‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 78 sur 179 · GRANDE RÉVOLUTION DES FIXES · texte numérisé non relu

GRANDE RÉVOLUTION DES FIXES

Le marquis de Mirville n’hésite pas à reconnaître V Homme ou le Verseau de la sphère dans Ruben, qui, dans la prophétie de Jacob, « se précipite comme de l'eau; » les Gémeaux dans « l’association fraternelle de Siméou et de Lévi; » le Lion dans « Juda, qui se repose comme le lion; » les Poissons dans « Zabulon, qui habitera les mers et les rivières; » le Taureau dans « Issacar, qui se tient dans ses étables; * le Scorpion chez « Dan, qui sera comme le serpent : mordens; * le Capricorne dans « Nephtali le Cerf; » le Cancer dans i Benjamin, qui change du soir au matin ; » les Balances dans « Aser le boulanger; » le Sagittaire dans « Joseph, dont l’arc est resté dans sa force; » et la Vierge dans Dina, fille unique de Jacob.

— Oh t fit le député, vous me permettrez de mettre en doute cette fantasmagorie?

— Je sais, reprit le pasteur, tout ce qu’il pourrait y avoir d’arbitraire dans des interprétations aussi faciles, si elles n’étaient pas commandées, pour ainsi dire, par la division subséquente des douze tribus d’Israël, dont les drapeaux étaient ornés de ces figures. Nous voyons en outre dans le temple de Jérusalem notre monde sublunaire séparé d’abord en quatre parties, puis entouré par les douze signes du zodiaque, comme dans les camps d'Israël la tribu sacerdotale, séparée en quatre phalanges, marchait toujours entourée par les douze autres ; les quatre premiers chefs portaient sur leurs étendards sacrés, Juda un lion, Ruben un homme ou verseau, Ëphraïm un bœuf, Dan un Scorpion; — chacun des signes se trouvait appliqué à chacune des tribus.

— Au surplus, remarqua le professeur, c’est en vain que Moïse essaya d’effacer de sa religion tout ce qui rappelait le culte des astres : une foule de traits restèrent malgré lui pour le retracer; et les sept lumières ou planètes du grand chandelier, les douze pierres du grand prêtre, la fête des deux équinoxes, qui, à cette époque, formaient chacun une année, la cérémonie de l’agneau ou bélier céleste alors à son quinzième degré ; enfin le nom d’Osiris même conservé dans son cantique, et l'arche ou coffre imité du tombeau où ce dieu fut enfermé, restent pour servir de témoins à la filiation de ces idées et à leur extraction de la source commune.

— Prenons notre bien où nous le trouvons, fit l’historien en regar-

dant l’astronome; et puisqu’il est chez des Juifs, volons-leur en passant (ils en ont pris bien d’autres!). Je rappellerai, du reste, que Zoroastre cinq siècles après Moïse, au temps de David, rajeunit et moralisa chez les Mèdes et les Baclriens tout le système égyptien d’Osiris et de Typhon, sous les noms d'Ormuz et d’Ahrimane, qu'il appela vertu et bien le règne de l’été, péché et mal le règne de l’hiver, création du monde le renouvellement de la nature au printemps, résurrection celui des sphères dans les périodes séculaires des conjonctions, et enfin vie future, enfer, paradis, ce qui n’était que le Tartare et l’Élysée des astrologues et des géographes.

— Je reviens à notre principale question de la date de l’établissement du zodiaque, reprit l’astronome, Eudoxe rapporte que les solstices et les équinoxes étaient fixés au quinzième signe, c’est-àdire au milieu du Bélier, de l’Écrevisse, de la Balance et du Capricorne. Cette détermination est antérieure à son temps et remonte au siècle de Chiron, vers 1353 ans avant Jésus-Christ. Mais il n’est nullement vraisemblable que ceux qui ont établi cette division ne l’aient pas fait commencer aux points des équinoxes et des solstices qui en sont l’origine naturelle. Ces quatre points ont fait certainement la première division du zodiaque à l’égard du Soleil. Celle des douze signes ne sont que les quatre premières divisées chacune en trois. « Il est évident, dit Bailly, que chacun des équinoxes et des solstices a dû se trouver au commencement d'une constellation et non au milieu. Ainsi cette division doit être antérieure au temps où les équinoxes et les solstices se sont trouvés au milieu des constellations, au moins de 1080 ans, temps que ces points ont employé pour rétrograder de quinze degrés. On pourrait donc croire, par conséquent, que l’équinoxe du printemps concourait alors avec le premier degré de la constellation du Taureau , et cela vers 2400 avant Jésus-Christ. Mais si d’un côté une foule de témoignages et quelques observations prouvent que 3000 ans avant Jésus-Christ les constellations des Pléiades et du Taureau étaient observées, les signes du zodiaque connus, et que de l’autre des traditions donnent lieu de penser que le Soleil dans le Taureau commençait l’année, il en faudra conclure nécessairement que l’équinoxe avait été placée plus avant dan§ l’écliptique, et cela de l’espace d’un signe entier, en

sorte qu’il répondait primitivement au premier degré des Gémeaux ou du moins était placé dans les dernières étoiles remarquables du Taureau, telles que celles qui sont aux extrémités des cornes. » Cette supposition est appuyée par un vers de Virgile qui semble le dire expressément :

Candidus auratis aperit cum cornibus annum Taurus.

L’équinoxe n’a pu répondre au dernier degré du Taureau que vers 4500 ans avant Jésus-Christ, c’est-à-dire il y a 6370 ans environ.

— Mais c’est remonter bien haut ! interrompit la marquise.

— Je suis au contraire bien modeste, répondit l’astronome, et je serais presque autorisé à l’être moins. Laplace n’hésite pas, lui, à donner au zodiaque une antiquité près de quatre fois plus grande. < Les noms des constellations du zodiaque ne leur ont point été donnés au hasard, dit- il, ils ont exprimé des rapports qui ont été l’objet d’un grand nombre de recherches et de systèmes. Quelques-uns de ces noms paraissent être relatifs au mouvement du Soleil : l'Écre visse, par exemple, et le Capricorne indiquent la rétrogradation de cet astre aux solstices; et la Balance désigne l’égalité des jours et des nuits à l’équinoxe : les autres noms semblent se rapporter à l’agriculture et au climat du peuple chez lequel le zodiaque a pris naissance. Le Capricorne paraît mieux placé au point le plus élevé de la course du Soleil qu’à son point le plus bas. Dans cette position, qui remonte à quinze mille ans, la Balance était à l’équinoxe du printemps; et les constellations du zodiaque avaient des rapports frappants avec le climat de l’Égypte et son agriculture. »

Dupuis, dans son mémoire sur l'origine des constellations, a rassemblé un grand nombre de motifs très -plausibles de croire que jadis la Balance était à l’équinoxe du printemps, et le Bélier à celui d’automne; c’est-à-dire, que depuis l'origine du système astronomique actuel la précession des équinoxes aurait interverti de sept signes l’ordre primitif du zodiaque. 11 en résulterait que le premier degré de la Balance devrait être fixé à l’équinoxe du printemps il y a environ 15000 ans. L’équinoxe du printemps coïncida avec le premier degré du Bélier, 2300 ans avant Jésus-Christ, et avec le dernier du Taureau, 4500 ans avant Jésus-Christ. Or, il est remarquable

que le culte du Taureau joue le rôle principal dans la théologie des Égyptiens, des Perses, des Japonais, etc. ; ce qui indique à cette époque un mouvement commun chez ces divers peuples.

— Pourquoi n’admettez-vous pas ces 15 000 ans? fit le député.

— Je suis bien loin de les nier, répondit l’astronome, mais ils ne me semblent pas suffisamment démontrés, puisqu’on peut parfaitement supposer que les mois n’ont pas correspondu au passage du Soleil par les signes, mais bien plutôt au passage de ces signes môme au méridien, à minuit; ce qui réduit immédiatement les dates de moitié.

— Mais, A propos, ne nous parlez-vous point du fameux zodiaque de Dendérah ? reprit le député.

— Votre interruption n’est pas précisément indiscrète, répliqua l’historien; mais à vrai dire, si nous voulions entamer la.question si controversée de son antiquité, nous n’en sortirions pas ce soir.

— Eh bien! ajouta le capitaine, j’aime assez les indiscrétions de notre Breton. M. l'astronome ne nous refusera pas de dire ce qu’il pense de ce zodiaque.

— D’autant plus, fit la marquise, que cette carte jaunie que vous voyez là attachée au plafond est précisément une reproduction du plafond de Dendérah, transporté d’Égypte à Paris.

— On peut résumer en quelques mots toutes les études faites sur ce zodiaque, répondit l’astronome. Examinez cette figure assez compliquée. Au-dessus du centre, nous remarquons d’abord le Lion, les pattes sur une espèce de barque formée par une Hydre. Au-dessous du Lion, voilà la vache Isis portant Sirius sur le front. Maintenant, en prenant le Lion pour premier signe, et en allant vers la gauche, nous voyons derrière lui la Vierge tenant un large épi, puis la Balance, le Scorpion, etc., et, en contournant le centre, nous revenons au Lion par le Taureau, les Gémeaux et le Cancer, situé au-dessus de la tête du Lion. Comme le commencement du zodiaque égyptien est placé au lever héliaque de Sirius, il faut voir à quelle époque le solstice d’été était entre le Cancer et le Lion. C’est à peu près huit siècles avant notre ère. D’après les discussions exposées par Francœur dans son Uranographie, c’est la date la plus probable de la sculpture du plafond du temple de Dendérah.

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