LE CIEL ANTIQUE
nom. Il rapporte lui-même plusieurs de ses observations. 11 a vu une éclipse de Mars par la Lune qui, d'après Kepler, dut arriver l’an 357, et l’occultation d’une étoile des Gémeaux par la planète de Jupiter. Ces phénomènes, qui sont rares, prouvent que celui qui les a saisis était attentif à les chercher. 11 a observé une très-grande comète qui, d’après Cassini, doit être de l’an 373, dont la lumière, ou sans doute la queue, embrassait, dit-on, le tiers du Ciel. Elle s’avança jusqu'à la ceinture d’Orion, où elle disparut. Son opinion sur les comètes était qu’elles sont produites par une exhalaison sèche et chaude, qui s'élève dans les régions supérieures, s’y condense et s’y enflamme. Il n’adopta point l’opinion orientale des comètes supra-lunaires assujetties à des retours réglés.
— A propos, fit la marquise, en présentant un vieil incunable couvert en parchemin, quel est donc cet opuscule dont mon bisaïeul prenait tant de soin?
— C’est la Lettre d'Aristote à Alexandre sur le systbne du monde, répondit le professeur. Plusieurs hellénistes ont traité cet opuscule d’apocryphe. Ce n’est pas ici le lieu de discuter la paternité de cette œuvre littéraire; je me contenterai de dire que ceux qui refusent d’y reconnaître la manière d’Aristote attribuent cet écrit, les uns à Nicolas de Damas, d’autres à Anaximène de Lampsaque, contemporain d’Alexandre, et d’autres au stoïcien Posidonius. Quel que soit son auteur, elle doit être la bienvenue dans notre histoire du Ciel.
— Vous connaissez cet ouvrage? demanda l’astronome.
— Je l’ai commenté, pendant les vacances, il y a une dizaine d’années. Tenez! je pense que je retrouverai facilement son résumé du monde des Grecs.
— Ecoutons ce résumé ! fit le député. Voyons si les savants parlaient aux souverains des banalités dont on les entretient si souvent aujourd’hui.
■ Il y a dans le monde un centre fixe et immobile. C’est la Terre qui l’occupe; mère féconde, foyer commun des animaux de toute espèce. Autour d’elle, immédiatement, est l’air qui l’environne de toutes parts. Au-dessus d’elle, dans la région la plus élevée, est la demeure des dieux, qu’on nomme le Ciel.
« Le Ciel et le Monde étant sphériques et se mouvant sans fin
ARISTOTE A ALEXANDRE
comme on vient de le dire, il est nécessaire qu’il y ait deux points à l’opposite l’un de l'autre, comme dans un globe qui se meut sur un tour, et que ces points soient immobiles, pour contenir la sphère lorsque le Monde tourne sur eux. On les nomme pôles. Si on conçoit une ligne tirée de l’un de ces points à l'autre, on aura l'axe diamètre du monde, ayant la Terre au milieu et les deux pôles aux extrémités. De ces deux pôles, l’un, au nord, est toujours visible sur notrr horizon : c’est le pôle arctique ; l’autre, au midi, reste toujours caché pour nous : c’est l’antarctique.
« La substance du Ciel et des astres se nomme éther : non qu’elle soit de flamme, comme l’ont prétendu quelques-uns, qui n'avaient pas considéré sa nature, infiniment différente de celte du feu ; mais parce qu’elle se meut sans cesse circulairement, étant un élément divin et incorruptible, tout différent des quatre autres.
« Des astres qui sont contenus dans le Ciel, les uns sont fixes, tournant avec le Ciel et conservant toujours entre eux les mêmes rapports. Au milieu d’eux est le cercle appelé zoopliore, qui s’étend obliquement d’un tropique à l’autre, et se divise en douze parties, qui sont les douze signes. Les autres sont errants et ne se meuvent ni avec la même vitesse que les fixes, ni avec la même vitesse entre eux, mais tous dans différents cercles, et selon que ces cercles sont plus proches ou plus éloignés de la Terre.
■ Quoique tous les astres fixes se meuvent sous la même surface du Ciel, on ne saurait en déterminer le nombre. Quant aux astres errants, il y en a sept, qui se meuvent chacun dans autant de cercles concentriques ; de manière que le cercle d’au-dessus est plus grand que celui d’au-dessous, et que les sept, renfermés les uns dans les autres, sont tous renfermés dans la sphère des fixes.
« En deçà de cette nature éthérée, immuable, inaltérable, impassible, est placée la nature muable, corruptible et mortelle. Elle a plusieurs espèces, dont la première est le Feu , essence subtile inflammable, qui s’allume par la forte pression et le mouvement rapide de la substance éthérée. C’est dans la région du feu, lorsqu’il y a désordre, que brillent les flèches ardentes, les traits lumineux, les poutres enflammées, les gouffres : c’est là que s’allument les comètes et qu’elles s’éteignent.
18% SEPTIÈME SOIRÉE
« Au-dessous du feu est répandu l’Air, ténébreux et froid de sa nature, qui s'échauffe, s’enflamme, devient lumineux par le mouvement. C’est dans la région de l’air, passible et altérable de toutes manières, que se condensent les nuages, que les pluies se forment, les neiges, les frimas, la grêle, pour tomber sur la terre. C’est le séjour des vents orageux, des tourbillons, des tonnerres, des éclairs, de la foudre, et de mille autres phénomènes.
< La cause du mouvement du ciel est Dieu. Il n’est pas au milieu, où est la Terre, dans une région d’agitation et de trouble; mais au plus haut de la circonférence, dans la région la plus pure : lieu que nous appelons à juste titre Uranos, parce que c’est le plus haut de l’univers; Olympe, c’est-à-dire tout brillant, parce qu’il est totalement séparé de tout ce qui approche des ténèbres et des mouvements désordonnés qu’on voit dans ces régions inférieures. •
— Quels étaient ce Dieu et cet éther ? fit le pasteur.
— On ne le sait trop, répondit le professeur. Parmi les anciens, les uns voulaient qu’il fût dérivé d’a'Otiv, brûler, luire, être en feu; les autres, du nombre desquels était Aristote, le faisaient venir d’««l Tntv, toujours courir. Aristote en donne ici deux raisons : le feu s’élève par sa légèreté ; l’éther ne s’élève point : l’éther tourne autour du monde.
Au reste c’était une chose convenue chez tous les anciens philosophes, que l’éther était la substance de l’univers la plus subtile, la plus élevée, la plus active, la plus divine, qui mettait toutes les autres en mouvement et leur donnait la loi. Personne ne l’a défini plus nettement qu’Hippocrate, Il : pi iâpxwv : « Il me semble, dit-il, que ce qu’on appelle le principe de la chaleur est immortel, qu’il connaît tout, qu’il voit tout, qu’il entend tout, qu’il sent tout, le présent et l’avenir. Dans le temps que tout était confondu, la plus grande partie de ce principe s’éleva à la circonférence du monde ; et c’est ce que les anciens ont nommé éther. »
— Cet agent a joué un aussi grand rôle dans l'astronomie ancienne que dans la moderne, dit l’astronome. L’éther de l’école ionique, d’Anaxagore et d’Empédocle («Î9>îp) différait complètement de l’air proprement dit (à>îp), substance plus grossière, chargée de lourdes vapeurs, qui entoure la Terre et s’étend jusqu’à une hau-