‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 61 sur 179 · CIEL DES ANCIENS. — LA VOIE LACTÉE · texte numérisé non relu

CIEL DES ANCIENS. — LA VOIE LACTÉE

apparente; elles nous sont curieusement transmises par les œuvres de Plutarque. La Voie lactée, dit-il, est un cercle nébuleux qui paraît constamment dans les airs et auquel sa blancheur a fait donner la dénomination de lactée. Quelques pythagoriciens ont dit que lorsque Phaéton incendia l’univers, un astre qui se détacha de sa place brûla tout l’espace qu’il parcourut circulairement, et forma la Voie lactée. D’autres croient que ce cercle fut dans les commencements du monde la route du Soleil. Suivant d’autres, c’est une simple apparence d’optique, produite par la réflexion que les rayons solaires éprouvent sur la voûte des deux comme sur un miroir, et semblable à celle qui se fait dans l’arc-en-ciel et dans les nuages. Métrodore dit que c’est la trace du passage du Soleil qui fait sa révolution dans ce cercle. Parménide prétend que cette couleur de lait résulte du mélange d’un air dense et d’un air raréfié. Anaxagore pense que ce météore est l’effet de l’ombre de la Terre, qui se projette sur celte partie du Ciel, quand le Soleil, qui passe au-dessous, n’éclaire plus tout l’univers. Démocrite dit que c’est la lueur de plusieurs petites étoiles qui sont très-près les unes des autres, et qui par leur voisinage s'éclairent réciproquement. Aristote croit que c’est une masse considérable de vapeurs sèches qui, en s’enflammant, forment au-dessus de la région de l’éther, et beaucoup plus bas que celle des planètes, une chevelure de feu. Posidonius dit que ce cercle est un composé de feu plus raréfié que celui des astres, mais d’une lumière plus dense.

A part la juste prévision de Démocrite, ces fruits de l’imagination grecque, et les idées analogues qu’il serait possible de recueillir dans d’autres écrivains de l’antiquité, ne mériteraient pas aujourd’hui l’honneur d’un examen sérieux. On a été jusqu’à chercher l’origine de cette ceinture immense et blanchâtre dans les gouttes de lait qu’llercule enfant laissa tomber du sein de Junon. Théophraste regardait la Voie lactée comme la ligne de soudure des deux hémisphères qui, suivant lui, composaient la voûte céleste I Selon lui, il y avait de la lumière derrière ces cieux solides, et fa jointure des deux hémisphères était assez mal faite, puisque la lumière s’échappait à travers.

— Ce Théophraste est-il celui auquel on doit les Caractères dont La Bruyère nous a donné la traduction ? demanda le professeur.

SEPTIÈME SOIRÉE

— Précisément, répondit l’astronome. Au surplus, des auteurs modernes, tels que Derham, ont bien supposé aussi que certaines nébuleuses étaient l’indice d'une épaisseur moindre du ciel, ou d’ouvertures à travers lesquelles la lumière de l’empyrée pourrait filtrer!

i Nous savons maintenant que la Voie lactée comme les nébuleu- ses est une immense agglomération d'étoiles, de soleils — puisque chaque étoile est un soleil. La Voie lactée est une nébuleuse, un amas de systèmes sidéraux, dans lequel nous habitons, attendu que notre soleil est une étoile de ce vaste archipel de 18 millions de soleils.

Elle nous environne de toutes parts. Nous la distinguons assez bien ce soir. Les Grecs la nommaient Galaxie; les Chinois et les Arabes l’appellent le Fleuve céleste; elle est le Chemin des âmes pour les sauvages de l'Amérique septentrionale, et le Chemin de saint Jacques de Compostelle pour nos paysans.

Maintenant que nous nous formons une idée juste des théories de la Grèce sur la structure du ciel, comparées avec nos connaissances modernes, je vous demanderai la permission d'esquisser rapidement l’histoire de l’astronomie chez ce peuple , d’où nous l’avons reçue.

Avant Hipparque et Ptolémée, on avait déjà conçu le système des cieux tel que nous venons de le voir, mais successivement, avec un progrès et une succession d'idées faciles à reconnaître. Anaximène enseigna la solidité des cieux. Pythagore en donna un différent à chacune des planètes. Eudoxe, qui distingua mieux les divers aspects du mouvement des planètes, multiplia les cieux, ou les sphères, pour les représenter. Chaque planète, selon lui, avait une espèce de ciel à part composé de sphères concentriques, dont les mouvements, se modifiant l’un l’autre, formaient celui de la planète. Il donna trois sphères au Soleil : une qui tournait d’orient en occident en vingt-quatre heures, pour rendre raison du mouvement diurne; une qui tournait autour du pôle de l’écliptique en trois cent soixantecinq jours un quart, et qui produisait le mouvement annuel du Soleil; la troisième était ajoutée pour un certain mouvement du Soleil, par lequel il s’éloignait de l’écliptique, et cette sphère tournait sur son axe perpendiculairement à un cercle incliné à l’é- ( ,ptique de la quantité nécessaire à cette aberration prétendue. La

Lune avait également trois sphères relatives à ses mouvements en longitude, en latitude et à son mouvement diurne. Chacune des autres planètes en avait quatre. On leur en donnait une de plus pour rendre raison de leurs stations et de leurs rétrogradations. 11 faut remarquer que ces cieux étaient appliqués les uns sur les autres, de sorte que les différentes planètes n’étaient censées séparées quo par l’épaisseur de ces zones de cristal.

En raison des perspectives , les planètes paraissent tantôt s’avan cer, tantôt reculer, tantôt stationner; bientôt le mouvement régulier des sphères de cristal ne suffit plus pour expliquer les mouvements célestes. Il fallut imaginer d’autres rouages pour corriger les précédents.

Calipps, auteur d’une période fameuse dont nous parlerons bientôt, et Polémarque, qui fut son maître et disciple d’Eudoxe, firent exprès le voyage d’Athènes pour conférer avec Aristote des changements et des additions qu’il fallait faire à ce système. Ces changements ne sont qu’une plus grande complication. Au lieu de vingt-six sphères que demandait le système d’Eudoxe, Calippe en établit trente-trois.

Outre toutes ces sphères qui roulaient les unes sur les autres, on en plaça d’intermédiaires, afin d’empêcher que le mouvement des unes ne fût troublé par le mouvement des autres. Il en résulta que le nombre de ces sphères s’accrut jusqu’à cinquante-cinq, ce qui en faisait cinquante-six, en comptant la sphère des fixes.

Eudoxe avait composé deux ouvrages intitulés l’un, le Miroir , l’autre, les Phénomènes. Il parait, suivant ce que dit Hipparque, qui les avait sous les yeux, que le fond de ces deux ouvrages était lo même. C’était une espèce de tableau du Ciel, décrit d’une manière populaire. Dans le premier, il s’était attaché vraisemblablement à désigner la position des constellations les unes relativement aux autres. Dans le second, il expliquait le temps de leurs levers et de leurs couchers. Ces deux ouvrages sont perdus, il ne nous en reste que des fragments conservés par Hipparque dans son commentaire sur le poème d’Aratus.

Aristote, quoiqu’il ne soit pas cité comme astronome, est peutêtre de tous les philosophes grecs celui qui en a le mieux mérité le

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