‹ Histoire du cielChapitre 27 sur 151 · MONNAIES ASTRONOMIQUES ANCIENNES · texte numérisé non relu

MONNAIES ASTRONOMIQUES ANCIENNES

statëres imités de la Macédoine, où l'on voit les vieux symboles celtiques associés à quelques emblèmes d*origine grecque.

En Italie, les choses durent se passer autrement, parce que l'élément guerrier des castes nobles y domina bientôt l'élément religieux ; cependant, les plus anciennes monnaies de Rome, celles qui nous sont connues sous le nom de médailles consulaires, n'échappent point à la loi commune qui semble avoir présidé, chez tous les peuples, aux origines monétaires. Les deux types les plus usités, l'un pour le bronze, Janus Bifrons, avec le palus; l'autre pour l'argent, les DioscureSj avec leurs étoiles, ont un caractère éminemment astronomique.

La plus ancienne médaille dentelée connue est une incertaine au type des Dioscures et au symbole de la roue solaire.

On peut suivre dans l'examen comparé des monnaies gauloises et romaines une série d'analogies fort remarquables au point de vue astronomique. Pour n'en citer que quelques exemples, on peut observer que sur un grand nombre de deniers de diverses familles on voit Auriga, « le cocher, » conduisant un quadrige, soit le soleil sous une autre forme (tête radiée et de profil), soit Diane avec ses attributs lunaires, soit les cinq planètes bien caractérisées, par exemple Vénus par une étoile double : du matin et du soir; soit enfin des constellations comme le Chien, Hercule, la Chèvre, la Lyre, presque tout le zodiaque, les circompolaires, les sept bœufs {septem triones). Plus tard, sous les Césars, on trouve à la villa Borghèse un calendrier dont la disposition fait songer aux monnaies gauloises. Les tètes des douze grands dieux et les douze si*' gnes du zodiaque sont représentés, et le dessin des constellations établit une correspondance entre leur lever et la position du Soleil dans le zodiaque. On peut donc affirmer que dans le monnayage et dans les œuvres d'art de l'Italie et de la Grèce on retrouve comme en Gaule l'influence caractéristique des vieux cultes astronomiques.

— Comme Platon le fait dire à Socrate dans son dialogue le Cratyîe^ remarqua le professeur de philosophie, les anciens peuples de la Grèce paraissent s'être représenté pour premiers dieux les astres qui étincellent sous la voûte céleste, le Soleil, la Luncy la Terres les

Étoiles et le Ciel^ et comme ils avaient remarqué la course perpétuelle de ces objets de leur culte, ils tirèrent de ce mouvement général de la matière exprimé par le verbe OsTv, courir, le nom de 6cot, qu'ils donnèrent i leurs dieux. Tout nous porte à croire qu'il y a une vérité historique dans cette opinion du grand dialecticien et certainement quelque chose de plus qu'une étymologie ingénieuse.

— Ce sont là de curieuses questions d'origines sur lesquelles nous nous entretiendrons dès notre prochaine soirée, dit l'astronome. Nous aurons peut-être une autre étymologie de 9toç.

— En effet, reprit l'historien, nous voyons cette idée de mouvement se manifester avec constance dans le plus grand nombre des vieux types solaires imprimés sur les monnaies ; le Cheval au galop, le Lion qui court, le Taureau qui bondit, le Bige, le Cavalier, le </) qui n'est que le développement du cercle centré ou du soleil O, la Roue, la Trisquéle qui tournait, etc.

Ce symbolisme y occupe une place importante, car il s'étend A tout un ensemble de lois astronomiques; les notions embrassent la marche du Soleil à travers les douze signes du zodiaque, la constatation des équinoxes et des solstices, les aspects des constellations boréales et australes tels qu'ils se produisent aux diverses époques de l'année, les phases lunaires; enfin, le cours des cinq planètes. A cet exposé, il faut encore joindre quelques signes spéciaux qui ont paru se rapporter à des méthodes d'uranographie et de gnomonique.

Concluons donc que la cosmographie a construit les véritables dogmes.de la religion gauloise qui, au fond, était la même que celle des vieilles théocraties orientales. Les pratiques extérieures du culte s'adressaient au Soleil, à la Lune, aux astres et aux phénomènes du monde visible; mais, au-dessus de la nature» il y avait le grand principe générateur et moteur, que les Celtes placèrent probablement plus tard dans les attributions de leurs dieux suprêmes.

J'espère, messieurs» ajouta l'historien en se levant, avoir suffisamment satisfait à mon mandat, et vous avoir convaincus que nos ancêtres méritaient une place d'honneur dans THistoire du CieU

ANCIENNES MONNAIES ASTRONOMIQUES. kl

— Vous avez bien mérité de la patrie 1 fit la marquise en lui tendant la main.

— Est-ce que vous êtes convaincue de ce roman ? dit en souriant le député. Quant à moi, je ne le suis guère, et je ne me mets encore à genoux ni devant les druides, ni même aux pieds des druidesses.

— Pour ma part, je pense, dit de son côté le ministre anglais, qu'avant d'ajouter une foi absolue à Tingénieuse interprétation qui vient de nous être développée, il serait bon de savoir si dans toute l'histoire de Thumanité il n'y a pas un seul autre peuple qui ait eu cette même idée de fabriquer des monnaies astronomiques.

•— Certes ouil fit le professeur de philosophie, car enfin si les Gaulois sont seuls et uniques, on conviendra qu'une interprétation isolée a infiniment moins de valeur.

— Ne vous ai-je pas cité tout à l'heure les monnaies consulaires de la république romaine? répliqua l'historien.

— Par exemple 1... la coïncidence est vraiment curieuse, s'écria le capitaine de frégate.

— Ouelle coïncidence ?

— Ahl.cest vraiment incroyable, continua le capitaine sans s'occuper de notre question. Aurait-on jamais cru que vingt ans après....

— Mais de quoi s'agit-il donc? cria le professeur.

— .... Car enfin, il y a vingt ans jour pour jour.... c'est bien cela, septembre 1847, nous avons acheté ensemble, à Péking, l'histoire des anciennes monnaies chinoises, et j'ai rapporté moi-même d'anciennes pièces.

— Voyons, commandant, fit la marquise, est-ce que vous tenez à votre style apocalyptique ?

-•- Moi? madame, mais en aucune façon. Je me faisais simplement la réflexion que les Gaulois ne sont pas le seul peuple dont les monnaies aient eu un caractère astronomique, car les anciennes monnaies chinoises sont dans le même cas.

— Il était dit, fit le député, que la Chine et la Gaule devaient se donner la main ce soir ici, car après le thé chinois voici maintenant les monnaies chinoises.

La révélation du capitaine de frégate avait produit un autre effet sur l'historien. Il s'était approché, d'un seul trait, du voyageur et le questionnait à brûle-pourpoint.

— Vous avez bien connu, lui disait celui-ci, mon ancien compagnon de voyage, M. Marchai de Lunéville ?

— L'ancien président, celui qui a rapporté la fameuse coupe d'onyx sur laquelle la Grande-Ourse est gravée, laquelle coupe appartenait jadis au patrimoine des empereurs?

— Précisément. Eh bien, je lui dois mon exclamation de tout à l'heure. C'est lui qui m'a fait connaître les anciennes monnaies chinoises. Or j'ai trouvé sur ces monnaies, non-seulement la plupart des constellations de l'hémisphère nord, et fréquemment la Grande- Ourse dessinée avec toutes les déformations imaginables, mais encore, et c'est ce qu'il y a de plus curieux, tous les signes du zodiaque.

— Je serai content de voir ces monnaies, s'écria l'astronome. Mais avez-vous pu exactement distinguer les Ogures de ce zodiaque, et sont-ce les mêmes que les nôtres ?

— Nullement. Ce sont — ne riez pas — ce sont : la Souris, le Taureau, le Tigre, le Lièvre, le Dragon, le Serpent, le Cheval, le Mouton (ou le Bélier), \e Singe, le Coq, le Chien et le Porc.

— Dieu ! quel zodiaque, fit la marquise.

— J'en ai pris une copie que je vous présenterai demain, ajouta

le capitaine. Vous aur^z là deux spécimens authentiques des anciennes monnaies astronomiques de la CMne. Sur l'une d'elles j'ai inscrit les signes correspondants du Japon.

— Et ces monnaies astronomiques ne sont pas les seules, reprit l'historien. J'ai vu et examiné au cabinet des médailles de la bibliothèque de Paris, ainsi que dans celui de Vienne, de très*riches collections de monnaies zodiacales.

^ De sorte, fit le député, qu'il est entendu que les premiers livres d'astronomie furent de populaires pièces de monnaies. Je suis fort heureux d'avoir appris cela ce soir.

— Je pourrais, si le temps me le permettait, vous citer de plus longs exemples, continua l'historien. Le Mongol a possédé une série de monnaies zodiacales du règne du Jehanjir Shah (1014). Il fit frap-

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