L’ASTHONOMIE, LA PLUS ANCIENNE DES SCIENCES
lettre ont été entièrement dénaturés : aussi beaucoup de fables ne sont que la description ou l’explication des faits physiques. Les hiéroglyphes fournissent une autre clef. Devenus obscurs par la suite des temps, ils ont présenté des idées différentes de celles qu’ils exprimaient. 11 ne parait pas douteux que les hiéroglyphes ne soient la source des hommes à tète de chien, de taureau, à pied de chèvre, etc. Les fables naquirent encore de l 'adoption des mots étrangers. S'il y avait des mots semblables par le son, ou avec peu de différence chez le peuple qui les adoptait, les deux significations se sont confondues, et il en résulte un mélange de fables et de vérités, comme nous le verrons à l’une de nos prochaines soirées. Les Grecs, qui ont voulu placer leur ancienne histoire dans le Ciel, y ont cherché des rapports, les ont historiquement interprétés. On peut conclure que de tous les systèmes qui ont été faits pour rendre raison à la mythologie, il n'y en a aucun dont on ne puisse tirer quelque chose de vrai; mais qu’on ne doit pas tenter de renfermer toutes les fables dans une explication générale : elles sont l’ouvrage de plusieurs siècles, créées et augmentées par différentes causes et dans différents pays.
En résumé, continua l'astronome en terminant, l’astronomie est la plus ancienne des sciences , et dès que l’homme eut conscience de sa raison, nous constatons qu’il sut élever au Ciel ses regards interrogateurs et se construire aussitôt des systèmes élémentaires destinés à satisfaire son besoin de connaître. Nous aurons lieu d’observer dans la suite de notre Histoire du Ciel quelle fut la nature et la succession de ces curieux systèmes, et d’assister à l’élaboration lente des sciences d'observation. Ainsi se révéleront successivement à nous le caractère des peuples et la diversité des temps. Ce soir, nous devions nous en tenir aux généralités, et indiquer seulement l'esquisse du tableau. L'important pour nous est d’arriver maintenant à la pratique, à la substance même des opinions primitives, et en premier lieu à l’explication de l'origine de la sphère céleste. Au milieu de cette multitude d’astres dont la voûte céleste est parsemée, le regard s’arrête spontanément sur des groupes d’étoiles brillantes, associées en apparence par une proximité frappante, ou bien sur des étoiles remarquables par leur éclat et par
un certain isolement dans la région qu’elles occupent. Ces groupes naturels font pressentir obscurément un lien, une dépendance quelconque entre les parties et l'ensemble. Ils ont été remarqués à toutes les époques, même par les races d'hommes les plus grossières. Les langues de plusieurs tribus dites sauvages montrent presque toujours, d'une race à l’autre, des groupes identiques sous des noms différents; et ces noms, empruntés d’ordinaire au règne organique, donnent une vie fantastique à la solitude et au silence des cieux. A quel mortel, à quel peuple sommes-nous redevables de l’idée première des constellations? A quelle cause est dû ce peuplement du Ciel étoilé par des figures animales ou humaines? Quelle langue nomma les étoiles pour la première fois, et pourquoi chaque étoile, chaque planète ont-elles reçu les noms qu'elles portent encore? Pour qui ignorerait la coutume séculaire de l'astronomie, l’aspect bizarre d'une carte céleste offrirait le panorama incompréhensible d’une ménagerie singulière, riche en monstres de toutes formes, placés là-haut par la fantaisie audacieuse de quelque Promëthée. Sans contredit, c'est une des questions les plus intéressantes à résoudre, de chercher, à l’aide de la linguistique et de l’histoire comparée, quelle est l’origine des constellations et celle des signes du zodiaque. Nous commencerons par les premières , par les constellations qui caractérisent notre hémisphère boréal, et lorsque nous serons orientés sur l'histoire de la sphère céleste, nous trouverons plus facilement sans doute l’explication du zodiaque.
QUATRIÈME SOIRÉE
l’origine des constellations.
La sphère céleste et ses figures. Constellations de notre hémisphère , — zodiacales, — australes. Constellations modernes ajoutées à celles de l’antiquité. Leur époque et leur histoire. Circulation apparente des astres. Le dessous de la Terre. Premières idées sur la route des étoiles. — Origine des figures célestes et des noms donnés aux constellations. La Grande-Ourse. Le pôle du monde et sa marche. Les constellations l>oréales. Histoire de la sphère grecque et des cartes astronomiques actuellement en usage.
Les derniers rayons empourprés du Soleil couchant flottaient sur la moire chatoyante de l’Océan, et leurs reflets rougeâtres coloriaient d’une douce nuance l’azur céleste ; une table avait été dressée en face du chalet, au bord du versant de la falaise; l’aslronome déploya le rouleau d’une immense carte représentant les deux hémisphères du ciel, de sorte qu’en nous plaçant autour de la table nous pûmes examiner facilement et l'aspect général de la carte et la forme de chaque constellation. C’était une carte tracée au trait par l’astronome anglais Flamsteed , et qui depuis plus d’un siècle dormait au rayon supérieur de la bibliothèque. Ayant pu rapporter cette belle carte à Paris, je l’ai fait réduire et graver pour accompagner ce récit; en la consultant , mes lecteurs auront l’illustration directe de la thèse soutenue pendant cette quatrième soirée, suivront facilement les discussions que nous eûmes alors à propos de l’origine des constellations, et apprendront en même temps sans peine à connaître les étoiles et à s’orieuter. On remarquera au centre de la carte de l’hé-
misplière boréal le pôle et notre étoile polaire, un peu au-dessus le pôle de l’écliptique, autour duquel le pôle du monde tourne en 25 870 ans. La circonférence extérieure de cette carte est l’équateur, sur lequel on a inscrit les heures d’ascension droite , c’est-à-dire la distance des étoiles à la ligne de l’équinoxe du printemps. Six signes du zodiaque se succèdent à la zone inférieure de la carte : d’abord les Poissons, constellation à travers laquelle passe maintenant la ligne de l’équinoxe du printemps, qui rétrograde d’un peu plus de 50 secondes d'arc par an, de 80 minutes d’arc ou de 1* 20’ par siècle, et entraîne avec elle l’équateur et sa ligne d’intersection avec l’écliptique; puis le Bélier, le Taureau (où brille Aldébaran ), les Gémeaux, l’Écrevisse et le Lion. La Vierge, où brille l'Épi, apparaît; mais pour la voir entièrement il faut traverser l’équateur, et par conséquent chercher la suite des signes sur la carte de l’hémisphère austral, où nous trouvons la Vierge, la Balance, le Scorpion (où brille Anlara), le Sagittaire, le Capricorne et le Verseau. Nous avons déjà dès notre première soirée fait connaissance avec ces signes célèbres.
Cette sphère dont nous nous servons aujourd'hui, dit l’astronome, est la sphère grecque, qui n’a pas été inventée par les Grecs, mais corrigée et augmentée, et vient de peuples plus anciens. Cette même sphère servait à llipparque il y a deux mille ans. Ptolémée nous en a donné la description. Il comptait 48 constellations, 21 au nord, 15 au sud, et, le long de l’écliptique, les 12 du zodiaque.
Les constellations qui nous ont été conservées par Ptolémée contiennent dans leur ensemble 1026 étoiles dont les positions relatives avaient été déterminées par llipparque; c’est à l’occasion de ce travail ([uc Pline s’écriait: « llipparque osa, et c’eût été le comble de l’audace même chez un dieu, transmettre le dénombrement des étoiles
à la postérité. »
Le catalogue de Ptolcrnée contient :
Pour les 2t constellations boréales. . ,
• . 361 étoiles*
Pour les 12 constellations du zodiaque. .
Pour les 15 constellations australes. . .
Ou pour les 48 constellations. . .
. - 1029 étoiles.