LA CONQUÊTE DE LA TERRE
pérance d'atteindre , il dit dans Navarrète : « L'or d'Ophir a une vertu souveraine dont on ne saurait donner l'idée. Celui qui en est possesseur peut faire ce qu'il veut dans ce monde-, il est en état de faire passer les âmes du Purgatoire dans le Paradis, p
— Mais n'avons-nous pas vu, répliqua l'astronome, que ce grand esprit ne croyait pas la Terre ronde, et lui supposait la forme d'une poire ?
— L'illustre navigateur, répondit l'historien, a pu prendre cette idée dans la compilation de Jean de Beauvais, faite en 1479 ; el d'ailleurs il l'avait certainement reçue de quelque Traité de cosmographie antérieur, car cette supposition avait été faite et admise, et l'on en voit des représentations dans les figures qui accompagnent les Traités de ce genre^ composés au treizième siècle, sous le titre d'Image du Monde. Ces comparaisons bizarres relativement à la forme de la Terre remontent même au delà du septième siècle. On lit dans plusieurs manuscrits cosmographiques datant de cette époque, que la Terre est de la forme d^un cène ou d'une toupie^ de sorte que sa surface va, selon ce système, en s'élevant du midi au nord. A la partie septentrionale est le sommet du cône, et derrière ce sommet le Soleil se cache pendant la nuit.
La réception solennelle de l'amiral à Barcelone date du mois d'avril 1493, et dès le mois de mai de la même année fut signée, par le pape Alexandre VI, la bulle célèbre qui fixait, pour toute la durée des temps, la ligne de démarcation entre les possessions espagnoles et portugaises, à la distance de cent milles à l'ouest des Açores. • Et à propos de la découverte de l'Amérique, ajouta l'historien, je ne puis m'empécher de remarquer ici lun des exemples les plus curieux de cette éternelle vérité : que les plus grandes choses naissent souvent des plus petites.
— A minimis maxima prodeunty interrompit le député.
— Dans le procès de 1514, qui s'éleva entre les héritiers de Colomb et Pinzon, continua l'historien, celui-ci prétendait que la découverte lui appartenait à lui seul, attendu que Colomb n'avait fait que suivre ses conseils pour atteindre les Açores et l'île Guana^ hami. Pinzon avait dit à l'illustre amiral lui-même que cette route lui était tracée par une inspiration intérieure, une révélation. Or la
vérité est que cette révélation « était due à une nuée de perroquets qui, volant le soir vers le sud-ouest, avaient été supposés, par Pinzon, se diriger vers une côte invisible pour passer k nuit dans les buissons. » Jamais vol d'oiseaux n'eut de plus graves conséquences, dirai-je avec Humboldt. Celui-ci décida des premières colonies qui s'établirent dans le nouveau continent et de la distribution des races. Si Colomb, résistant au conseil de Martin Alonzo Pinzon eût continué à naviguer vers l'ouest, il n'eût pas manqué d'être porté par le Gulf-Stream vers les Florides et peut-être jusqu'à la Virginie, circonstance dont la portée est' incalculable, puisque les États-Unis auraient reçu une population espagnole et catholique, au lieu de la population anglaise et protestante qui en prit possession beaucoup plus tard.
— L'histoire est remplie de détails non moins curieux, fit remarquer le député. Ainsi l'apparition subite d'une souris obligea Fabius Maximus d'abdiquer la dictature, et pour la même cause, le consul Flaminius renonça au commandement de la cavalerie.
— Voyez pourtant, fit la marquise, quelle influence eût exercée la présence d'un chat sur ces deux épisodes de la république romaine.
— La grande époque des découvertes dans l'espace , dit le capitaine, fournit matière à de nombreux emblèmes héraldiques, tels que celui de Sébastien Cano, qui représentait le globe du monde
avec cette légende : Primus circumdedisti me. Les armoiries (lonnées
à Colomb dès le mois de mai 1493, pour l'illustrer aux yeux de la postérité (para sublimarlo), se composaient de la première carte de l'Amérique et d'une rangée d'iles dans un golfe. Charles-Quint donna en armoiries à Diego, de Ordaz, pour avoir gravi le volcan d'Orizaba, l'image de ce pic, et à Thistorien Oviedo, qui avait passé trente-quatre ans sans interruption (1513-1547) dans l'Amérique tropicale, les quatre belles étoiles de la Croix du Sud.
— Les temps de la conquista^ dit^ l'astronome, la fin du quinzième siècle et le commencement du sèiEième, sont marqués par une réunion prodigieuse de grands événements accomplis dans la vie politique et morale des nations européennes. Le système du monde avait été trouve par Copernic, bien qu'il n ait été divulgué que plu#