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COHSTKLLATIONS. — ESSAIS DE CHANGEMENTS

Les figures des douze coDstellations zodiacales auraient été les

représenlalions des écussons appartenant aux douze plus illustres

maisons de l'Europe.... Malgré ces tentatives, l'aDliquité a gardé ses

tr6nes.

Hais revenons à nos constellations. Elles ne servent plus aujourd'hui qu'à désigner d'une manière générale et en quelque sorte géographique, la position des astres. C'est par les degrés d'ascension

droite et de déclinaison que l'on marque la situation précise, de sorte que le ciel des astronomes ne connaît plus réellement que ces divisions , comme l'avait désiré sir John Herschel dans son projet de substituer des carrés aux constellations.

Sur les 117 constellations nommées tout à l'heure, 48 seulement datent donc de l'ancienne astronomie grecque, les 69 autres ont été formées successivement, comme nous l'avons vu, par divers astro* nomes modernes.

— Très-bien! fît la marquise. J'aime la clarté. Nous venons de voir l'origine des constellations modernes; mais les anciennes, les

principales, il faut que vous nous appreniez aussi d'où elles viennent.

^ L*origine qui nous reste mystérieuse, répondit Tastronome, est, par conséquent, seulement celle des 21 constellations boréales, des 15 australes, et des 12 zodiacales qui ornaient la sphère grecque. Ces constellations sont historiquement les plus importantes ; elles sont les derniers vestiges de Tère théocratique qui ouvrit les premières civilisations humaines sur la Terre; elles nous transportent aux âges primordiaux de notre race, où des empires inconnus florissaient à l'orient de notre France actuelle , alors que d'épaisses forêts et de vastes solitudes s'étendaient sur le sol où brille aujourd'hui la capitale du monde.

Quelle est l'origine, quelle est la cause des noms donnés aux constellations, et comment les hommes ont-ils été successivement conduits à couvrir la sphère céleste de figures d'hommes, d'animaux, d'instruments divers? Orion, Hercule, Castor et Pollux, les Pléiades, le Serpentaire et leurs collègues de la voûte étoilée, sont-ils des héros historiques, que la reconnaissance humaine aurait canonisés dans le ciel païen pour leurs bienfaits, ou dont le souvenir aurait immortalisé des conquêtes trop souvent tyranniques et sanguinaires? — La Grande-Ourse, le Taureau, le Chien Sirius, l'Épi de la Vierge, le Verseau, se rapportaient-ils à certains phénomènes terrestres en correspondance avec la position de ces groupes d'étoiles audessus de l'horizon î— Le Bélier, la Balance, le Scorpion, auraient* ils été ainsi nommés pour désigner la marche du Soleil et le cours des saisons? — Quelques-unes de ces figures, enfin, comme la Couronne, le Serpent, le Dragon, et même le Taureau, ont-elles été dessinées simplement parce que la disposition des astres qui les composent esquisse la forme approchée de ces figures ? — De toutes ces hypothèses, aucune ne nous satisfait d'une manière absolue, quoique chacune d'elles soit vraie sans doute pour les cas particuliers qui la caractérisent.

Il est naturel de penser que Ton commença par observer les phénomènes les plus faciles et les plus simples. Il est probable que les premières observations se réduisirent simplement à noter l'heure du lever et du coucher du Soleil et ses changements de hauteur;

les phases de la Lune, ses retours, et les mouvements des planètes visibles à l'œil nu; ensuite la détermination des groupes d'étoiles qui se couchent immédiatement après le Soleil et que la prepière obscurité permet d'apercevoir.

Il est certain que les constellations les plus anciennes sont celles qui sont composées des étoiles les plus brillantes, et qui attirent le plus l'attention des regards. Ainsi nous pouvons affirmer que les sept étoiles de la Grande-Ourse forment Tune des premières figures célestes que les hommes aient tracées comme points de repère. Le quadrilatère d'Orion avec ses trois perles obliques partage le même titre d'ancienneté. Le groupe des Pléiades et d'Aldébaran a également frappé les premiers pasteurs. Procyon, Castor et PoUuz vinrent ensuite. Sirius fut remarqué comme le soleil le plus brillant de la voûte éthérée. Le quadrilatère du Lion, l'étoile de la Vierge, le Cœur du Scorpion ou Antarès, Gapella ou la Chèvre, Arcturus, Véga, Canopus, et a du Centaure pour le sud, la variable v) d'Argo, Achemar, furent les yeux célestes que consultèrent les yeux mortels pour se diriger dans les migrations nocturnes à travers les déserts ouïes mers.

Bien des siècles s'écoulèrent avant que les hommes eussent réuni par des lignes idéales les étoiles voisines semblant former des groupes, et surtout avant qu'ils eussent désigné ces groupes et ces étoiles par des noms caractéristiques. L'existence de ces premières peuplades, quoique en communication plus intime et plus constante que nous avec la nature, ne se passait pas néan-

moins à regarder les étoiles et à faire des conjectures sur leurs réunions dans l'espace. Mais où le temps nous semble avoir été une condition nécessaire des progrès de cette astronomie d'observation, c'est dans la découverte du zodiaque et du passage du Soleil à travers ses signes suivant le cours de l'année.

Que l'on songe en effet au temps qu'il a fallu pour arriver à cette constatation. Le zodiaque, comme nous l'avons vu dans notre première soirée, est une zone, ou une bande de la sphère céleste, traversant la voûte étoilée dans le sens du mouvement apparent du Soleil, c'est-à-dire de l'est à l'ouest.

Voyons un instant la série d'observations et de réflexions qui a

élé nécessaire pour arriver à tracer cette zone comme étant le chemin du Soleil.

On Aura d'abord remarqué le mouvement diurne du Ciel entier pendant la nuit, tournant tout d'une pièce d'orient en occident. Puis^ au nord, on aura remarqué un certain nombre d'étoiles qui ne se couchent jamais quoique tournant comme le reste du Ciel autour d'un point fixe.

Que devenaient les étoiles qui descendent au-dessous de l'horizon? Lorsqu'on eut constaté que c'étaient bien les mêmes qui reparaissaient au levant après avoir disparu au couchant, on fut conduit à penser qu'elles ne s'éteignaient pas dans l'Océan ou n'étaient pas détruites dans les abîmes d'outre-terre, mais accomplissaient sous l'horizon, sous la Ten^e^ l'arc de circonférence reliant le point de leur coucher au point de leur lever.

Sous la Terre! Et comment? C'était là un grand mystère, un problème presque insoluble. Pour nous, qui sommes si savants (I) au dix- neuvième siècle, nous jugeons la chose très-facile. Mais pour nos bons aïeux, c'était bien différent. Rien n'est si facile que ce qui s'est fait hier; rien n'est si difficile que ce qui se fera demain. Pour admettre que les étoiles pussent passer sous la Terre, il fallut d'abord admettre que celte Terre eût un espace vide au-dessous d elle. Mais si le monde que nous habitons avait un espace vide au-desous de lui, il était donc suspendu, isolé dans l'immensité? Car enfin, le Soleil, la Lune et les étoiles se couchent et se lèvent à tous les points de l'horizon. Existait-il donc aux deux pôles du Ciel deux pivots soutenant l'axe du monde? Des piliers supportaient-ils la Terre? Mais ces piliers, à leur tour, sur quoi étaient- ils supportés ?

On en vint fatalement, et à la longue, à admettre que la Terre est un globe suspendu dans le vide. Ce fut le seul moyen d'expliquer le cours inférieur des astres. Mais quel mystère! Si ce globe n'est soutenu par aucun corps, pourquoi ne tombe-t-il pas ?

Non, ce n'est pas en cent ans, ni en mille ans peut-être, que les anciens ont pu parvenir à construire la sphère céleste et à représenter par elle les mouvements des astres fixes et errants, les saisons, les mois et les jours. Clio seule saurait dire combien de siè-

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des se succédèrent avant que sa jeune sœur Uranie pût apparaître toute formée aux yeux des générations futures.

Mais lorsqu'on eut reconnu la révolution totale apparente du Ciel autour de Taxe du globe, on n'avait pas suivi encore le cours du Soleil à travers les constellations. Par suite de quels besoins ou de quelle curiosité aura-b-on été conduit à deviner cette marche? Par quel procédé aura-t-on découvert que le Soleil suivait toujours la même zone de la sphère céleste en passant successivement sous les étoiles qui la constituent? U nous est difficile de nous en souvenir.

Évidemment, ce n'est pas dans le cours visible du Soleil, dans sa marche pendant le jour, qu'on aura pu tracer sa route parmi les étoiles qu'il éclipse. Ce ne peut être que dans son cours invisible supposé sous la Terre,

U aura donc encore fallu, pour arriver à connaître et à dessiner les époques successives des passages de l'astre du jour à travers tels et tels signes du zodiaque, il aura encore fallu, dis-je, observer que les constellations zodiacales visibles pendant les nuits d'hiver ne. sont pas les mêmes que celles qui scintillent pendant les nuits d'été, que tel groupe d'astres qui passe au méridien à minuit à telle époque, y passe à midi six mois plus tard, et que nous voyons pendant la nuit la portion du Ciel opposée à celle qui est passée sur nos têtes pendant le jour. Pendant les longues et froides nuits d'hiver qui semblaient . faire oublier l'astre radieux, la curiosité inquiète s'est posé cette interrogation : Où est le Soleil? La réponse ne peut être conclue que d'une série de comparaisons et de souvenirs. « En cette heure de la nuit, cet astre accomplit son cycle sous la Teri-e, illuminant d'autres peuples peut-être qui auraient leurs pieds contre les nôtres, séparés par l'épaisseur du globe ; il se trouve à peu près là, en bas. Quel signe du zodiaque occupe cette direction? C'est la Vierge. Donc le Soleil est actuellement dans la Vierge. »

Ainsi se sera formée la connaissance des positions successivement occupées par le Soleil sur la zone zodiacale ; elle aura été aidée par les comparaisons faites le soir et le matin sur les constellations visibles au couchant ou au levant, et qui suivaient ou précédaient

celle habitée par le Soleil. Mais quelle longue série d'observations n'a-t-il pas fallu pour constater seulement Télévation du cours du Soleil, de la Lune et des planètes au-dessus de Thorizon, — élévation changeant avec les saisons, — et pour construire ainsi la bande de groupes d'étoiles formant cette ligne oblique? Combien de temps n'a-t-il pas fallu pour apprendre à mesurer les déclinaisons ou les distances polaires des étoiles, leurs ascensions droites ou leurs distances à un premier méridien céleste, et construire une sphère céleste offrant la représentation de la voûte étoilée?

Nous avons émis Topinion tout à l'heure que les premières constellations remarquées et nommées par les hommes ont dû être la Grande*Ourse, Orion, le Grand-Chien, et les plus évidentes du zodiaque, telles que le Taureau (Pléiades, Hyades), les Gémeaux, le Lion, la Vierge. Maintenant nous nous demanderons quelle est Yorigine des noms donnés à ces divers astérismes.

— J'entrevois d'ici, s'écria l'historien, que nous allons avoir quelques nouvelles petites querelles d'étymologies.

— La variété ne manque pas d'intérêt, répondit l'astronome. Commençons. Je prends d'abord la Grande-Ourse. La voici, ajoutat-il en se levant de la table et se tournant du côté du nord, où il montra de la main la belle constellation aux sept étoiles , alors à gauche du pôle et un peu auniessous. Elle est bien près de Thori'zon, vous voyez. Mais, comme Homère le disait déjà, elle ne se baignera point dans l'océan.

Tout le monde connaît ces sept étoiles du nord qui tournent éternellement autour du pôle silencieux. Le rectangle et les trois étoiles forment une figure qui rappelle sans contredit la fot*me d'un char, et surtout celle d'un char antique. L'idée du mouvement qui s'y ajoute confirme encore le rapprochement. Aussi s'explique-t-on facilement que différents peuples lui aient donné le nom de Char ou de Chariot. Nous avons vu qtie nos ancêtres les Gaulois l'appelaient le Chariot d'Arthur. 0 l'appelle généralement en France et dans divers pays de l'Europe le Chariot de David. Dans la Grande-Bretagne, son nom populaire est the Plough (la charrue). Les Latins lui ont d'abord donné le même nom {Plaustram) avec trois bœufs, au lieu des trois chevaux que Ton met de nos jours au timon, puis ils

ont étendu la signiiîcation des bœufs, et, par une dégénérescence do langage, ont à la fin désigné cette jQgure sous le nom des sept bœufs, sepUm trionesj d'où est venu le mot septentrion, qui actuellement signifie simplement le nord. Les Grecs lui ont donné le même nom de chariot ('A(xaS«, qui, comme plaustrum, signifie quelquefois charrue), et ce même mot signifie septentrion et septentrional. Cette dénomination générale est justifiée par la forme même de la figure, et il est probable que si les habitants de Vénus et de Jupiter se servent de chars pour leurs travaux de la campagne ou leurs fêtes de la ville, ils doivent donner comme nous ce nom à cette constellation, qui a la même figure pour eux que pour nous, quoique leurs pôles difl^èrent du nôtre.

— Quoique cette appellation me paraisse fort simple et aussi facile à expliquer que vous venez de le faire, interrompit l'historien, Je me souviens cependant que les Latins eux-mêmes doutaient de cette origine. L'antiquité grecque et latine s'est exercée souvent stérilement à la recherche des étymologies. Le Gaulois Romain Âulu- Gelle racfonte dans ses Nuits attiques que, selon les grammairiens, septentrioThes signifie tout simplement 7, comme quinquatrus signifie 5. Varron pense cependant que triones signifie quelque chose et vient de terriones^ qualificatif d'animaux cultivant la Terre.

Je passe sur votre observation érudite, continua l'astronome, et je poursuis mon thème. Si l'on considère ces sept étoiles comme dessinant les points caractéristiques d'un char, les quatre étoiles du quadrilatère forment les roues ; les trois autres qui tracent une ligne oblique à l'un des angles sont trois chevaux. Au-dessus du cheval du milieu les bonnes vues aperçoivent une petite étoile dé cinquième à sixième grandeur, que Ton a nommée le Cavalier. Cela posé, il nous sera facile de reconnaître chacune de ces étoiles par son nom, ou par une lettre de l'alphabet grec — désignation habituelle en astronomie. En commençant par les deux roues de derrière, on désigne les sept étoiles par les sept premières lettres de l'alphabet grec: «, p, ff $ désignent donc les quatre roues ; e, C, v) désignent les trois chevaux. Ces mêmes étoiles ont également reçu des noms arabes, qui, dans le même ordre, sont les suivants : Dubhé et Mérak sont les étoiles de derrière ou les gardes ; Phegda et Mégrez sont celles de

devant; Aliotb, Hizar et Ackaîr sont celles du timon. La petite qui brille au-dessus de Mizar se nomme Alcor. Les Arabes l'appellent aussi Saidak, c'est-à-dire Tépreuve, parce qu'ils s'en servent pour éprouver la portée de la vue.

— Ahl j'aperçois le cavalier en question, s'écria la marquise. Mais, monsieur l'astronome, ajouta-t-elle, dites-moi donc: le Chariot n'est pas juste sous le pôle ?

— Puisqu'il tourne avec le Ciel entier autour du pôle en vingt-quatre heures, répliqua la fille du capitaine, il ne peut pas être toujours dessous....

— Ha foi I ma fille, observa le commandant, tu n'es pas si ignorante que ta mère le prétend. Sais-tu bien que tu viens de faire une découverte?

— Laquelle donc?...

-* Eh ouil j'y ai bien souvent pensé sur la mer. Les étoiles de la Grande-Ourse ne se couchant jamais (puisque leur distance au pôle est moins grande que la hauteur du pôle au-dessus de l'horizon) et tournant régulièrement autour de l'étoile polaire, elles passent deux fois par jour au méridien (au-dessus et au-dessous du pôle). De plus, on peut trouver l'heure en observant l'angle qu'elles font avec la verticale. Ainsi , nous sommes au commencement de septembre, il est 9 heures environ : ne voyez-vous pas que la ligne de P'9, à la polaire est au milieu chemin entre l'horizontale et la verticale? A 10 heures elle approchera davantage de la verticale ; à II heures encore plus ; à minuit elle y sera, je crois, tout

à fait.

— En effet, dit Tastronome, Tétoile « de la Grande- Ourse est à une distance de 10** 5t~ de la ligne de l'équinoxe du printemps. Son passage supérieur au méridien a donc lieu le 21 mars à 10*» 55" du soir. Dès le lendemain, Tétoile avance de 4 minutes sur le Soleil ; le passage a lieu à lO** 51". En trois mois l'avance est de 6 heures, et le passage s'effectue à 4'' 55" du soir. En six mois l'avance est de 12 heures, et le passage au point culminant a lieu à iO'* 55™ du matin, le 22 septembre. Passant à son point culminant le 22 septembre à 10*" 55" du matin, le l" de ce mois, le même passage a lieu à midi 20. Son passage inférieur s'effectuant à douze heures de différence, nous

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