la Lune dans son plein. Alors déjà nous pourrions distinguer sa surface, les continents et les mers, le pôle éclatant de blancheur, l’atmosphère marbrée de nuages. Bientôt le globe s’enflant davantage nous apparaîtrait grandissant toujours. Son mouvement de rotation sur lui-mème commencerait à se manifester par le mouvement général de sa surface d’ouest en est. Nous reconnaîtrions les diverses parties du monde, les deux vastes trian-

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