IDÉES DES PHILOSOPHES GRECS
— De ce coup d'œil il me semble résulter, dit l’astronome, que les anciens désignaient sous le nom d’ame ce que les modernes désignent sous celui de foret ; selon nous, cette force, l'attraction, s’exerce en raison des masses et en raison inverse du carré des distances; selon les anciens, elle était en raison de la matière et de la substance divine, qui réglait les distances Notre auteur aurait pu faire cette proposition : Les distances des astres et leurs forces sont entre elles comme leurs temps périodiques. « Les uns, dit Plutarque, cherchent les proportions de l’àme du monde dans les vitesses (temps employés à parcourir les orbites) ; les autres dans les distances du centre; quelques-uns dans la masse des corps célestes; d’autres, plus subtils, dans les rapports des diamètres des orbites. 11 est probable que le corps de chacun des astres, que les intervalles des sphères, que les vitesses de leurs mouvements, sont comme des instruments de musique bien montés, en proportion entre eux et avec toutes les parties de l’univers ; et, par une suite nécessaire, que ces proportions se trouvent dans l’âme du monde dont Dieu se sert pour les exécuter. *
Voilà, j’espère, reprit le professeur, tout un système bien complet. Je me permettrai encore de lui adjoindre ici celui que le philosophe Ocellus de Lucanie édita sur La nature de l’univers.
C’était le sujet qui, en Grèce et en Italie, aux derniers siècles avant notre ère, occupait tous les esprits. Les poètes chantaient des théogonies et des cosmogonies; les philosophes faisaient des traités sur la naissance du monde et sur les éléments de composition ; et celait les seuls genres dans lesquels on écrivait.
Le titre d’Ocellus est le même, pour le sens, que celui d’un ouvrage de Démocrite, qui commençait par ces mots ; Je parle de l'univers; le même que celui de Timée sur L’dme du monde; le même que celui d’Aristote intitulé Du monde; le même que celui de ses livres intitulé Du Ciel; le même enfin que le brillant ouvrage de Lucrèce, De nalurd rerum.
Ocellus de Lucanie se représente l'univers comme étant de figure sphérique. Cette sphère est partagée en couches concentriques jusqu a celle de la Lune, ce sont les sphères célestes; depuis la Lune jusqu'au centre du Monde, ce sont les sphères élémentaires, et la
L’HARMONIE
Terre est le centre des sphères. Dans les sphères célestes sont tous les astres, qui sont autant de Dieux, et parmi eux le Soleil, qui est le plus grand et le plus puissant de tous. Dans ces sphères, nul trouble, nul orage, nulle destruction; par conséquent nulle réparation à faire, nulle reproduction, nulle action de la part des dieux.
En deçà de la Lune tout est en guerre, tout se détruit et se recompose ; c’est là que s’opèrent les générations. Mais elles s’opèrent par l’influence des astres, surtout par celle du Soleil qui dans son cours foule diversement les sphères élémentaires, et produit en elles des variations continuelles d’où résultent les renouvellements et les variétés de la nature. C’est le Soleil qui enflamme la région du feu, c’est lui qui dilate l’air, qui liquéfie l’eau, qui féconde la terre, tant par son cours journalier d’orient en occident, que par un mouvement oblique et annuel vers les deux tropiques. Mais qui a donné à la Terre et les germes et les espèces? Selon quelques philosophes, ces germes étaient des idées célestes que les dieux et les démons semaient d'en haut par toute la nature. Mais, selon Ocellus, ils proviennent continuellement des influences célestes.
Les divisions mêmes du Ciel séparent la partie impassible du monde, de celle qui change sans cesse. La ligne de partage entre l'immortel et le mortel est le cercle que décrit la Lune. Tout ce qui est au-dessus d’elle, et jusqu’à elle, est l’habitation des dieux: tout ce qui est au-dessous, est le séjour de la nature et de la discorde : :elle-ci opère la dissolution des choses faites ; l’autre, la production de celles qui se font.
— Hypothèses ! hypothèses ! s’écria le navigateur. Et dire que ces braves gens de philosophes s'imaginaient déterminer quelque chose avec leur prétendue logique !
\ — Avant les sciences d’observation, répliqua l’historien, il faut bien avouer qu’en fait de connaissances positives, l’homme n’avait que des théories creuses.
— Il est instructif de revoir néanmoins ces images anciennes, fit la marquise. Elles nous font mieux juger du chemin parcouru. Je suis charmée que la musique nous ait amenés ce soir à parler de ces imaginations.