L’ANCIEN SYSTÈME DU MONDE
tude des signes du zodiaque a continué l’histoire de l’astronomie antique. C’est après cette revue analytique que nous avons pu seulement pénétrer les opinions des anciens sur la nature de la voûte céleste, qu’ils supposaient matérielle, comme nous l'avons vu, sur l’arrangement des sphères et leur harmonie. Ce soir donc nous pourrons entrer plus profondément encore dans les détails , et voir le système terrestre et planétaire construit par l’esprit humain pour l’explication des phénomènes observés.
— Notre cher astronome, ajouta la marquise, a dû préparer ce sujet, car il est revenu tard des falaises, accompagné d’un petit elzevir qu’il paraît affectionner particulièrement.
— Je me suis en vérité trouvé précisément engagé dans ce sujet, répondit l’astronome, par une lecture que le hasard le plus intelligent m’avait merveilleusement préparée.
Du haut des cimes sévères du cap, ajouta-t-il, assis sur l’un des blocs de granit qui de toutes parts percent comme de colossales arêtes le corps de la montagne, je contemplais ce matin l’immensité bleue des mers déployée sous l’immensité de l’azur, et je voyais le reflet blanc du Soleil sillonner la surface liquide comme une vaste zone d’argent reliant le rivage de France aux îles, lorsque mes yeux fatigués de l’éblouissement tombèrent sur ce petit volume elzevir que j’avais placé à côté de moi dans l’anfractuosité de la roche. Je songeais, tout en rêvant, à la description du système astronomique des anciens , et je cherchais vaguement (comme on cherche quand on n’est pas pressé) quel exorde il conviendrait d’improviser pour préparer cette description. J’attendais l’inspiration, lorsque mes yeux se prennent à lire une page de mon elzevir, une page écrite dans l’une des belles langues que les hommes aient parlées, dans cette langue éternellement riche, qui a des mots pour tout exprimer, et des images pour tout peindre. Or, voyez combien souvent nous avons tort d’éperonner le rétif Pégase, et de fatiguer la noble tête académique de Minerve, puisque le hasard, ou le destin, le plus ancien et le plus mystérieux des dieux, se charge de temps en temps de faire lui-même tout le travail. Voici en effet ce que je lus et ce que je relus, tout ému par la grandeur des pensées ; du moins en voici une traduction française :
.... Je contemplais l’univers du haut de ce cercle qui resplendit
entre tous les feux célestes par son éclatante blancheur, et je ne voyais de toutes parts que magnificences et merveilles.il y avait des étoiles que nous n’avons jamais aperçues d’en bas et dont nous n’avons jamais soupçonné la grandeur. Le plus petit des astres était celui qui, proche de la Terre, brille d'une lumière empruntée. Les mondes célestes l'emportaient tous de beaucoup sur la Terre en grandeur. Alors la Terre elle-même me parut si petite, que notre empire, qui n’en occupe pour ainsi dire qu’un point, me fit pitié.
.... L'univers est composé de neuf cercles, ou plutôt de neuf globes qui se meuvent. La sphère extérieure est celle du Ciel, qui embrasse toutes les autres, et sous laquelle sont fixées les étoiles. Plus bas roulent sept globes, entraînés par un mouvement contraire à celui du Ciel. Sur le premier cercle roule l’étoile que les hommes appellent Saturne; sur le second brille Jupiter, l’astre bienfaisant et propice aux yeux humains ; vient ensuite Mars, rutilant et abhorré ; au-dessous, occupantla moyenne région, roule le Soleil, chef, prince, modérateur des autres astres, âme du monde, dont le globe immense éclaire et remplit l’étendue de sa lumière. Après lui, viennent, comme deux compagnons, Vénus et Mercure. Enfin l’orbe inférieur est occupé par la Lune, qui emprunte sa lumière à l’astre du jour. Au-dessous de ce dernier cercle céleste, il n’est plus rien que de mortel et de corruptible, à l’exception des âmes données par un bienfait divin à la race des hommes. Au-dessus de la Lune, tout est éternel.— Votre Terre, placée au centre du monde et éloignée du Ciel de toutes parts, forme la neuvième sphère; elle reste immobile, et tous les corps graves sont entraînés vers elle par leur propre poids....
En lisant cette page, je ne me sentis plus la nécessité de chercher un préambule à la description du système astronomique des anciens et de leurs idées sur la construction du monde. Mais comme c’est l’ombre de Paul-Emile en personne qui parle ici, après un séjour dans TEmpyrée, je continuai d’écouter son discours d’outre-tombe :
.... Formée d’intervalles inégaux, mais combinés suivantune juste proportion, l’harmonie résulte du mouvement des sphères qui, fondant les tons graves et les tons aigus dans un commun accord, fait de toutes ces notes si variées un mélodieux concert. De si grands mouvements ne peuvent s'accomplir en silence, et la nature a placé (une