L'ASTROLOGIE AU COMMENCEMENT DU CHRISTIANISME
jamais d'y recourir dans les grandes occasions. Un mélange de croyances païennes et d'idées musulmanes en constitue le fond.
— Au moyen âge, dit l'astronome, Tastrologie prit un tel empire que plusieurs philosophes allèrent jusqu'à considérer la voûte céleste comme un livre où chaque étoile, recevant la valeur d'une des lettres de l'alphabet hébraïque, disait en caractères ineffaçables la destinée de tous les empires. Le livre des Curiosités inouïes^ de Gaffarel, nous donne la configuration de ces caractères célestes ; on les retrouve aussi dans Cornélius Agrippa. Le moyen âge tira ses idées astrologiques des Arabes et des Juifs. Les Juifs eux-mêmes, à cette époque, puisaient leurs principes à des sources trop altérées, pour que l'on put y reconnaître la pure transmission des idées antiques. Pour n'en offrir qu'un exemple, Siméon Ben-Jochaï, auquel on attribue le livre fameux du Zohar^ était, dans leur pensée, parvenu à acquérir une connaissance si prodigieuse des mystères célestes formulés par la disposition des astres, qu'il pouvait lire dans les cieux la loi divine avant qu'elle fût établie, pour ainsi dire, sur le globe terrestre. Durant tout le moyen âge, dès qu'il s'agissait d'éclaircir quelques doutes sur la géographie ou sur l'astronomie, c*était à la science orientale que l'on avait recours, qu'elle vînt des Juifs ou des Arabes. Au treizième siècle, nous savons avec quel empressement Alphonse X s'entourait d'Israélites pour s'aider de leurs conseils dans ses vastes travaux astronomiques et historiques.
Nicole Oresme, à l'époque où le monarque le plus éclairé de l'Europe donnait à du Guesclin un astrologue en titre pour le guider dans ses dispositions stratégiques, fut médecin de Charles V, qui se livrait lui-même à l'astrologie, et fut doté par lui de l'évéché de Lisieux. Il fit un Traité de la sphère^ dont nous avons parlé l'autre soir. Quelques années plus tard, un homme instruit, l'évèque Pierre d'Ailly, ne craignait point de tirer l'horoscope de Jésus-Christ, en établissant ses calculs sur des règles assez irréfragables selon lui pour que le plus grand événement qui ait marqué l'ère nouvelle fût aussi celui dont la science astrologique pouvait faire moins douter.
Charles V fît venir d'Italie, où cette science était très-cultivée, le père de Christine de Pisau, afin de s'en mieux instruire, et c'est pour réfuter les erreurs accréditées par cette protection royale/iue
Gerson composa^ près d'un demi-siècle plus tard^ son Traité sur les astrologues. Ce livre n'eut pas plus d'efficacité contre la superstition régnante que celui qui sortit dans la suite de la plume de Pic de la Mirandole. Louise de Savoie, mère de François I^, fort entichée d'astrologie, voulut faire de Corneille Agrippa son devin ; mais, peu confiant dans un art dont il n'était pas pourtant désabusé, le philosophe n'accepta auprès d'elle que la charge de médecin. Michel Nostradamus trouva auprès de Catherine de Médicis et de Charles IX une confiance que lui refusaient ses compatriotes. Un astrologue italien, Cosimo Ruggieri, avait inspiré à la femme d'Henri II son goût pour la divination par les astres. Cardan, qui savait si bien estimer la magie pour ce qu'elle vaut, admettait l'influence des astres ; Campanella écrivit sur l'astrologie et la magie. Henri Estienne avait tiré des horoscopes.
Les rois n'étaient pas plus sages, naturellement, que les savants.
Mathias Corvin, roi de Hongrie, n'entreprenait rien sans avoir consulté les astrologues. Le duc de Milan, Louis Sforce, le pape Paul se dirigeaient également d'après leurs avis.
— Et le bon roi Loyis XI, qui méprisait si cordialement l'humanité, et avait à la fois tant de malice et tant de faiblesse, vous souvenez-vous de son aventure avec son astrologue ?
On prétend que celui-ci avait eu le malheur de prédire la mort d'une dame que cet excellent monarque aimait beaucoup. Le voilà qui fait venir le pauvre prophète, le tance d'importance et lui pose à son tour la question suivante : c Toi qui parais tout connaître, lui dit-il, quand mourras-tu? » L'astrologue, soupçonnant un piège, lui répondit incontinent : « Sire, trois jours avant Votre Majesté. » La crainte et la superstition l'emportèrent sur le ressentiment, et le roi prit un soin particulier de cet adroit imposteur.
On n'ignore pas à quel point Catherine de Médicis était influencée par les astrologues. Elle en avait un à son hôtel de Boissons, à Paris, qui veillait constamment au sommet d'une tour. Cette tour existe encore aujourd'hui, contre la halle au blé, construite en 1763 sur les terrains de Thôtel. Elle est surmontée d'une sphère et d'un cadran solaire établi par le chanoine astronome Pingre.
Sous Henri II et Henri III, les dames de la cour appelaient leurs