‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 41 sur 179 · L’ASTRONOMIE, LA PLUS ANCIENNE DES SCIENCES · texte numérisé non relu

L’ASTRONOMIE, LA PLUS ANCIENNE DES SCIENCES

— Bornons-nous, madame, à avoir ressuscité de ses cendres le premier système du monde, dû aux Aryas, il y a une quinzaine de mille ans, répondit l’astronome ; à savoir que Us Chinois sont le plus ancien peuple dont les observations précises nous sont parvenues, et à garder une idée générale de l 'ancienneté de notre science sublime. Je suis obligé de vous avouer que malgré mes longues recherches et les travaux spéciaux auxquels je me suis livré pendant plusieurs années sur ce point curieux des origines de l’astronomie, je ne suis pas parvenu à retrouver l’extrait de naissance de Jupiter, de Saturne, ni de Vénus, et j’ose même penser que nul n’y parviendra. Tout système exclusif conduit ici à de colossales erreurs. Nous no possédons aujourd’hui que des feuillets isolés d’un livre immense consumé par les siècles. Plusieurs peuples, divers génies, différents caractères ont présidé à la confection de ce livre. Le génie français n’est pas en correspondance avec ces origines si dissemblables et ne saurait les comprendre toutes. Qui pourrait dire aujourd’hui quelles tendances guidaient les historiens primitifs, quelles passions les dominaient, à quelles lois ils devaient obéir? Qui pourrait ressusciter les doctrines mystérieuses de ces premiers âges, les opinions bizarres des philosophes, les discussions incomplètes sur lesquelles ils bâtissaient leurs systèmes? Pour se rendre compte de cet état social disparu depuis tant de siècles, il faudrait pouvoir y revivre par la pensée. Mais de ce monde éteint il ne reste plus que les cendres, et le vent muet du désert souffle depuis trop longtemps sur les plaines solitaires où florissaient les antiques capitales....

Les anciens eux-mêmes étaient tout aussi partagés et incertains que nous le sommes aujourd’hui. Pour les uns, tout est fabuleux ; pour d'autres, les dieux eux-mêmes ont existé. Diodore de Sicile, parlant des Atlantes, dit: « Leur premier roi fut Uranus. Ce prince rassembla dans les villes les hommes qui avant lui étaient répandus dans les campagnes. Comme il était soigneux observateur des astres, il détermina plusieurs circonstances de leur révolution. Il mesura l’année par le cours du Soleil, et les mois par celui de la Lune; et il désigna le commencement et la fin des saisons. Les peuples, qui ne savaient pas encore combien le mouvement des astres est égal et constant, étonnés de la justesse de ses prédictions, crurent qu’il

était d’une nature plus qu'humaine, et après sa mort ils lui décernèrent les honneurs divins. Us donnèrent son nom à la partie supérieure de l’univers, c’est-à-dire au Ciel, tant parce qu’ils jugèrent qu’il connaissait particulièrement tout ce qui arrive dans le Ciel, que pour marquer la grandeur de leur vénération pour cet honneur extraordinaire qu’ils lui rendaient. »

Atlas et Saturne auraient été les deux plus célèbres des enfants d’Uranus; Pline est ici du même avis que Diodore. Celui-ci assure en particulier qu’ils excellèrent dans l’astrologie, que ce fut Atlas qui représenta le monde par une sphère, et que c’est pour cette raison qu’on a prétendu qu’il portait le monde sur ses épaules. Il ajoute que Hespérus, son fils, recommandable par sa piété, étant monté au plus haut du mont Atlas pour observer les astres, fut subitement emporté dans le Ciel par un vent impétueux, et que le peuple, touché de son sort, lui décerna les honneurs divins, et donna son nom à la plus brillante des planètes. Atlas aurait été père de sept lilles, appelées Atlantides : Maïa, Élcctre, Taygèle, Astérope, .Mérope, Alcyone et Celœno. Maïa, l'aînée, aurait eu de Jupiter un fils : Mercure, qui fut l’inventeur de plusieurs arts, l'line ajoute qu’elles étaient très-spirituelles, et que c’est pour cette raison que les hommes les regardèrent comme des déesses après leur mort, et les placèrent dans le Ciel sous le nom de Pléiades.

Ces récits présentent tout à fait le caractère de la fable, et nous sommes maintenant portés à croire que ces noms étaient d’abord pu rement symboliques etfurent individualisés par les légendes. Et pourtant, il se mêle parfois à ces récits des faits qui coïncident évidemment avec certains fastes de l'histoire. Cette obscurité n’a rien qui doive nous surprendre. Il n’en pouvait êlre autrement à une époque où l’on n’écrivait pas, et où les crimes nationaux des conquérants, d’une part, les phénomènes imposants de la nature de l'autre, passaient de génération en génération sur l’aile fantastique des hymnes populaires.

Ces opinions diverses nous engagent à observer que les fables ne peuvent être expliquées qu’au moyen de plusieurs clefs. L’allégorie est la première; l’allégorie employée par les philosophes et par les poètes qui ont parlé d’une manière ligurée. Leurs discours pris à la

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