‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 35 sur 179 · ÉTYMOLOGIES. — CIEL. -TERRE. - SOLEIL. - LUNE · texte numérisé non relu

ÉTYMOLOGIES. — CIEL. -TERRE. - SOLEIL. - LUNE

der. De Surya, Sauil (gothique) est frère en étymologie. Descendent également de là le lithuanien Saule, et le kymrique Haul, et le grec llclios, et le latin Sol, et le français Soleil.

A l’opposé, la nuit signifia la destructive : Nakt, d’où sont venus nux, nacht, night, etc.

— Et la Lune? demanda la marquise.

— Elle tire son étymologie, répondit l’astronome, du verbe sanscrit Glu, qui veut dire briller. Glucina est le participe de Gluc; sont venus ensuite Lucina — Lucna — Luna — Lune. Séléné vient de Swel — qui n’est que le féminin de Soleil.

Dans la poésie védique, le Soleil devient l’œil de Varouna personnilié. Les étoiles sont les sbires clairvoyants du même dieu, qui inspecte éternellement les actions des hommes.

Ces premiers penseurs ne se demandèrent pas d’abord comment ce monde se tenait suspendu dans l'espace. La Terre était censée plonger dans l’infini des fondations inébranlables; le Ciel était une voûte posée sur elle.

Plus tard les philosophes, se croyant plus avancés, assurèrent que la terre était finie, limitée de toutes parts, et quelle était soutenue sur douze colonnes.

— Mais les colonnes?

— Les prêtres qui se formèrent en caste enseignèrent que ces colonnes de la Terre étaient soutenues à leur tour sur.... sur les sacrifices. Le peuple devait donc offrir des sacrifices, des bœufs et des moutons, sans quoi toute la mécanique de l’univers se serait effondrée !

Un second système du monde apparut à côté de cette cosmogonie primitive, qui la modifiait et la complétait. Accumulés en masses plus ou moins épaisses, les nuages furent considérés comme les ramifications touffues d’un arbre immense. Cet arbre du monde, tantôt figuier, tantôt frêne, on le retrouve depuis le Rig-Véda jusqu’au Zend Avesta, jusqu’aux chants Scandinaves, jusqu’à la mythologie grecque, où le frêne (Méfia) est pris pour une nymphe. Les dieux habitent dans les branches de cet arbre gigantesque. C’est là que perchent les deux oiseaux divins : Agni (d’où Ignis), dieu du feu, et Indra (d’où Udôr), dieu des eaux.

Une autre image de la même époque, et qui peint bien les idées

de la vie pastorale, c’est celle qui représente les nuages comme des troupeaux, qui tantôt se précipitent tous ensemble vers l’horizon, tantôt se suivent lentement, et sont appelés moutons, vaches, chevaux. Dans les jours d'orage et de tempête, la nuée noire est caractérisée sous le nom détesté d’une louve dévorante accourant pour ravager le troupeau que le soleil fait paître dans les vastes plaines des cieux; le pasteur se fait loup lui-même pour séduire la terrible louve ; c'est alors que naît l'éclair ou Agni lui-même. Issu du mariage du soleil et de la nuée, cet éclair produisit jadis le premier homme.

— Je vois que nos pères n’avaient pas l’imagination stérile, dit la marquise. Mais dans tout cela, un détail me préoccupe particulièrement : c’est de savoir si cette cosmogonie a été faite avant ou après le déluge....

— Toujours des dates? s’écria le comte.

— Quel déluge? dit en souriant le député.

— Le déluge de Moïse.

— Oh ! madame, reprit l’astronome, vous savez que le déluge de Moïse n’est pas bien ancien, puisque la llible le place moins de quatre mille ans avant 1ère chrétienne. La géologie en constate un grand nombre incomparablement plus antiques, l’aris a été quatre fois recouvert par les eaux depuis que les ptérodactyles venaient y pêcher des étoiles de mer.... Flamanville touchait jadis les îles anglo-françaises, et l’évêque de Coutances allait en litière à Jersey, il y a tout au plus mille ans. La mer anglaise mange chaque jour un peu nos rivages, et le temps viendra où nous serons de nouveau dans l’Océan. Mais ces mouvements généraux ne s'accomplissent qu'avec une grande lenteur. Nous ne savons pas apprécier la durée des âges. Un siècle n’est rien. Quatre mille ans, c’est fort peu important, même dans l’histoire de l’humanité. Les systèmes cosmogoniques dont nous venons de parler doivent, si l'on en croit nos linguistes contemporains, avoir été construits entre l’an 19337 et l'an 13900 avant notre ère.

— Alors c’était bien avant le déluge asiatique, répliqua la marquise.

— Et avant la grande émigration de la Dactriane, fit l'astronome.

ANCIENNETÉ DE L’ASTRONOMIE. - ARYENS. 63

— De sorte que c’est de l'astronomie antédiluvienne! s’écria le député.

— N’en déplaise aux théories précédentes, dit à son tour l’historien, je garde la persuasion que la vieille civilisation égyptienne, l'antique Chaldée et l’Asie centrale sont antérieures aux Aryas tant vantés. Je ne donne pas dix mille ans aux Aryas. J’en donne le double aux Chaldéens. Les Sémites sont la plus ancienne race de l’histoire humaine.

— Mais comment ces assertions peuvent-elles être démontrées ? répliqua l'astronome.

— Infiniment mieux que les hypothèses aryennes. Les traditions, les monuments, les vestiges de ces âges disparus parlent avec éloquence !

Ne vous souvenez-vous pas de ce que les prêtres égyptiens racontèrent à Hérodote, au père de l’histoire ? Ils gardaient la tradition fabuleuse, mais significative, que dans l’espace de 11340 ans on avait vu changer quatre fois le cours du soleil, et l’écliptique se placer perpendiculairement à l’équateur : ils avaient donc pu apprécier la variation de l’obliquité de l’écliptique.

Ne vous souvenez-vous pas, pour remonter moins haut, qu’au moment de l’expédition d'Égypte les savants de la commission découvrirent une allée conduisant de Karnak à Louqsor, qu’ils comparent, pour l’étendue et pour reflet, à l’avenue des Champs-Élysées, depuis l’arc de triomphe de l'Étoile jusqu’à la place Louis XV! Cette avenue était décorée de chaque côté de la route d’une rangée de 16i0 sphinx à corps de lion et à têtes de bélier.

Or dans l’architecture égyptienne, les ornements ne sont jamais le résultat du caprice ou du hasard. Au contraire, tout y est motivé, et souvent ce qui paraît bizarre au premier abord finit, après avoir été étudié et examiné avec soin, par présenter des allégories pleines de sens et de raison, fondées sur une connaissance approfondie des phénomènes de la nature. Ce n’est certainement pas par l'effet du hasard que des têtes de bélier et des tètes de femme étaient ainsi ajustées sur des corps de lion, et qu’une avenue tout entière était formée de béliers. Les sphinx et les béliers des avenues étaient probablement des emblèmes ayant pour objet de rappeler les divers

signes du zodiaque placés sur la route du soleil. Quelle haute antiquité ne devons- nous donc pas supposer à la science de ce peuple 1 D’ailleurs toute la religion et la théogonie des Égyptiens sont fondées sur l’astronomie.

Il n’y a peut-être pas de pays, écrit Diodore.où les positions et les mouvements des astres aient été observés avec plus d’exactitude qu’en Égypte. « Ils conservent, depuis un nombre incroyable d’années, des registres où ces observations sont consignées. On y trouve des renseignements sur les mouvements des planètes, sur leurs révolutions et leurs stations ; de plus, sur le rapport de chaque planète avec la naissance des animaux, enfin sur les astres dont l'influence est bonne ou mauvaise. En prédisant aux hommes l'avenir, ces astrologues ont souvent rencontré juste ; ils prédisent aussi fréquemment l’abondance et la disette , les épidémies et les maladies des troupeaux. Les tremblements de terre, les inondations, l’apparition des comètes et beaucoup d’autres phénomènes qu’il est impossible au vulgaire de connaître d’avance, ils les prévoient d’après des observations faites depuis un long espace de temps. On prétend même que les Chaldéens de Iiabylone, si renommés dans l’astrologie, étaient une colonie égyptienne et qu’ils furent instruits dans cette science par les prêtres d'Égypte. »

Sémiramis avait élevé, au milieu de Babylone, un temple consacré à Jupiter que les Babyloniens nommaient Bélus. 11 était extraordinairement élevé, et servait d’observatoire. Tout l’édifice était construit avec beaucoup d’art, en asphalte et en brique. Sur son sommet trônaient les statues de Jupiter, de Junon et de Rhéa, recouvertes de lames d’or.

Autour du monument d’Osymandias, à Thèbes, étaient bâties, toujours d’après Diodore, un grand nombre de galeries ornées de la peinture de tous les animaux de l’Égypte. On montait sur des marches au sommet du tombeau, où li y avait un cercle d’or de 36£ coudées de circonférence et de l’épaisseur d’une coudée. Ce cercle était divisé en autant de parties qu’il comprenait de coudées ; chacune indiquait un jour de l’année ; et on avait écrit à côté les levers et les couchers naturels des astres, avec les pronostics que fondaient lâ-dcssus les astrologues égyptiens. Le cercle fut, dit-on, dé-

Page 1