‹ Histoire du cielChapitre 22 sur 151 · LE CIEL CHEZ LES GAULOIS · texte numérisé non relu

LE CIEL CHEZ LES GAULOIS

faisaient transporter en barque par les nautoniers jusqu*à l'ouest, où le Dieu des morts les jugeait.

En résumé, ajouta l'historien, astronomie et religion ne faisaient qu'un chez nos ancêtres. La seconde est entée sur la première. Tentâtes habite le haut firmament. La Voie lactée s'appelle la viUe de Gwyon (Ca'èr ou Ker-Gwydion; Ker en breton ; Caêr en gallois ; Kathair en gaélique). Certaines légendes bardiques donnent à Gwyon pour père un génie appelé Don, qui réside dans la constellation de Gassiopée, et qui figure comme le c roi des fées » dans les croyances populaires de l'Irlande. L'empyrée est ainsi partagé entre divers esprits célestes. Arthur ou Arzur a pour résidence la Grande- Ourse, appelée par les Gallois le « Chariot d'Arthur. »

— Comme ces coïncidences entre l'astronomie primitive et la mythologie primitive sont remarquables chez tous les peuples ! s'écria l'astronome, qui avait écouté avec la plus vive attention le récit de l'historien. Mais mon cher celtique, vous nous aviez annoncé hier des monnaies astronomiques dues à nos pères ?

— J'allais y arriver, répondit Thistorieni et je vous confirmerai de suite que très-certainement les Gaulois ont imprimé leur astronomie sur leurs pièces de monnaie.

— En ce cas, interrompit le député de la gauche, elles étaient moins banales que les nôtres, et les lauriers de la flatterie....

— La politique, monsieur le grand interrupteur, dit en riant la marquise, ne doit^elle pas, par convention, rester étrangère à nos causeries?

— Sans doute, madame, car celle de notre époque est certes bien indigne de prendre le moindre instant réservé à la dive science du Ciel.

— J'en reviens à ma proposition, reprit l'astronome.

— Si vous m'en croyez, messieurs, répliqua la marquise, nous retournerons d'abord au chalet, où le thé nous attend, et tout en prenant l'infusion chinoise, notre cher historien terminera la séance d'aujourd'hui par sa description numismatique de l'astronomie gauloise.

La nuit était venue. La tiède chaleur du thé et de.s lampes changea un instant le cours des esprits. Lorsque le calme fut un peu rétabli,

ZS DEUXIÈME SOIRÉE.

et tandis que nous faisions de nouveau remplir nos Sèvres» Torateur reprit la parole :

Les opinions dont nous venons de nous entretenir sur les doctrines eosmogoniques de nos pères, dit-il, sont basées sur les témoignages historiques parvenus jusqu'à nous, et sur la discussion des monuments de pierre qui servaient au culte druidique. Mais dans le sol même de notre patrie, d*heureuses découvertes ont rendu à la lumière certains trésors enfouis pendant les révolutions antiques, en ces jours sanguinaires où la liberté gauloise fut déchirée par le fer de Rome. Le soc de la charrue, labourant la terr^ où fleurirent autrefois des cités inconnues, se heurte à des casques remplis d*or; la pluie et Teau du torrent déblayant des ravins, découvrent des coupes et des sacs de monnaie jetés dans le fossé depuis 2000 ans ; des fouilles faites au fond des fleuves ramènent des médailles et des vestiges de Tâge de bronze; et ainsi, par le cercle des transformations de la nature, nous revivons aujourd'hui au milieu des souvenirs ressuscites, nos musées s'enrichissent des pièces frappées jadis pour le commerce et les voyages^ et à défaut de manuscrits ou de livres, nous lisons aujourd'hui sur l'airain l'histoire des idées et des coutumes de nos ancêtres. Ainsi, dans quelques dizaines de siècles, nos descendants cherchant la place où fut Paris, trouveront à côté des ossements blanchis que la dent Carnivore ou la consomption du temps n'auront pas tout à fait détruits, — nos descendants, dis-je, trouveront les vestiges de la civilisation actuelle, — les chapiteaux de nos palais, — les marbres de nos portiques, — les locomotives couchées sur le flanc, — les bibliothèques rongées, — les statues mutilées, — le grand désordre de la mort ! Certaines découvertes, et des plus merveilleuses, n'auront même laissé aucune trace. Les poteaux et les fils du télégraphe ne serOnt-ils pas perdus dans les herbes? La sphère magique de nos aérostats, égarée dans les nuages, ne flottera-t-elle pas comme une méduse solitaire au sein des va^es océaniques? On rassemblera à grand'peine quelque monnaie au millésime de 1867, jetées pêle-mêle avec 1848, 1815 et 1793; onnettoyera quelques squelettes que Ton placera comme types sous une vitrine, vous peut-être àcôté de moi,... Garibaldi à côté de Pie IX,...

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