HÉRODOTE. — PYTHÉAS. - EUDOXE
Mais revenons à la géographie.
Homère vivait au dixième siècle avant notre ère. Hérodote, qui vînt au cinquième, trouva la carte d'Homère et la développa environ trois fois plus. Il remarque, dès le commencement de son livre que depuis plusieurs siècles on divise le monde en trois parties : l'Europe, l'Asie et la Libye « auxquelles on a donné des noms de femme. > Les limites extérieures de ces contrées restent enveloppées d'obscurité, quoiqu'il y ait une plus grande clarté pour l'histoire des peuples qui avoisinent la Grèce.
Un homme qui a fait faire de grands progrès à la cosmographie, et que nous avons déjà eu l'occasion de citer plusieurs fois, c'est PytRéas de Marseille, du quatrième siècle avant notre ère. J'ai consigné surtout dans sa relation deux faits importants. Par l'observation de l'ombre du gnomon le jour du solstice à midi, il détermina l'obliquité de l'écliptique de son époque. Par l'observation de la hauteur du pôle, il s'assura que de son temps il n'était marqué par aucune étoile, mais formait un quadrilatère avec trois étoiles voisines qui étaient p de la Petite-Ourse, x et a du Dragon. Ce qui vérifie nos recherches de la sixième soirée (p. 145).
Les observations se multiplient. Enfin, après beaucoup de tâtonnements, les astronomes, Eudoxe de Cnide à leur tète, enseignent que la Terre est un globe et que la circonférence d'un grand cercle de ce globe est de cent mille stades.
— Depuis mon arrivée à Flamanville, dit le navigateur, j'ai fait mes délices de Stiubon, et puisqu'on parle ce soir de ce sujet, je puis dire qu'il s'est formé une juste idée de la sphéricité de la Terre, quoiqu'il ait gardé Terreur générale de son repos au centre du monde et de la rotation du ciel. Je l'ai trouvé en toute circonstance disciple d'Hipparque en astronomie , quoiqu'il critique et contredise maintes fois celui-ci en géographie. Il a soin d'établir d'abord qu'il n'y a qu'une seule Terre habitée; non pas qu'il réfute la supposition que la Lune ou les autres astres puissent l'être : pour lui les astres ne sont que des météores insignifiants nourris des exhalaisons de l'Océan ; mais il repousse l'idée qu'il puisse y avoir sur le globe d'autre monde habité que le monde connu des anciens. Son système astronomique est esquissé par lui-même dans les termes suivants :
€ La physique démontre que le ciel et la Terre sont de forme sphèriqxu; que les corps pesants sont attirés vers le centre du monde ; qu'autour du même point et sous la forme d'une sphère ayant même centre que le ciel, la Terre demeure immobile sur son axe, lequel en se prolongeant se trouve avoir ainsi traversé le ciel par le milieu ; que le ciel , lui , est emporté autour de la Terre et de son axe par un mouvement d'orient en occident qui, se communiquant aussi aux étoiles fixes, les entraîne avec la même vitesse que le ciel lui-même; que dans ce mouvement les étoiles fixes décrivent des cercles parallèles dont les plus connus sont Téquateur, les deux tropiques, les deux cercles arctiques ; et que les planètes suivent des cercles obli- (^ues compris dans les limites du zodiaque*. >
Il est assez curieux de voir en outre que la démonstration de la sphéricité du globe donnée par les géographes de ce temps est sensiblement celle dont nous nous servons aujourd'hui. « La preuve indirecte, dit-il ', se tire de l'impulsion centripète en général et de la tendance de chaque corps en particulier vers un centre de gravité. La preuve directe résulte des phénomènes qu'on observe sur la mer et dans le ciel. Il est évident, par exemple , que la courbure de la mer empêche seule le navigateur d'apercevoir au loin les lumières placées à la hauteur ordinaire de l'œil, et qui n'ont besoin que d'être un peu relevées pour devenir visibles, même à une distance plus grande, de même que l'œil n'a besoin que de regarder de plus haut pour découvrir ce qui auparavant lui demeurait caché. » Homère déjà en avait fait la remarque.
La révolution des corps célestes est de même rendue manifeste par diverses expériences, notamment au moyen du gnomon qu'il suffit d'observer une fois pour concevoir aussitôt que si les racines de la terre se prolongeaient à l'infini , la susdite févolution ne saurait avoir lieu.
« On ne suppose la terre plane que pour les yeux , dit-il ailleurs. Le voyageur qui traverse une plaine immense, celle de la Babylonie, par exemple, ou qui navigue loin des côtes, n'ayant devant lui, derrière lui, à sa droite, à sa gauche, qu'une même surface plane, peut