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MAPPEMONDES DES CATHÉDRALES

de massue, et la légende nous dit : < Les coutumes des peuples de la Scythie intérieure ont quelque chose de farouche : ils habitent des cavernes, ils boivent le sang des morts en suçant leurs blessures ; le nombre de ceux qu'ils tuent est un titre; n'avoir abattu aucun combattant est une honte. >

Près d'un fleuve qui se jette dans la mer Caspienne, on lit : < Ce fleuve vient. des lieux infernaux; il entre dans la mer, après être descendu de montagnes couvertes de bois, et c'est là, dit^on, que s'ouvre la bouche de l'enfer. »

Au midi de ce fleuve et au nord de VHyrcanie est représenté un monstre ayant le corps de l'homme, la tète* la queue et les pieds du taureau : c'est le minotaure. Plus loin, sont les montagnes de l'Arménie, et l'Arche de Noé figurée sur l'un des plateaux. On y remarque aussi un grand tigre au-dessus duquel on lit :

a Le Tigre, quand il voit que son petit lui a été ravi, poursuit le ravisseur d'une course précipitée; mais celui-ci, se hâtant sur un cheval rapide, lui jette un miroir et se sauve.... »

On voit ailleurs la femme de Loth changée en statue de sel, le lynx dont la vue traverse les murs, le Léthon (Léthé), fleuve de Tenfer, ainsi nommé parce qu'il verse l'oubli à ceux qui boivent. » Etc., etc.

— Cette carte est sans contredit l'une des plus merveilleuses qui existent dans le monde entier ! fit le député.

— Etje vous l'ai décrite tout au long, reprit l'historien, parce qu'elle nous offre le type de toutes les autres.

— Oui; l'impression la plus profonde qu'elle produit en nous, répliqua le professeur de philosophie, c'est de savoir qu'elle représente l'état des esprits à cette époque ténébreuse. Dieu ! comment pouvait-on vivre en un tel temps?

— On n'y vivait pas, dit l'astronome, ou y mourait de tristesse.

— A propos, fit la marquise, vous nous avez parlé du paradis céleste et du paradis terrestre, monsieur l'astronome; mais vous ne nous avez pas dit d'où vient ce mot, vous qui faisiez l'autre soir tant d'étymologies.

— Ou vieux persan, répondit-il , sans aucun doute à mon avis. Dans le sens de jardin de plaisance ou simplement de jrrf/in, ce motest passé

vraisemblablement du persan dans l'hébreu Pardés, dans l'arabe Firdaus, dans le syriaque Pardiso, dans l'arménien Parlés. On a voulu faire descendre le mot persan du sanscrit pra^esa ou paradisa, cercle, contrée, région étrangère. Cette étymologie peut sembler satisfaisante quant à la forme des mots, mais elle Test moins pour le sens.

— Et Éden?

— Éden, racine hébraïque, veut dire délices.

— Ce paradis, ou ce jardin de délices, dit le capitaine de frégate, est toujours situé au sommet de ces cartes du moyen âge et marque l'orient. C'est du reste de là que vient le mot orienur. Aujourd'hui, c'est le nord qui est en haut. Pourquoi avait-on alors ce système d'orientation?

— On obéissait à des idées religieuses, répondit le pasteur. Les allégories qu'on remarque dans certaines cartes ne laissent pas de doute à cet égard. On voit dans plusieurs mappemondes du douzième siècle le Soleil placé en haut de la carte et éclairant toute la Terre, idée qui a sans doute été inspirée au cartographe par ce passage de la Genèse : Et dixii Deus : fiant luminaria in firmamento cœïi ut luoeant suptr terram^ et par le psaume 103, au sujet du lieu du lever du Soleil : Ortus est sol, et congregati sunt.

Cette méthode d'orientation était l'expression des croyances religieuses qui se rattachent à la création du monde, et dont voici les principales : l"" Les cosmographes pensaient que le Paradis ter^ restre était signalé par les traditions sacrées comme situé aux extrémités orientales du continent habitable; l* suivant un usage consacré, les églises chrétiennes sont bâties dans la direction ouest vers est, et la chaire à prêcher est tournée au sud ; 3* Y Asie était le premier des continents, selon la loi divine; elle avait été le berceau du christianisme et de Jésus-Christ; 4° enfin, suivant une idée & la fois mystique et réelle, c'est de l'Orient qu'est venue la lumière qui a éclairé le reste du monde.

Tel est le fond des idées générales qui présidèrent à l'ordonnance de ces mappemondes, images réduites du domaine donné par Dieu au genre humain. Les cartographes suivaient sans préocupation scientifique une habitude de leur temps, ils tournaient en esprit et comme à leur insu leur œuvre vers la divinité.

SURNATURALISME ET HAGIOGRAPHIE. 363

— Durant cette époque , repartit Thistorien , les hommes sont si absorbés dans le mysticisme religieux et l'esclavage politique, qu'à travers ce brouillard ils ne voient plus la terre. Dans le cloître, si après avoir disputé sur la Trinité on jette un regard vers notre monde obscur, on croit tantôt à Ptolémée et tantôt à Cosmas ; on emprunte un mensonge à Ëlien et une illusion à Aristote; puis, tout retombe dans une fatale indifférence; bientôt l'homme du clôttre n'apprendra plus même à lire les livres les plus simples de la religion, et il se croira dans une vaste tombe dont la trompette du jugement aura seule le pouvoir de briser la pierre.

Quelle singulier temps ! Tout se déforme, tout s'altère. Nous l'avons vu l'autre soir en parlant des constellations, et aussi à propos du système du monde. La réalité est éclipsée par la fiction, même sur la terre. Ainsi, l'histoire naturelle du huitième, du neuvième et du dixième siècle se réfugie chez les peintres bien plus que chez les savants; maîtres du monde temporel, tandis que les autres le sont du monde spirituel , ces pieux dessinateurs de manuscrits arragent, corrigent, refont la nature!

Lorsque l'art byzantin eut abandonné l'Europe, et que l'art chrétien se fut complètement formulé, on ne donna plus les images des animaux et des plantes qu'avec une prodigieuse altération ; on en flt des espèces d'êtres fantastiques : l'aigle se transforme en la figure de la bannière germanique; le lion est devenu un être symbolique, etc. Voyez les animaux et les fleurs du blason et des enluminures.

£t les relations de voyage !

Savez- vous au douzième siècle comment on se rend en Chine? le rabbin Benjamin de Tudèle va nous le dire; quoique lui-même n'ait pas fait le voyage, ses autorités sont certaines, et vous serez satisfaits de son récit. « Pour aller aux extrémités de l'Orient, il faut quarante jours sur mer. Quelques-uns assurent que cette mer est un détroit sujet à de violentes tempêtes que la planète Orîon y excite avec tant de furie, qu'il est impossible à aucun navigateur de les surmonter.... Les vaisseaux y demeurent si longtemps, que les hommes, ayant consommé leurs vivres, finissent par y périr. » Eh bien I voici comment les marins qui hantent ces mers échappent aux tempêtes et à la faim : ils embarquent des outres hermétique-

ment fermées ; ils les gonflent de vent et, dans cet état, elles reprennent la forme de l'animal dont la peau va servir de nacelle. Au moment du péril, quand il n'y a plus nul espoir de salut, chaque aventureux matelot entre avec sa bonne épée dans cette embarcation. Jouet des flots qui l'emportent en mugissant, elle serait peut-être bientôt submergée; mais les aigles, les terribles griffons qui planent incessamment au-dessus des vagues agitées, s'élancent sur cette proie que leur envoie la tempête, ils saisissent de leur serre puissante la nacelle du voyageur, bête égarée de quelque troupeau; ils l'enlèvent parmi les nuées, pour la déposer dans quelque vallée solitaire ou sur quelque montagne escarpée : c'est alors que le hardi matelot fait usage de son épée, et qu'il échappe à une mort certaine en abattant l'aigle terrible, qui se préparait à le dévorer.

— Ces terreurs relatives aux mystérieuses limites de la terre, dit le professeur, nous rappellent Quinte-Curce. Cet historien rapporte que les Macédoniens qui accompagnèrent Alexandre le Grand en Asie, représentèrent à ce prince , lorsqu'ils entrèrent dans le pays des Oxydraques et des Maliens, qu'ils se croyaient au terme de toutes leurs épreuves; et lorsqu'ils virent qu'une nouvelle guerre leur restait à commencer contre les nations belliqueuses de l'Inde, ils furent frappés d'une crainte panique et firent entendre des cris séditieux contre le roi. On les poussait contre des peuplades indomptées, et leur sang allait couler pour ouvrir à leur roi une route vers l'Océan; entraînés par delà le cours des astres et du Soleil, ils allaient se perdre dans des pays dont la nature avait dérobé la vue aux yeux des humains ; des brouillards^ des ténèbres et wu mer enveloppée dans une nuit perpétuelle; des abîmes remplis de monstres effrayants; des eaux immobiles qui attestaient l'épuisement de la nature mourante. Sénèque dit aussi, en parlant de l'Océan : Oceanus navigari non potest, Confusa lux, alta caligine et interc^ptus tenebris dies.

' — Les laborieux docteurs du quatorzième siècle, reprit Thistorien, nous dépeignent amplement et naïvement leur doctrine cosmographique. Représentons-nous avec notre savant bibliophile M. Ferdinand Denis, représentons-nous un docteur de cette époque, bien postérieure déjà à Abailard. Il est chargé d*expliquer à ses nombreux et dévots auditeurs le monde tel qu'il est sorti de la pensée de Moïse»

et il faut avant tout faire concorder les révélations de la religion avec les vérités de la science : s'il est encore un peu incertain que le monde soit un globe, comme l'ont dit les stoïciens, ou un cylindre, comme le pensait Anazimène^ ou un tambour, ainsi que c'était l'opinion de Leucippe, ou un vaste palet creusé par le milieu, comme l'avait annoncé Démocrite ; s'il conserve avec Lactance de grands doutes sur les antipodes et sur la grandeur de la Terre, dont une lettre écrite des enfers par Dionysidore n'évaluait le demi-diamètre

qu'à quarante mille stages ; il n'en a aucun sur la disposition des cieux , sur la manière dont sont rangés les chœurs d'anges, et sur ce que font les séraphins. Avant donc d'expliquer à ses flots d'auditeurs ce qui se passe dans ce monde sublunaire, il dira ce qui se passe dans les cieux ; et d'abord il fera voir à quelques-uns, dans une naïve pourtraicture, comment Dieu le Père nage dans un ciel de flammes, qu'épurent, du frémissement de leurs ailes, les archanges et les séraphins. Il dira l'harmonieux mouvement des célestes phalanges, et les évolutions mystérieuses des intelligences entourant l'Éternel de leurs grands cercles colorés. Il n'hésitera pas un moment quand il faudra établir d'une manière positive comment sera fixée pour Téternité la céleste hiérarchie. A voir comme il parle clairement, avec méthode, des trônes et des vertus, des archanges et des dominations, il semble qu'il ait été plus d'une fois ébloui du reflet de leur nimbe doré, de l'azur brillant de leurs ailes, de leurs auréoles empourprées. Les célestes concerts , il les a entendus, et vous diriez, à l'extase de ses regards, que les sons divins en résonnent encore sur la terre. Il démêle dans les chœurs le psalterion, la saquebute, les sons éclatants du cornet redoublé, les sons plus doux du freslel, les retentissements de la naquaire, les voix prolongées de la vielle à roue.

Quand on arrive à la situation de la Terre dans le Ciel, notre vieux Scolas tique nous enseigne que :« La Terre, selon Aristote, esttant également pesée en soy-même, qu'elle est tout au moyen lieu du monde, où elle est suspendue et tellement tenue, qu'elle ne sepeutaulcunement mouvoir n'en haut, n'en bas, comme est escript au Psaultier de David . »

Nous n'en finirions pas, du reste, mes chers amis, si nous voulions passer en revue tous les témoignages de celte cosmographie.

Les indications les plus singulières y sont inscrites , comme nous l'avons déjà vu. Le passage que je viens de vous citer est extrait d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale {Secrets naturkns). Il y a aussi une mappemonde du quinzième siècle, appartenant au musée du cardinal Borgia, sur laquelle on lit entre autres légendes:

« Babylone, première monarchie du monde. Babel où prirent naissance soixante-douze langues.

« Le mont d'Arménie, sur lequel est l'arche de Noé.

« Le Phénix, oiseau unique et le plus beau de l'univers, se brûle dans un feu d'aromates et renaît de sa cendre au bout de trois jours.

ce Ici des femmes velues, très-féroces, et abominables. »

Tenez ! voici encore l'un des plus curieux documents géographiques de cette époque. C'est la mappemonde des Grandes Chroniqves de Saint-Denis , qui est du quatorzième siècle , et nous en conserve les idées. Les capitales sont représentées par des édifices. La Méditerranée est un canal vertical qui va des colonnes d'Hercule à Jérusalem ; la mer Caspienne y communique au nord et la mer Rouge au sud-est par le Nil.... '

— L'aspect de ces vieux ouvrages est toujours plein d'intérêt, fit remarquer l'astronome. Tantôt ce sont de risibles figures de vents à joues gonflées ; tantôt ces légers enfants d*Ëole sont assis sur des outres qui versent leurs furieux fluides; ailleurs, ce sont des saints, des anges, Adam et Eve, ou d'autres personnages, qui ornent les contours de la carte ; dans l'intérieur, sont répandus à profusion des animaux, des arbres, des populations, des monuments, des tentes, des drapeaux, des monarques assis sur leur trône : idée qui serait ingénieuse sans doute, et qui donnerait utilement au lecteur la connaissance des richesses locales , de l'ethnographie , des formes de l'architecture et du gouvernement, si ces dessins n'étaient pas, hélas! bien enfantins pour la plupart, et n'offraient des êtres fantastiques plutôt que des êtres réels.

La langue offre à peu près les mêmes bizarreries que les dessins : aucune régularité dans l'orthographe des noms, qui sur une même carte sont écrits de dix façons différentes ; c'est un mélange hétérogène de latin barbare, de roman ou vieux français, de catalan, d'italien, de castillan, de portugais III

— Il ne faudrait pas supposer ou faire supposer, répliqua le pasteur, que c'est au christianisme que ces erreurs sont dues. C'est à. l'époque, non éclairée par la véritable science d'observation, et non pas à la religion, que nous devons attribuer cet état de choses. La preuve, c'est que d'autres religious en étaient également là. Dubeux a exposé, par exemple, dans la vieille chronique arabe de Tabsri, ua système arabe sur la fondation solide de la Terre, digne

M3pp:;[nonde de^ Grandes Chroniques do Saint-Denîs (quatorzième siâcle).

des précédents. ■ Le prophète dit : le Dieu puissant et incomparable a créé la montagne de Kàf tout autour de ta terre ; on la nomme le pieu de la Terre, comme il est dit dans le (loran : • Les montagnes «sont des pieux. ■ Ce monde est au milieu de la montagne de KAf, et il y est comme le doigt est au milieu de l'anneau. Cette montagne est couleur d'émeraude et bleue -, aucun homme ne peut y arriver, parce qu'il faudrait pour cela passer quatre mois dans les ténèbres. Il n'y a dans cette montagne ni Soleil, ni Lune, ni étoiles, et elle est

tellement bleue, que la couleur azurée que tu vois au ciel vient de l'éclat de la montaglie de Kâf qui se réfléchit sur le ciel, et il parait de cette couleur. Si cela n'était pas ainsi, le ciel ne serait pas bleu. Toutes les montagnes que tu vois dans le monde tiennent à la montagne de Kâf; si elle n'existait pas, toute la Terre tremblerait sans cesse^ et les créatures ne pourraient pas vivre à sa surface. >

— Sans contredit, répliqua Thistorien, ce n'est pas au cbristia* nisme que l'on doit ces erreurs, et nul ne songerait à les lui imputer, si quelques prosélytes trop zélés n'avaient voulu et ne voulaient encore défendre plusieurs d'entre elles au nom des Écritures.

— Un autre auteur arabe, reprit le pasteur, Benakaty, écrivait en 1317 : c Sachez que la Terre a la forme d'un globe suspendu au milieu du ciel, elle est divisée par les deux grands cercles du méridien et de l'équateur qui se coupent à angles droits en quatre parties, celles du nord-ouest, nord-est, sud-ouest et sud-est. La. partie habitée de la Terre se trouve dans C hémisphère septentrional^ dont la moitié est habitée. »

On voit donc les auteurs arabes soutenir encore au quatorzième siècle que la partie habitée de la Terre se trouvait renfermée seulement dans la moitié de l'hémisphère septentrional. Ibn-Wardy^ qui vécut dans le même siècle, adopte aussi la théorie de l'Océan environnant , dont on ne connaît, dit-il, ni l'étendue ni la profondeur.

Les Arabes connaissaient encore si peu l'Océan, qu'il ajoute « que cette mer renferme des villes habitées par des génies, et que dans un de ses coins est le trône i'îblis, ou du diable. •

Selon ce géographe, la montagne de Kâf environne toute la Terre et les mers. Le ciel est appuyé dessus comme une tente.

Mais l'auteur arabe ajoute à cette théorie, qu'une vaste mer, qu'il appelle Bahrnil-Mohithy est répandue sur les bords intérieurs de cette montagne et environne toute la Terre.

— Nous sommes arrivés peu à peu, dit le capitaine, à l'époque des voyages de recherches, au temps de Marco Polo et de ses émules.

Or j'ai remarqué que cet illustre voyageur de la fin du moyen âge (quatorzième siècle), que l'on peut appeler le précurseur de Colomb, avait conservé dans ses écrits toutes les traditions, et les soude sin-

gulièrement à ses voyages. Il o'a pas vu le paradis terrestre, mai» il a aperçu l'arche de Noé arrêtée au sommet de l'Ararat. Sa mappezDonde, dont voici un dessin conservé à la Bibliothèque de Stockholm, est ovale et représente deux continents. Dans le nôtre, les seules mers indiquées sont ta Méditerranée et le Pont-Euiin.

On voit l'Asie à l'est, l'Europe au nord, et l'Afrique lui faisant pendant. L'autre continent imaginé au delà de l'équateur non marqué est l'antichtbone des anciens. Qu'était-ce que ce continent?

— Dans le siècle même des grandes découvertes maritimes, ajouta

„,, , . , . 1 .. Mappemonda de Marco Polo.

1 historien, les souvenue de 1 antiquité dominaient tellement l'esprit des géographes et des cartographes, que dans une mappemonde gravée sur une médaille du quinzième siècle, règne de Charles VI, on trouve encore une réminiscence de la Terre voilée, ' la Méropide, décrite par Théopompe. Cette médaille est à la Bibliothèque de Paris, et en voici une photographie. Vous remarquez que le continent austral des anciens y ^t désigné sous le nom de BrumiE.

Mais la fin du quinzième siècle afflrme décidément l'aurore de la libre science. Les éminents écrivains de cette illustre époque soupçonnent l'influence que devaient exercer sur le développement de l'humanitê les faits qui remplirent ces laborieuses années. . Chaque jour.

écrit Pierre Martire d'Ânghiera, dans ses lettres datées des années 1493 et 1494, nous apporte des merveilles nouvelles d'un nouveau monde de ces antipodes de l'ouest qu'a découvertes xm certain Génow (Christophorus quidam, vir Ligur), envoyé dans ces parages par nos souverains, Ferdinand et Isabelle. • Le pape Léon X lisait les Oceanica de cet historien à sa sœur et à ses cardinaux , et prolongeait la lecture fort avant dans la nuit. Anghiera écrivait encore : « Je ne quitterais plus volontiers FEspagne aujourd'hui, parce que je suis ici à la source des nouvelles qui nous arrivent des pays récemment découverts , et que je puis espérer, en me faisant l'historien de si grands événements, de recommander mon nom à la postérité. > Telle était l'idée qu'on se faisait déjà au temps de Colomb, de ces grandes tentatives qui se conserveront toujours brillantes dans la mémoire des siècles les plus reculés.

L'imagination surexcitée poussait aux grandes entreprises, et d*autre part, la hardiesse que l'on déployait, soit dans le bon, soit dans le mauvais succès, agissait elle-même sur l'imagination et l'enflammait plus vivement. Ainsi, dans ce temps merveilleux de la conguista^ temps d'efforts et de violence, où tous les esprits étaient possédés du vertige des découvertes sur terre et sur mer, certaines circonstances se réunissaient, qui, malgré l'absence de toute liberté politique, favorisaient le développement des caractères individuels, et aidaient, chez quelques hommes supérieurs, à l'accomplissement de ces grandes pensées dont la source est dans les profondeurs de l'âme.

Il ne s'agissait pas seulement d'un hémisphère; près des deux tiers du globe formaient encore un monde nouveau et inexploré, un monde qui jusque-là avait échappé aux regards, aussi complètement que l'autre côté de la Lune qui ne se tourne jamais vers nous.

Christophe Colomb écrivait à la reine Isabelle, le 17 juillet 1503 : « La Terre n'est pas immense; elle est beaucoup moins grande que le vulgaire ne se l'imagine. « Il se formait sur la Terre une idée supérieure à celle de ses contemporains. Cependant bien des préjugés inhérents aux âges que nous venons de parcourir pesaient encore sur son espiit. Amsi, à propos de la terre d'Ophir qu'il avait Tes-^

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