ASTRONOME EN OBSERVATION (P
Mais en défalquant trois doubles emplois, on trouve 1086 étoiles.
— La science a fait bien des progrès depuis? demanda la marquise.
—Certes, madame, répondit l'astronome, ce millier d*étoiles ne t*eprésente même pas toutes les étoiles visibles à l'œil nu pendant Tannée sur notre horizon ; sur la sphère entière on en compte environ cinq mille depuis les plus brillantes jusqu'aux plus faibles, visibles à Vœil nu, A l'invention du télescope on ne tarda pas i en découvrir de nouvelles, que l'œil mortel n'avait jamais contemplées ; à mesure que le pouvoir amplificateur des lunettes s'est augmenté et que les observations méridiennes sont devenues plus régulières, on en a enregistré un nombre de plus en plus grand ; le catalogue de Lalande en a cinquante mille de numérotées ; on travaille maintenant à construire un catalogue de 300 000. Quant au nombre to-« tal des étoiles; perceptibles au grand télescope, on peut évaluer à 77 millions la quantité d'astres compris de la première à la quatorzième grandeur.... Mais revenons aux constellations*
Tout en déployant la carte céleste , l'astronome eut soin de désigner d'abord les constellations principales, décrites par Ptolémée. U les nomma dans l'ordre suivant en indiquant les étoiles de pre* mière grandeur:
La Grande-Ourse, ou le Chariot de David, vers le centre }
La Petite-Ourse, dont la queue aboutit à la polaire ;
Le Dragon ;
Céphée, assis à droite du pôle ;
Le Bouvier ou le Gardien de T Ourse, avec l'étoile Arciuras;
La Couronne boréale, à sa droite-,
Hercule ou l'Homme à genoux -,
La Lyre ou le Vautour tombant, avec la belle étoile Yiga ;
Le Cygne, ou l'Oiseau, ou la Croix ;
Cassiopée, ou la Chaise, ou le Trône ;
Persée ;
Le Cocher, ou le Charretier, avec Capella ou la Chèvre ;
Ophiuchus^ ou le Serpentaire, ou Esculape ;
Le Serpent;
La Flèche et son Arc, ou le Dard ;
L'Aigle ou le Vautour volant, avec Âtaïr;
Le Dauphin;
Le Petit-Cheval ou le Buste du Cheval ;
Pégase, ou le Cheval ailé, ou la Grande-Croix;
Andromède ou la Femme enchaînée ; Le Triangle boréal ou le Delta.
U nomma ensuite les 15 constellations situées au sud de Técliptique :
La Baleine;
Orion, avec ses belles étoiles Rigel et Betelgeuse;
Le Fleuve Éridan ou le Fleuve d'Orion, avec la brillante Achernar;
Le Lièvre;
Le Grand-Chien, avec la magnifique étoile Sirius;
Le Petit-Chien ou le Chien précurseur, avec Procyon ;
Le Navire Argo, avec ses belles étoiles Alpha {Canopus) et Éta;
L'Hydre femelle ou la Couleuvre ;
La Coupe, ou rUme^ ou le Vase;
Le Corbeau;
L'Autel ou la Cassolette ;
Le Centaure, dont l'étoile Alpha est la plus proche de là Terre;
Le Loup, ou la Lance du Centaure, ou la Panthère , ou la Béte;
La Couronne australe, ou le Caducée, ou Ui^aniscus ;
Le Poisson austral, avec FomaXhaut.
Vous avez remarqué, ajouta l'astronome, que j'ai nommé les dixhuit étoiles de première grandeur, en vous présentant les constellations soit zodiacales, soit boréales, soit australes. De la sorte nous savons maintenant où elles se trouvent.
A ces constellations connues des Grecs, j'ajouterai maintenant la Chevelure de Bérénice, quoique Ptolémée ne la nomme pas. Elle me paraît devoir en faire partie, car elle a pour auteur l'astronome Conon. Vous savez, madame la marquise, que Bérénice était l'épouse et la sœur du roi Ptolémée Ëvergète et qu'elle avait fait vœu de se couper les cheveux et de les consacrer à Vénus si son époux re-
LEt CONSTELLATIONS OU BORD DE LA UER. (p. 83.)
Cjnt — Lyre — ' Bemile — Courcan* — BouTÏtt ^ Aigle ScrpcBlaii* — BiIibh — Sctirpion — Slgitliir*
venait vainqueur. Ce vœu et surtout son accomplissement ne plut que médiocrement à son mari, d'autant plus qu'un voleur défoba la nuit suivante cette belle chevelure, et que les dames n'avaient pas encore adopté la mode.... ridicule.... de porter des cheveux étrangers. C'est pour consoler le roi que l'astronome plaça la belle chevelure parmi les étoiles.
Arago me parait s'être trompé, en disant qu'elle ne fut créée, qu'en 1603 par Tycho-Brahé.
Tycho-Brahé ajouta aux constellations anciennes celle d'Antinous, formée d'étoiles vagues, près de l'Aigle.
A la même époque , Jean Bayer, d'après Améric Yespuce et les navigateurs, ajouta 12 constellations nouvelles aux constellations australes de Ptolémée, savoir :
Le Paon, le Toucan, la Grue, le Phénix, la Dorade, le Poisson volant, l'Hydre mâle ou le Serpent austral , le Caméléon , l'Abeille ou la Mouche, l'Oiseau de paradis, le Triangle austral, l'Indien.
Augustin Royer, en 1679, et Hévélius en 1690, formèrent de nouveaux groupes stellaires, parmi lesquels il y en a quelques-uns de conununs. En défalquant les doubles emplois on trouve 16 nouvelles constellations aiyourd'hui admises, ce sont :
1 1 pour Hévélius : la Girafe ou le Caméléopard , la Licorne ou le Monocéros, le Fleuve Jourdain ou les Chiens de chasse, le Fleuve du Tigre ou le Renard et l'Oie , le Lézard ou le Sceptre et la Main de Justice, le Sextant d'Uranie, le Petit-Lion, le Lynx, l'Ëcu ou le Bouclier de Sobieski, le Petit-Triangle, le Rameau et Cerbère;
5 pour Augustin Royer : la Colombe de Noé , la Croix du Sud ou le Trône de César, le Petit-Nuage, le Grand-Nuage, la Fleur de lis ou la Mouche.
— Ah i vous venez de nommer Augustin Royer comme le premier parrain de la Croix du Sud, fit le professeur à Tastronome-, mais il me semble que le Dante la signale déjà dans son Purgatoire.
--; L'un des passages les plus controversés de la Divina Commediay répondit l'astronome, est précisément celui où il est question de ces quatre étoiles antarctiques, que les Européens furent tout étonnés de voir lorsque longtemps après ils s'avancèrent vers les régions équinoxiales. Cette espèce de divination a donné lieu à bien des
commentaires; on a commencé d'abord par dire que ces quatre étoiles n'étaient que les quatre vertus théologales , et cette opinion s'appuyait surtout sur l'impossibilité où était le poëte de connaître une constellation , que ni lui » ni aucun Européen n'avait jamais pu voir ; mais Fracastor assura plus tard, et cela est prouvé maintenant, que Dante devait avoir eu connaissance de ces quatre étoiles par le moyen des Arabes, qui, ayant formé des établissements sur toute la côte orientale de l'Afrique, avaient dû observer les étoiles australes et les faire connaître aux Européens.
Les anachorètes chrétiens du quatrième siècle pouvaient voir encore la croix au-dessus de leur horizon dans les déserts de la Thébaîde; mais ils ne l'ont pas nommée ; Dante ne la nomme pas non plus dans le passage célèbre du Purgatoire.
Et de même, Améric Yespuce, qui dans son troisième voyage se reportait à ces vers en contemplant le Ciel étoile des régions du sud, et se vantait d'avoir vu c les quatre étoiles que le premier couple humain avait pu seul apercevoir, » ne connaît pas la dénomination de Croix du Sud. Améric dit simplement : les quatre étoiles forment une figure rhomboîdale (una mandorla) ; et cette remarque est de l'an 1501. Lorsque les voyages maritimes se multiplièrent autour du cap de Bonne-Espérance et dans la mer du Sud, à travers les voies fk'ayées par Yasco de Gama et Magellan, à mesure que les missionnaires purent pénétrer, par suite des découvertes nouvelles, dans les contrées tropicales de l'Amérique, cette constellation devint de plus en plus célèbre. Humboldt la trouve mentionnée , pour la première fois, comme une croix merveilleuse ( croce maravighcsa ) , « plus belle que toutes les constellations qui brillent dans la voûte du Ciel,» par le Florentin Andréa Gorsali en 1517, et un peu plus tard vers 1 520, par Pigafetta.
Voilà l'histoire de la Croix du Sud. Mais revenons à noâ constel* lations.
Lacaille {Mémoires de V Académie des sciences pour 1752) a cherché à combler les vides laissés par les anciennes constellations dans l'hémisphère austral, en créant 14 constellations nouvelles: l'Atelier du sculpteur, le Fourneau chimique, l'Horloge, le Réticule, le Burin, le Chevalet, la Boussole, 1 a Machine pneumatique, l'Octant, le Com-
DU NORD. (p. 83.)
pas , rÉquerre, le Télescope, le Microscope , enfin, au-dessous do Grand-Nuage, la Montagne de la Table.
En 1776, Lemonnier fit, entre Gassiopée et Tétoile polaire, une constellation nommée le Renne, et il ajouta la constellation du Solitaire, Oiseau des Indes, au-dessous du Scorpion.
Lalande a ajouté le Messier à côté du Renne, dans son Globe U^ leste,
Poczobut, en 1777, a mis le Taureau royal de Poniatowski entre TAigle et le Serpentaire.
Le P. Hell a formé dans TÉridan un groupe nouveau, qu'il a appelé la Harpe de Georges.
Enfin , dans les cartes de Bode se trouvent les constellations sui«-
vantes :
Les Honneurs de Frédéric, le Sceptre de Brandebourg, le Télescope d'Herschel, TAérostat, le Quart de cercle mural, le Loch, la Machine électrique, et T Atelier de typographie.
A propos de la discussion que Lalande soutint très -sérieusement contre Bode, pour défendre ses constellations du Chat domestique et du Custos Segetum {le Messier!)^ Olbers fait remarquer que, pour faire une place dans le ciel aux Honneurs de Frédéric (constellation imaginée par Bode), Andromède avait dû retirer son bras du lieu qu'il occupait depuis 3000 ans !
Nous arrivons déjà ainsi à un total de 108 constellations. J'ajouterai, pour finir, que Ton est dans l'habitude de distinguer encore : la Tête de Méduse, près de Persée ; les Pléiades sur le dos ^ et les Hyades sur le front du Taureau; la Massue d'Hercule; le Baudrier d'Orion, nommé quelquefois le Râteau, les trois Rois, ou le Bâton de saint Jacques; TÉpée d^Orion; les deux Anes dans le Cancer, ayant entre eux l'amas stellaire nommé l'Étable ou la Crèche ou Praesepe ; enfin les Chevreaux ou les Boucs, placés tout près de la Chèvre, dans la constellation du Cocher.
Il était nécessaire de connaître ces subdivisions, qui portent à 117
1. Le planisphère que le P. Kircher a donné dans son Œdipe égyptien, et dont l'astronome Pétosiris paraît être Tauteur, nous montre au-dessus des Pléiades une poule dont cet amas d^étoiles représente la couvée. Nos paysans, conduits par le même esprit d'analogie ou par quelque tradition, le nomment la Poutsinière,
le nombre des astérismes que l'on est à peu près convenu d'admettre.
— ' Ainsi voilà toutes les constellations dont se compose le Ciel entier? demanda la marquise.
— Oui, madame, répondit l'astronome. J'aurais maintenant un épisode assez singulier à ajouter à cet historique de la formation du Ciel constellé, c'est un projet assez curieux, quoique avorté, dû à l'esprit du moyen âge, et je dois l'indiquer en passant.
Dès le huitième siècle, Bède et ensuite quelques théologiens et astronomes, ses successeurs, voulurent déposséder les dieux de l'Olympe. Ainsi, ils proposèrent de changer les noms et les dessins des constellations. Il existe des calendriers où saint Pierre tient la place du Bélier, saint André celle du Taureau, etc.; dans d'autres , d'une date plus récente, on trouve i la place des noms mythologiques : David, Salomon, les Rois Mages, en un mot, des souvenirs empruntés à l'Ancien ou au Nouveau Testament. Mais ces changements dans les noms des astérismes n'ont pas été adoptés.
J'ai vu, iyouta-t*il, ces différents essais. Le cabinet des cartes possède entre autres une magnifique gravure, dont les dessins cachent même 1& plupart des étoiles , qui a pour titre : Cœli stellati christiani hœmisphœrium prius. La Grande-Ourse y est remplacée par la Barque de saint Pierre, la Petite-Ourse par saint Michel, le Dragon par les saints Innocents, le Bouvier par saint Silvestre, la Chevelure de Bérénice par le Flagellum.
Les signes du zodiaque sont :
Saint Pierre, saint André, saint Jacques Majeur, saint Jean, saint Thomas, saint Jacques Mineur, saint Philippe, saint Barthélémy, saint Mathieu, saint Simon, saint Jude, et saint Mathias.
Marie Madeleine a pris la place de Cassiopée, Andromède est transformée en Saint- Sépulcre, Persée en saint Paul, Céphée en saint Etienne, le Cocher en saint Jérôme, Orion en saint Joseph, etc., etc.
Dans le dix-septième siècle , un professeur de l'université d'Iéna, Weigel, proposa de former un ensemble de constellations héraldiques.