PTOLÉMÉE
octave) un son grave à l’orbe inférieur et lent de la Lune, un ton aigu à l’orbe supérieur et rapide du firmament étoilé; avecces deux limites de l'octave, les huit globes mobiles produisent sept tons sur des modes différents, et ce nombre est le nœud de toutes choses en général. Les oreilles des hommes remplies de cette harmonie ne savent plus l’entendre, et vous n’avez pas de sens plus imparfait, vous autres mortels. C’est ainsi que les peuplades voisines des cataractes du Nil ont perdu la faculté de les entendre. L'éclatant concert du monde entier dans sa rapide révolution est si prodigieux, que vos oreilles se ferment à cette harmonie, comme vos regards s’abaissent devant les feux du Soleil, dont la lumière perçante vous éblouit et vous aveugle....
Un peu plus loin, le fils deScipion l’Africain semble terminer cette esquisse de la cosmographie en montrantà Scipion Émilien le globe terrestre sous son aspect véritable : . . . Quelle gloire digne de tes vœux peux-tu acquérir sur ce petit globe?... Les habitants sont tellement isolés les uns des autres qu’ils ne peuvent communiquer entre eux. Bien plus, tu vois combien ils vivent loin de nous, les uns sur les flancs de la Terre, les autres à angle droit, d’autres même sous vos pieds, « partim obliquos, partim transversos, partim etiam adversos stare vobis. » Tu vois ces zones qui paraissent envelopper et ceindre la Terre ; les deux d'entre elles qui sont aux extrémités du globe et qui de part et d’autre s’appuient sur les pôles du Ciel, tu les vois couvertes de frimas ; celle du milieu, la plus grande, est brûlée par les ardeurs du Soleil. Deux sont habitables : la zone australe où se trouvent les peuples vos antipodes, et qui constitue un monde étranger au vôtre, «• et celle où souffle l’aquilon et que vous habitez. Regardez, vous ne couvrez encore qu’une bien faible partie de celle-ci. Toute cette région où vous êtes, étroite entre le nord et le midi, plus étendue entre l’orient et l’occident, forme une petite île baignée par cette mer que vous appelez l’Atlantique, la Grande Mer, l’Océan. Malgré tous ces grands noms, vois quel pauvre océan c’est en definitive....
En fermant mon petit livre, qui n’était autre, comme vous l’avez deviné, qu’un exemplaire de Cicéron, je remerciai le hasard d'avoir précisément guidé mes mains et incliné mes yeux sur ces quatre paragraphes , qui renferment avec concision l'esquisse de tout le système du monde des anciens.
— Cette page de Cicéron est très-belle en effet , répliqua le professeur de philosophie ; mais elle est surtout concise, et réclame une explication un peu plus détaillée.
— Elle n'est qu’un prélude & l’exposition du système de Ptolémée, ajouta le capitaine.
■ — Ptolémée, reprit l’astronome, a laissé son nom à ce système quoiqu’il n’en soit pas l’inventeur, et qu’on l’ait imaginé bien des
siècles avant la naissance de cet astronome. Nous venons de voir avec Cicéron l'ensemble de ce premier système, avec lequel l’antique harmonie des sphères nous avait déjà initiés hier soir; quant aux mouvements , on les composait comme ceci : La Terre occupait le centre du monde, environnée de la sphère de l’air et par celle du feu, de l’éther ou des météores ; le premier cercle décrit autour du système terrestre élait le ciel de la Lune, tournant en 27 jours, 7 h., 43 m. Au-dessus de la Lune, Mercure dans le deuxième ciel, Vénus