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LE SOUTIEN DE LA TERRE

qui est plus légère, supportât la Terre qai est plus lourde. Anaximène, Anaxagore el Démocrite; qui font la Terre plate, croient qu'elle est soutenue par Tair; il est accumulé au-dessous d'elle et elle presse sur lui comme un vaste couvercle. Aristote ajoute que ce qu'on dirait peut-être de plus probable, avec quelques autres philosophes, «c'est que la Terre a été portée au centre par la rotation primitive des choses. On peut croire encore, avec Empédocle, que la Terre se maintient sans tomber, comme dans les vases qu'on fait tourner rapidement, l'eau est souvent en haut et néanmoins ne tombe point, emportée par la rotation qui lui est imprimée. >

« A côté de cette opinion d'Erapédocle, il faut en citer une autre qui s'en rapproche : c'est celle d'Anaximandre, qui croit que la Terre se maintient en repos par son propre équilibre. Placée au milieu, et à égale distance des extrémités, il n'y a pas de raison pour qu'elle aille dans un sens plutôt que dans l'autre; elle reste donc immobile au centre, sans pouvoir le quitter. »

— C'est comme cet autre Grec, dit le capitaine, qui, si j'ai bonne mémoire, comparait l'équilibre du monde à un cheveu. Supposons un cheveu homogène, d'égale solidité dans toute sa longueur. On aura beau tirer, attacher des poids, atteler même un bœuf à chaque bout : s'il est également solide partout, il n'y a pas de raison pour qu'il casse en un point plutôt qu'en un autre. Donc il ne cassera pas....

— Il cassera! ût le comte.

T- Il ne cassera pas I répliqua la jeune tille. ~ Il cassera 1 il ne cassera pas!.! toute la métaphysique ancienne se symbolise en cette stérile bataille de mots, lit l'historien.

— Ah ! c'est joli, s'écria la marquise.

— C'est toujours comme cet âne, qui a une faim de loup et une soif de chien, dit le député, et dont on met la tète entre une botte de foin et un seau d'eau. Dans Thypothèse, il a également faim et soif. Il ne peut commencer par manger, puisqu'il a aussi soif que faim ; ni par boire, puisqu'il a aussi faim que soif : si bien qu'il meurt de faim et de soif entre sa botte et son seau. Il en était de même de la Terre 1

Au milieu de toutes ces théories si contradictoires, Aristote conclut a Vinimobiliié de la Terre, centre du monde; il écarte tous les

autres systèmes, et ceux qui font de la Terre un astre circulant dans l'espace comme les autres astres , et ceux qui enseignent que tout en restant au centre elle a sur elle-même un mouvement rotatoire. Il complète cet établissement de l'immobilité de la Terre en ajoutant qu'elle est sphérique, et en le démontrant par la variai tion des aspects célestes, selon qu'on voyage vers le Sud ou vers le Nord.

Voilà, en résumé, le système aristotélique. C'est bien là le monde terrestre des anciens, religieusement organisé par le laborieux philosophe. Et je crois, messieurs, que nous devons être heureux d'avoir conservé les livres d'Aristote, ajouta le professeur en terminant sa défense.

^ C'est ainsi que les vérités se révèlent, petit à petit, et non pas tout d'un coup, fit le pasteur. Le lever du soleil est annoncé par l'aurore. Le progrès arrive lentement. Nous sourions aujourd'hui de bien des naïvetés anciennes. Mais qui sait? Peut-être que sans Aristote nous ne serions pas où nous en sommes.

— Laissez-moi cependant le droit d'affirmer qu'il y a en lui plus d'erreur que de vérité, répliqua l'astronome, erreurs cosmogra- . phiques inévitables sans doute. Les bases communes aux premières géographies furent presque toutes prises dans les préjugés des siècles peu éclairés qui les virent naître. D'abord chaque peuple se crut naturellement placé au centre du monde habité. Cette idée était si généralement répandue, que chez les Hindous, voisins de l'équateur, et chez les Scandinaves, rapprochés du pôle, deux mots, et même deux mots assez semblables, midhiama et midgardy signifiant tous les deux la demeure du milieu^ étaient souvent employés pour désigner les contrées qu'habitaient ces deux peuples. L'Olympe des Grecs passait pour le centre de toute la Terre; puis ce fut le temple de Delphes. Pour les Égyptiens, ce point central était Thèbes. Pour les Assyriens, c'était Babylone. Pour les Indiens, c'était le mont Mérou. Pour les Hébreux, Jérusalem. Les Chinois ont fièrement dénommé leur pays l'empire du Milieu. On se représentait le monde habité comme un vaste disque, borné de tous les côtés par un Océan merveilleux et inaccessible; aux extrémités de la Terre on plaçait des pays imaginaires, des îles fortunées et des peuples de

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