L'ASTRONOMIE, BASE DE TOUTE SCIENCE. Î
— Mais nous n'aurons jamais le temps de voir tout cela, s*éeria le pasteur.
— Quant à moi, répliqua la marquise, je trouve ce programme plein de promesses, et je propose de l'adopter.
— A Tunanimité ! s'écria-t-on de toutes parts.
— Voyons, reprit l'astronome en se recueillant, que disions-nous tout à rheure? que l'Astronomie avait joué le premier rôle dans l'histoire. Dès son origine, en efiet, elle est théologique, et, à ce titre, domine les commencements de toutes les genèses. E.le fonde le calendrier, ordonne les travaux de l'agriculture, dirige le navire sur les flots mystérieux, établit l'histoire, fixe les fêtes des peuples «è otrrre les annales des nations. C'est à l'Astronomie que nous devons de pouvoir porter un flambeau sur les ténèbres des époques barbares ; c'est elle qui nous délivra naguère des chaînes sous lesquelles succombait l'Europe superstitieuse et ignorante. Fille du Ciel comme la lumière, elle demeure suspendue inattaquable audessus des abîmes des révolutions humaines, et lorsque, dans l'avenir, nos descendants, cherchant la place où Paris resplendissait, ne trouveront dans le désert de France que des lambeaux déchirés de notre grande histoire, c'est encore à l'Astronomie qu'ils s'adresseront pour rétablir le méridien et la latitude de Paris , et uxer les dates mémorables de la vie de notre nation !...
— On voit que vous aimez votre science ! s'écria l'historien, et que vous savez faire passer vos convictions dans l'âme de ceux qui vous entendent. Je suis heureux de confirmer de mon côté vos paroles, et de déclarer que les études historiques mènent à la même glorification de l'astronomie. J'ajouterai même à votre discours, en manière de péroraison, que tous les peuples n'ont pas également compris le spectacle de l'univers. Pour les uns, ils n'y prêtèrent pas une attention plus grande qu'au tableau d'une lanterne magique. Pour les autres, il semble que l'univers ne soit qu'un immense catafalque, un étemel séjour de deuil et de contrition. Pour d'autres, c'est un théâtre dont les acteurs automates sont mus par des ficelles invisibles. Pour quelques-uns au génie plus clairvoyant, l'univers est un ensemble harmonieux de mondes arrivés à divers degrés de conditions d'existence, et sur lesquels la vie rayonne
comme dans la nature terrestre. Eh bien I permettez-moi de vous avouer ici mon sujet de prédilection : j'ai le légitime orgueil de revendiquer pour nos aïeux la plus haute conception du monde que l'antiquité puisse nous offrir. Mieux que tous les autres peuples, les Gaulois ont su comprendre la grandeur de l'univers, et lui faire correspondre la mesure de nos destinées. A mon avis, il serait lo^gique, et de plus fort agréable, pour le but que nous nous sommes proposé, de ressusciter ici l'astronomie des Druides avant de nous occuper d'aucun autre peuple.
— Voilà une thèse nouvelle, qui nous charme particulièrement, répondîmes-nous d'un commun accord, et nous serions curieux de savoir à quoi nous en tenir sur ub point discuté depuis si longtemps.
— Si j'étais sûr que cette question vous intéressât, j'aurais le plaisir....
— Tout le plaisir sera pour vos auditeurs....
— Eh bien , soit ! Mais vous me permettrez de ne point entreprendre un tel sujet ce soir, après la victorieuse exposition de notre cher astronome, à la suite de laquelle nul ne doutera plus que nous ne soyons actuellement dans le Ciel. Restons sur cette agréable certitude ! Je révérai cette nuit à ma promesse, et demain soir je vous entretiendrai de nos ancêtres.
L'attention commune ainsi diversifiée par ces réflexions nouvelles laissa s'éteindre par ces dernières paroles notre premier entretien astronomique, et voltigea dès lors sur d'autres sujets plus frivoles. Le croissant lunaire venait de s'éteindre derrière la nappe sombre des mers, et malgré la douceur de la température et la commodité de la situation, lorsque le thé fut achevé, on se sentit la velléité de se relever et de marcher un peu. On se promit d'un commun accord de se retrouver le lendemain sous les mêmes sapins , dont les branches étendues servaient d'écran au rayonnement terrestre, — comme on dit en physique, ^ et protégeaient la tiédeur de l'atmosphère. Groupe par groupe, on s'éloigna bientôt, suivant l'avenue spacieuse qui conduit des falaises aux bosquets du parc.