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LE CIEL ET I,A MORT CHEZ NOS PÈRES

— Mais rien ne prouve, répondit Thistorien, que vous n'avez pas vécu déjà sur la terre il y a trois ou quatre mille ans ; peut-être même avez -vous été l'un des héros chantés par Ossian. Mac Phersoo saurait nous renseigner. Quoi qu'il en soit, et pour rester dans ila sphère de vos attributions, je puis ajouter que le tirage au sort qui fait passer au hasard (en apparence) les hommes de cette vie dans l'autre, la mort, autrement dit, s'offrait aussi à l'esprit des Gaulois conune une sorte de recrutement commandé par les lois de l'univers pour l'entretien de l'armée des existences. Dans certains cas on se faisait même remplacer. Posidonius, qui avait visité la Gaule à une époque où elle était encore solide, et qui la connaissait bien mieux que César, nous a laissé à cet égard des informations curieuses. Qu'un homme se sentit sérieusement averti par la maladie de se tenir prêt pour un prochain départ, mais que cependant il eût, pour le moment, des affaires importantes; que les besoins de sa famille l'enchaînassent à la vie ; que la mort enûn lui fût désagréable; si aucun membre de sa famille ou de ses clients n'était en mesure de s'offrir pour lui, il faisait chercher un remplaçant : celui-ci arrivait bientôt, accompagné d'une troupe d'amis ; et, stipulant pour prix de sa peine une certaine somme d'argent , il la distribuait lui-même en souvenir d'adieux à ses compagnons. Souvent même, il s'agissait tout simplement d'un tonneau de vin : on dressait une estrade, on improvisait une sorte de fête, puis, le banquet terminé, notre héros se couchait sur son bouclier; et, se faisant plonger un glaive à travers la poitrine, partait....

— Pour l'autre monde I... fit la marquise avec un geste d'effroi. Et l'on trouvait des sacrificateurs pour accomplir de telles horreurs I

— Ce n'était pas une affaire, reprit l'historien; devant l'abîme de la mort, qui effraye tant d'imaginations timides, le Gaulois, sachant qu'il ne s'agissait que d'un fossé, s'élançait en souriant sur l'autre bord.

— Vous en parlez à votre aise, monsieur l'historien , répliqua la , marquise, mais en y réfléchissant, avouez qu'il n'est pas difficile d'apercevoir les inconvénients de ceCte facilité à distribuer et à re cevoir la mort : les suicides, les immolations volontaires, l'abus des duels et des guerres civiles....

—Il faut avouer, fit observer le capitaine de frégate, que ces mœurs offrent un étrange contraste avec l'état de civilisation que vous dépeigniez tout à rheure, et qu'à ce titre nos pères ressemblaient passablement à certaines peuplades sauvages que j'ai eu l'occasion de visiter en Afrique , où la vie humaine est loin d'être appréciée à sa légitime valeur.

—Mais il y a cette grande différence, ajouta le ministre, que le mépris de la mort avait pour cause, chez les Gaulois, leur croyance à l'immortalité. Est-ce qu'ils n'avaient pas même, si j'ai bonne mémoire, une habitude annuelle de célébrer le symbole et la renaissance du monde, dans la nuit du l** novembre, nuit pleine de mystères, que le druidisme a léguée au christianisme et que le glas des morts annonce encore aujourd'hui ?

— Chacune des grandes régions du monde gallo-kimrique, répondit l'historien , avait un antre, un milieu sacré, auquel ressortissaient toutes les parties du territoire considéré, et dans lequel on a cru reconnaître le symbole du Soleil au centre du système planétaire. Dans ce centre brûlait un feu perpétuel qu'on nommait le père-feu. Les traditions irlandaises rapportent que , dans la . nuit du i*' novembre, les druides se rassemblaient alentour et l'éteignaient : à ce signal., de proche en proche s'éteignaient tous les feux de l'ile ; partout régnait un silence de mort; la nature entière semblait replongée dans une nuit primitive.

A la même doctrine se rapporte évidemment un rite terrible, particulier aux druidesses de la Loire. Les druidesses nunnettes (nantaises) devaient chaque année, dans l'intervalle d'une nuit à Tautre, abattre et reconstruire le toit de leur temple rustique, emblème en action de la destruction et du renouvellement du monde. Après avoir abattu la charpente et dispersé le chaume de l'ancien toit, elles se h&taient d'apporter les matériaux du nouveau. Si l'une d*elles laissait tomber ce fardeau sacré, elle était perdue ; les dieux la réclamaient pour hostie. Ses compagnes, saisies d'un transport frénétique, se précipitaient sur elle et la mettaient en pièces. On prétend que jamais une année ne se passait sans victimes;

En cet(e même nuit , toutes les âmes trépassées dans Tannée se dirigeaient vers l'occident. Dépassant la Bretagne, ces fantômes se

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