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L'ASTROLOGIE CHEZ LES ROMAINS

Thrasylle, conduit par les mêmes chemins à travers les précipices, avait frappé Fesprit de Tibère qui l'interrogeait, en lui montrant la souveraine puissance, en lui dévoilant habilement les choses futures. César lui demanda s'il avait tiré son propre horoscope, et de quels signes étaient marqués pour lui-même cette année et ce jour, Thrasylle alors examine la position et la distance des astres ; il hé* site d'abord, il pâlit, puis il observe, puis il tremble d'étonnetnent et de crainte, et enfin il s*écrie « que le moment est périlleui, qu'il touche presque à sa dernière heure. > Tibère alors l'embrasse, le félicite d'avoir échappé au danger en le devinant, et, acceptant toutes ses prédictions comme des oracles, il l'admet au nombre de ses amis intimes.

M. Maury, ajouta l'historien, à qui j'emprunte cette histoire, rapporte aussi que Tibère fît mettre à mort un grand nombre d'hommes accusés d'avoir tiré leur horoscope, pour savoir quels honneurs leur étaient réservés, tandis qu'en secret il prenait luimême l'horoscope des gens les plus considérables, afin de découvrir s'il n'avait point à attendre d'eux des rivaux. Septime Sévère faillit payer de sa tête une de ces curiosités superstitieuses qui conduisaient chez les astrologues les ambitieux de son temps. De bonne heure il avait pris foi à leurs prédictions, et les consultait pour des actes importants. Ayant perdu sa femme et cherchant à contracter un second hymen, il tira l'horoscope des filles de bonne maison qui se trouvaient alors à marier. Tous les thèmes généthliaques qu*il établissait par les règles de Tastrologiè étaient peu encourageants. Il apprit enfin qu'il existait en Syrie une jeune fille à laquelle les Chaldéens avaient prédit qu'elle aurait un roi pour époux. Sévère n'était encore que légat ; il se hâta de la demander en mariage et l'obtint. Julie était le nom de la femme née sous une si heureuse étoile ; mais était-il bien l'époux couronné que les astres avaient promis à la jeune Syrienne ? Cette réflexion préoccupa plus tard Sévère, et, pour sortir de sa perplexité, il alla en Sicile interroger un astrologue en renom. La chose vint aux oreilles de l'empereur Commode; qu'on juge de sa colère! Et la colère de Commode c'était de la rage, de la frénésie. Mais l'événement lui donna bientôt la réponse qu'il était allé chercher en Sicile: Commode mourait étranglé

klk QUATORZIÈME SOIRÉE. - L'ASTROLOGIE.

La divination qui avait Tempereur pour objet finit par constituer un crime de lèse-majesté. Les rigueurs contre la curiosité indiscrète de l'ambition prirent des proportions plus terribles sous les premiers empereurs chrétiens.

Sous Constance, quantité de personnes qui s'étaient adressées aux oracles furent punies des plus cruels supplices.

Sous Yalens, un certain Palladius fut l'agent d'une épouvantable persécution. Chacun se voyait exposé à être dénoncé pour avoir des rapports avec les devins. Des traîtres glissaient secrètement dans les maisons des formules magiques, des charmes, qui devenaient ensuite autant de pièces de conviction. Aussi la frayeur fut telle en Orient, nous dit Ammien-Marcellin, qu'une foule de gens brûlèrent leurs livres, de peur qu'on y trouvât matière à accusation de sortilège et de magie.

Un jour de colère, Vitellîus assigna aux astrologues une époque fixe pour sortir de l'Italie. Ceux-ci répondirent par une affiche qui ordonnait insolemment au prince d'avoir à quitter la terre auparavant, et à la fin de l'année Vitellius était mis à mort. — D'autre part, la confiance accordée aux astrologes conduisait à toutes les extrémités. Souvenons-nous qu'après avoir consulté Babylus, Néron fit périr tous ceux dont les prophéties lui annonçaient l'élévation d'Héliogabale. Souvenons-nous de Marc-Aurèle même et de Paustine son épouse. Celle-ci avait été frappée de la beauté d'un gladiateur. Vainement elle' combattit longtemps en secret la passion dont elle était consumée : cette passion ne faisait que s'accroître. Faustine finit par en faire l'aveu à son époux, lui demandant un remède qui pût ramener la paix dans son âme bouleversée. La philosophie de Marc-Aurèle n'y pouvait rien! On se décida à consulter des Chaldéens habiles dans l'art de composer des philtres et des calmants. Le moyen prescrit fut plus simple que celui qu'on était en droit d'attendre de leur science si compliquée : ce fut de couper en morceaux le gladiateur. Ils ajoutèrent que Faustine devait ensuite se frotter du sang de la victime. Le remède fut appliqué ; on immola Tinnocent athlète, et Fimpératrice ne put dès lors évidemment songer à lui avec grand plaisir.

Les premiers chrétiens se livraient à l'astrologie comme les autres

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sectes. Les conciles de Laodicée (année 366), d'Arles (314), d'Agde (505), d'Orléans (511), d'Auxerre (570), deNarbonne (589) en condamnèrent la pratique. D'après une tradition du commencement de notre ère, et qui parait empruntée au mazdéisme, c'étaient les anges rebelles qui avaient enseigné aux hommes l'astrologie et l'usage des charmes.

Sous Constance, le crime de lèse-majesté servait de voile à la persécution. On en accusait une foule de personnes qui continuaient simplement à pratiquer l'ancien culte. On prétendait qu elles recouraient à des sortilèges contre la vie de l'empereur, en vue d'amener sa chute. On menaçait de peines sévères , on faisait périr dans les tortures ceux qui avaient consulté les oracles, sous prétexte qu'en agissant de la sorte ils avaient des projets criminels. Des trames infinies multipliaient ainsi les accusations; la cruauté des juges aggravait les supplices. Les païens avaient à leur tour à souffrir le martyre qu'ils avaient infligé aux premiers disciples du Christ, ou, pour mieux dire, l'autorité toujours intolérante, qu'elle fût païenne ou chrétienne, se montrait inexorable envers ceux qui ne reconnaissaient pas la religion décrétée.

Libanius et Jamblique furent accusés d'avoir cherché à découvrir le nom du successeur de l'empereur. Jamblique, effrayé, dit-on, des poursuites dont il était l'objet, s'empoisonna. Le seul nom de philosophe devint un titre de proscription. Le philosophe Maxime Diogène, Alypius et son fils Hiéroclès furent condamnés à perdre la vie sous les accusations les plus légères. Nous voyons mettre à mort une vieille qui avait coutume de faire passer les accès de fièvre par des incantations, et un jeune homme qui avait été surpris approchant alternativement ses mains d'un marbre et de sa poitrine, parce qu'il croyait qu'en comptant ainsi sept voyelles, il se guérirait du mal d'estomac.

Théodose prohiba toute espèce de manifestation, tout usage se rattachant au culte païen. Quiconque osera immoler une victime, dit sa loi, ou consulter les entrailles des animaux qu'on vient de tuer, sera regardé comme coupable du crime de lèse-majesté. Le fait d'avoir recouru à un procédé divinatoire suffit pour faire accuser un homme.

Théodose II s'imagina- que la continuation des pratiques idolâtriques avait attiré le courroux du ciel, les calamités récentes qui avaient affligé son empire, le dérangement des saisons, la stérilité du sol; il fulmina de terribles menaces, où sa foi et sa colère s'exaltent jusqu'au fanatisme. Voici ce qu'il écrivait à Florentius, préfet du prétoire, en 439, année qui précéda celle de sa mort.

« Pouvons-nous souffrir plus longtemps que les saisons soient bouleversées par l'effet de la colère céleste, à cause de l'atroce perfidie des païens, qui dérange Té juilibre de la nature? Car quelle est la cause qui fait que le printemps n'a plus sa beauté ordinaire, que l'été ne fournit plus de moisson au laborieux cultivateur, que Thi ver, par sa rigueur inaccoutumée, glace le sol et le rend stérile? »

— Ces idées d« Théodose existent encore de nos jours, repartit le capitaine, car la moindre variation remarquée dans le cours des saisons est encore attribuée (et souvent officiellement) à une intervention directe de la Providence dans la conduite de l'atmosphère.

— Le fait qui se passait dans le monde chrétien se reproduisait presque avec les mêmes caractères en Asie et dans tous les pays musulmans, dit le pasteur.

Les Juifs, une fois qu'ils eurent abandonné la loi mosaïque pour suivre les prescriptions multipliées et puériles de la mischna, tombèrent dans un monde de superstitions qui laissa rentrer librement les pratiques païennes. Les démons ne furent en réalité, comme les anges, que des personniQcations des agents de la nature. Chaque partie de l'univers fut mise sous le gouvernement d'un esprit céleste, ce qui conduisit à en multiplier singulièrement le nombre. On arriva jusqu'à en compter deux cent mille qui présidaient, selon les rabbins, aux herbes dont la terre est couverte, et leur nombre total s'éleva à neuf cent mille; il y en eut pour tous les phénomènes et pour toutes les actions de la vie; chaque planète, chaque étoile, chaque météore obtint le sien.

Les musulmans possèdent encore aujourd'hui des coupes et des miroirs magiques; ces objets représentent les planètes, des thèmes généthliaques, et se rapportent à l'astrologie, car cette science chimérique demeure en honneur chez les Arabes et tous les peuples islamistes. Quoique défendue par le Coran, les sultans ne manquent

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