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IMPORTANCE DE LA CONNAISSANCE DU CIEL

sur ma tête que sur celle de tous ceux qui sont nés le même jour que moi.

— C'est fort curieux.

— Mais, ajouta la marquise, si quelqu'un faisait le tour du globe en 24 heures avec la vitesse apparente du SoleiLet en sens inverse du mouvement de la Terre, en partant, par exemple, un jour à midi, il aurait toujours le Soleil au-dessus de sa tête, et ce serait toujours midi pour lui.... et il n'arriverait jamais au lendemain.

— Et ce serait, madame, comme si la Terre ne tournait pas; il n'y aurait plus de temps.

— Plus de temps !

— Plus de jours, ni d'heures, de minutes, de secondes, répondit l'astronome. Absolument parlant, le temps n'existe pas; il n'est qu'une mesure transitoire créée par le mouvement. Au delà de la Terre,

dans l'espace pur, il n'y a plus de temps, mais l'immobile éternité.

— Voilà de quoi réfléchir, fit le pasteur.

— Mais revenons à notre sujet, reprit l'astronome. Des deux mouvements que j'ai traduits tout à l'heure résulte la presque totalité des phénomènes célestes dont nous avons i nous entretenir ; d'eux résultent les opinions humaines imaginées pour expliquer, les aspects de l'univers, les systèmes créés par la raison observatrice ou par l'imagination téméraire , les théories enfantées par l'esprit humain pour se rendre compte de la nature du monde, de son histoure et de sa destinée.

Ces mouveiûents de la Terre ne pouvant être observés directement, la Terre fut naturellement considérée comme immobile. Ce seul état la séparait radicalement du reste de. l'uni vers et créait cette antique dualité : le Ciel et la Terre.

Les hommes, n'ayant encore pu s'éleverà la connaissance astronomique des autres mondes et i la conception philosophique de l'univers, n'avaient pu admettre comme une vérité fondamentale la doctrine de la Pluralité des mondes habités, qui devait être inébranlablement fondée au dix-neuvième siècle sur les découvertes de la science mo deme; elle n'était pour eux qu'une intuition vague et insuffisante. Bornant à la Terre le royaume de la vie, la Terre devenait parla même le centre de l'action divine. Sur cette eireur longuement accréditée

s'est édiCé Tantique système cosmo-théologique du monde, sou* tenu pendant des siècles par la vanité humaine, qui n'a pas de plus ferme soutien que l'ignorance.

— L'Histoire du Ciel, dit le député, pourrait être appelée, sous un certain point de vue, « l'histoire de la vanité humaine se contemplant dans ses œuvres. » L'homme s'est si naïvement et si sincère* ment admiré, qu'il s'est considéré comme le centre de la création, a écrit son histoire dans la configuration des astres, les a de plus supposés créés et mis au monde exprès pour agir sur sa propre existence, et, pour combler la mesure, a fini par créer Dieu luimême selon son image et ressemblance.

— Aussi, reprit l'astronome, pouvons-nous déclarer hautement, avec Laplace, que l'astronomie, par la dignité de son objet et la perfection de ses théories, est le plus beau mouvement de l'esprit humain, le titre le plus noble de son intelligence. Séduit par les illusions des sens et de l'amour-propre, l'homme s'est regardé longtemps comme le centre du mouvement des astres ; et son vain orgueil a été puni par les frayeurs qu'ils lui ont inspirées. Enfin, plusieurs siècles de travaux ont fait tomber le voile qui lui cachait le système du monde. Alors il s'est vu sur une planète presque imperceptible dans le système solaire, dqnt la vaste étendue n'est elle-même qu'un point insensible dans l'immensité de l'espace. Les résultats su* blimes auxquels cette découverte l'a conduit, sont bien propres aie consoler du rang qu'elle assigne à la Terre, en lui montrant sa propre grandeur, dans l'extrême petitesse de la base qui lui' a servi pour . mesurer les cieux. Conservons avec soin, augmentons le dépôt de ces hautes connais3ances, les délices des êtres pensants. Elles ont rendu d'importants services à la navigation et à la géographie, mais leur plus grand bienfait est d'avoir dissipé les craintes occasionnées par les phénomènes célestes, et détruit les erreurs nées de l'ignorance de nos vrais rapports avec la nature, erreurs d'autant plus funestes, que l'ordre social doit reposer uniquement sur ces rapports.

— Je crois au surplus, fit observer l'historien, que l'utilité de la connaissance populaire de Tastronomie a été reconnue dès les temps anciens et n'a été niée qu'au moyen âge, au temps où le concile de Tours, par exemple (1169), et celui de Paris (1209), interdirent la

coupable lecture des ouvrages de science physique. La géographie, disait StraboD^ « nous parait être autant qu'aucune autre science du domaine des philosophes ; et plus d*un fait nous autorise à penser de la sorte ; celui-ci d'abord, que les premiers auteurs qui osèrent traiter de la géographie étaient précisément des philosophes (Homère, Anaximandre, Hécatès, Démocrite, Eudoxe, Ératosthènes, Polype, Posidonius). En second lieu, la multiplicité des connaissances indispensables à qui yeut mener à bien une pareille œuvre, est le partage uniquement de celui qui embrasse dans sa contemplation les choses divines et humaines. Enfin, la variété d'application dont est susceptible la géographie, qui peut servir à la fois aux besoins des peuples et aux intérêts des chefs, et qui tient à nous faire mieux connaître le Ciel et la Terre, cette variété, disons-nous, implique encore dans le géographe ce même esprit philosophique, habitué à méditer sur le grand art de vivre et d'être heureux. »

Gejugement du géographe Strabon est sans contredit plus applicable encore à l'astronomie qu'à la géographie, car plus que celle-ci, la science du Ciel embrasse dans sa grandeur l'histoire de la nature et celle de l'homme.

Outre la description des phénomènes célestes , l'Histoire du Ciel comporte une double histoire : celle des idées humaines sur la nature du Ciel et sur le système du monde ; celle du Ciel lui-même, car les mondes éthérés ne sont pas plus immuables que la Terre, et la science a déjà constaté de curieux changements opérés dans les étoiles depuis l'origine des observations astronomiques.

— Aussi pouvons-nous tracer dès ce soir la marche probable de nos causeries, reprit l'astronome. Interrogeant d*abord les anciens peuples, nous leur demanderons ce qu'ils ont pensé sur ce grand problème de la construction de l'univers, comment ils se sont figuré la Terre, l'Océan, l'atmosphère, le Ciel, quelles craintes les dominaient à l'époque primitive où, se voyant la proie des éléments, ils n'avaient pas encore acquis les premières notions des sciences. Nous verrons l'honmie mêler sa propre histoire aux apparences de l'uni • vers, et se supposer au centre de la création. La mythologie et la théologie seront les deux compagnes inséparables de l'astronomie naissante, et daqs leurs jeux comme dans leurs travaux, il nous

n PREMIÈRE SOIRÉE. — LE CIEL.

sera parfois difficile de les isoler. L'idée du monde s'agrandira avec les conquêtes et avec les voyages. Les observations deviendront plus positives. Bientôt des philosophes clairvoyants, devançant leur époque, devineront le véritable système du monde. Chaque peuple aura coloré son système de son caractère et de ses tendances. Mais le jour vient où toutes les erreurs tombent devant la réalité reconnue, et où l'astronomie étudie enfin le véritable Ciel. En arrivant historiquement au véritable système du monde, nous apprenons ce système lui-même, car l'histoire de l'astronomie moderne n'est autre chose que la description du Ciel même» tel que nous le connaissons aujourd'hui. Or, cette description nous montre dans l'univers céleste une véritable histoire, établissant le ttde ^e la Terre parmi les autres planètes, et développant sous les yeux de notre esprit une injage du passé et une vue anticipée de l'avenir.

Lorsque nous aurons revu les âges disparus de l'ancienne astronomie, rainée des sciences, je tracerais, notre programme comme ceci : nous chercherions i connaître l'origine des constellations et l'explication de ces figures singulières dont on a couvert la sphère céleste. Les signes du zodiaque viendraient ensuite nous dessiner dans leurs hiéroglyphes lès premières conceptions humaines, les migrations des peuples, les histoires. Dès lors, nous pourrions aborder les opinions variées de l'antiquité sur la nature et la structure du Ciel, qui fut supposé solide pendant tant de siècles. Rien n'est plus curieux que ces conceptions des philosophes. Nous apprécierions en passant leurs idées sur l'harmonie dans le Ciel et sur la musique des sphères. Les systèmes astronomiques se succéderaient ensuite sous nos yeux, et nous amèneraient au véritable système du monde, que déjà nous avons esquissé ce soir.

— Ne pourrions-nous donc, s'écria le navigateur, revoir les opinions des anciens sur le monde terrestre, la forme de la Terre, sa situation, la géop-aphie et la cosmographie de Moïse, d'Homère, d'Aristote ? C'est une mine de surprises. Et le monde des premiers chrétiens avec ses sphères 1 — et celui du moyen âge avec son paradis terrestre et son purgatoire ! — et les cartes géographiques avant Christophe Colomb!... Enfin, vioidrait l'histoire des comètes, des éclipses, des astres de terreur, de l'astrologie et de la fin du monde..,.

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