DIVERSES FORMES SUPPOSÉES DE LA TERRE
géants oa de pygmées. La voûte du firmament était supportée par des montagnes énormes et des colonnes mystérieuses.
— Ces premiers essais de la cosmographie terrestre, répliqua le député, prouvent ce que j'avançais. La science a commencé par un petit noyau d'observations, isolé et bien incomplet, puis s'est développée progressivement par la liberté des recherches. Dans cet ordre de &its, il n'y a pas de coup d'état possible. ' — Sur la forme môme de la Terre, dit l'astronome, j'ai remarqué de singulières variations. Voici les principales théories enseignées :
La première pensée a été de considérer la Terre comme une immense surface plane indéfinie. Souvenons-nous des idées que nous nous formions étant enfants, et nous aurons l'image de ce qu'oat d'abord pensé les peuples enfants. La Terre est solide avant tout; infinie sans doute en profondeur, et supporte le ciel. C'est la figure que nous avons vue à notre troisième soirée (p. 57).
Avec les commencements de la géographie, on remarque une étendue immense d'eau paraissant limiter les contours de la terre
ferme, irrégulièrement circonscrite. On suppose alors la terra, toujours plate, fixée au milieu d'une mer environnante indéfinie.
Mais bientôt, comme partout où l'on va, la Terre parait toujours circulaire, l'horizon optique donne naissance à l'idée d'une surface plane et ronde, limitée par une circonférence, et plongeant des racines à l'infini (fig. A de la p. suiv.). On n'imagine pas encore où ces racines peuvent s'arrêter, et le bas du monde reste vague.
Nous avons déjà vu, dans notre troisième soirée, que les prêtres védiques firent supporter la Terre par douze colonnes (fig. B).
388 DIXIÈME SOIRÉE. — LE MONDli DES ANCIENS.
— Et les colonnes?
Sur.... de la métaphysique.... Ouil sur la vertu des sacrifices, des holocaustes de bœufs et de moutoas.... sans lesquels l'univers se serait effondré !
Plus tard, on veut se rendre compte de ce que le Soleil devient après son coucher, ainsi que la Lune et les étoiles. On est d'abord obligé d'imaginer des tunnels, des trous de taupe, pour les faire passer de l'Occident à l'Orient, et, petit à petit, on finit par supposer que la Terre repose sur des piliers.
11 fallait bien un support! Comment ne pas frémir à la seule idée que la Terre puisse tomber dans les espaces immenses de l'infini ?
Songeons à toutes les inventions qu'on a pu faire ponr assurer la solidité du monde. Imaginez-vous d'abord, mad&me la marquise, que les Hindous ont osé faire porter la Terre par quatre éléphants!
— Et les éléphants 7
— Sur le dos d'une immense tortue....
— Et la tortue?
— Flottait à la surface d'un océan universel.... C'était un peu symbolique, car on l'a posée aussi sur l'éternité représentée par un serpent.
Pendant longtemps, on se représente la Terre sous la forme d'un disque circulaire. Thaïes la décrit ainsi, et flottante sur l'élément humide. Six siècles plus tard, on voit encore Sénèque adopter l'opinion du philosophe grec : * Cet élément humide (Aunw) qui porte.
DIVERSES FORMES SUPPOSEES A LA TERRE. 289 dit-il, le disque de la terre comme un navire, peut être soit l'océan, soit un liquide d'une nature plus simple que l'eau. >
Suivant lesChaldéeus, qui passaient pour si versésen astronomie, la terre est creuse ou sous forme de nacelle. « Et ils en donnent,
Heprésentalion de la Terre il'aprti les HJiiilims.
ajoute Diodore, qui nous apprend ce détail, des preuves plausibles. ■ Mais cette idée était en opposition directe avec ce qui se voit en plaine ou en mer; à moins dadmeitre que la Terre a la forme d'une nacelle renversée, ayant la face convexe en liaut et la face concave en bas. — Heraclite d'Ëplièse introduisit la doctrine chaldéenne en Grèce.
Anaximandre représente la Terre comme un cylindre, dont la face supérieure est seule habitée. ■ Ce cylindre, ajoute le philosoplie, a
pour hauteur le tiers de son dia- , ^ ,, , . .... ,
La Ttrre cylindruiue d Anaiioianilre.
mètre, et il flotte librement au milieu de la voûte céleste, parce qu'il n'y a aucune raison pour qu'il se meuve plutôt d'un côté que de l'autre. > Leucippe, Démocrite, Heraclite et Anaxagore, tous de très-grands philosophes, adoptèrent cette forme purement fantaisiste. L'Europe formait la moitié-nord; la Lybie (Afrique) et l'Asie, la moitié-sud. Delphes était au centre.
290 DIXIÈME SOIKÉE— LE MONDE DKS ANCIENS.
Anasimène, sans se prononcer précisément sar la forme de la Terre, la (ai-ait porter sur de l'air comprimé; mais sur quoi devait s'appuyer le support d'air comprimé? car on ne comprime pas l'air sur le vide- Il y avait donc un fond 1
Platon, s'estimant mieux avisé que les autres, donna à la Terre la forme d'un cube. Le cube, limité par six faces égales et carrées, lui paraissait le solide géométrique le plus parbit, conséquemment le plus convenable pour la Terre, réputée le corps central du monde.
Ëudoie, qui, dans ses longs voyages en Grèce et en Egypte, a pu Voir de nouvelles constel lations s'élever au sud, pendant que d'autres disparaissaient au nord, n'avait pas osé déduire de ses observations astronomiques et géographiques la sphéricité de la Terre.
Aristote, plus hardi qu'Eu> doxe, fut conduit à cette sphéricité par les simples considérations de mécanique que nous avons vues plus haut. Cette théorie fut adoptée par Arctiiméde, qui l'appliqua aux eauï couvran t la surface terrestre. Voila déjà bien des suppositions diverses sur la forme de la Terre, mais il est certain que ce ne sont pas les seules.
— Il y en a bien d'autres encore I ajouta l'historien. S'il faut en croire Achille Tatius, Xénophanes donnait à la Terre, pour la soutenir, un terrain incliné s'étendant à l'inllni. Il l'avait dessinée sous la forme d'une vaste montagne. Au sommet habitaient les hommes, et les astres toumaieiit alentour; la base était infinie en profondeur. Hésiode avait déjà dit, sous une forme bien obscure : « L'abime est environné d'une barrière d'airain. Au-dessus reposent les racines de la Terre. •
Ëpicure et toute son école admirent cette représentation. Avec de telles fondations il eût été impossible que le Soleil, la Lune et les étoiles complétassent leurs révolutions par-dessous le globe; l'ap-