STRABON
ne rien soupçonner des changements qui affectent l'aspect du ciel, ainsi que le mouvement et la position du Soleil et des autres astres par rapport à nous. L'homme du peuple et Thomme d'État, sans rien entendre ni l'un ni l'autre à l'astronomie, n'ont que faire de savoir si dans le moment où l'on parle, le plan sur lequel ils se trouvent est ou non parallèle à celui de leur interlocuteur, ou si, par hasard, ils y arrêtent leur pensée, vous les voyez, dans une question purement mathématique, adopter l'explication des gens du pays; chaque pays, sur ces matières-là mêmes, ayant ses préjugés à Uii. Mais le géographe écrit pour celui-là seulement qui a pu arriver à se convaincre que la Terre prise dans son ensemble est bien réellement telle que les mathématiciens la représentent, et qui a com* pris tout ce qui découle de cette première hypothèse. »
Sur ce globe représentant le monde, Strabon et les cosmographes de son temps placent la Terre habitée, surface qu'il décrit sous la forme suivante : Supposons qu'un grand cercle , perpendiculaire a Téquateur et passant par les pôles, soit tracé autour de la sphère. On voit que le globe sera partagé par ce cercle et par l'équateur en quatre parties égales.
L'hémisphère boréal, comme l'hémisphère austral, contiendra naturellement deux quarts de sphère.
Or, sur l'un quelconque de ces quarts de sphère, traçons un quadrilatère qui aura pour côté méridional la moitié de l'équateur, pour côté septentrional un cercle marquant le commencement du froid polaire, et pour ses autres côtés deux segments égaux et opposés entre eux du cercle qui passe par les pôles, « c'est, dit Strabon, sur ce quadrilatère qu'est placée votre Terre habitée. Elle y figure une ile, puisque la mer l'entoure de tous côtés. » Telle est la surface habitée de la Terre. Et nous devons observer que Strabon se forme une notion juste de la gravité, puisqu'il ne distingue pas sur le globe un hémisphère supérieur et un hémisphère inférieur, et qu'il déclare que le quadrilatère dans lequel la surface habitée est inscrite peut être pris sur lun quelconque des quarts de la sphère.
La forme du monde habité est celle d'une « chlamyde. » Le géographe ajoute : < Ceci ressort à la fois et de la géométrie et de l'étendue si considérable de la mer qui^ en enveloppant notre terre
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habitée, a couvert au couchant comme au levant Textrémité des continents et les a réduits à la forme tronquée, écourtée, d'une figure qui, en conservant sa plus grande largeur, n'aurait plus que le tiers de sa longueur. »
— J'ai souvent vu comparer la figure géométrique de plusieurs pays à celle d'une peau de béte étendue, dit l'historien, et je remarque qu'elle est assez justifiée. Ainsi la France offre certainement une ressemblance avec cette forme. La découpure du cou est en haut. Une peau tannée serait toute prête pour recevoir nos départements.
— Tiens! c'est vrai, fit le député. C'est une comparaison qui n'a pas encore été faite à la Chambre. Merci.
— Strabon se demande ensuite, reprit le navigateur, quelle est la grandeur de la Terre habitée? « Dans le sens de sa longueur, elle mesure soixante-dix mille stades et se trouve limitée, par une mer que son immensité et sa solitude rendent infranchissable, tandis que dans le sens de sa largeur, elle mesure moins de trente mille stades et a pour bornes la double région que l'excès de la chaleur d'un côlé, l'excès du froid de l'autre, rendent inhabitable. »
La Terre habitée était plus longue (est à ouest) que lai^ (sud à nord); c'est de là que viennent les dénominations de langitude pour les degrés que l'on compte dans le sens est-ouest, et de latitude pour ceux qui sont comptés dans le sens sud-nord.
Hipparque, de son côté, expose la même opinion. Admettant pour la Terre entière les dimensions proposées par Ëratosthène, il en tire par voie de soustraction pure les dimensions de la Terre ha* bitée, « d'autant plus, ajoute-t-il, qu'avec cette façon de mesurer la terre habitée, les apparences célestes pour chaque lieu ne diffèrent pas sensiblement de celles qu'ont trouvées certains géographes en opérant autrement. Or la circonférence de l'équateur étant, selon Ëratosthène , de deux cent cinquante-deux mille stades, le quart de ladite circonférence sera seulement un peu inférieur au précédent et devra être de soixante-trois mille stades.
Ëratosthène , tout en donnant des nombres supérieurs aux précédents pour les dimensions de la Terre habitée (trente-huit mille stades de largeur et quatre^vingt mille de longueur), dédare que