‹ Histoire du cielChapitre 47 sur 151 · LA SPHÈRE CELESTE ARABU · texte numérisé non relu

LA SPHÈRE CELESTE ARABU

bibliothèque nationale, ajouta l'astronome en tirant une feuille de son carton. Voyez, madame la marquise, les belles figures !

— Comment les trouvez-vousî fit la marquise en riant aux éclats. A-t-il l'air terrible, ce Persée avec sa triple tête de iMédusel

— Je les trouve suffisamment naïfs, répondit le député en présentant la carte au navigateur.

— Et le Cocher du bas! Et les Gémeaux! fit la femme du capitaine.

— Et Andromède appuyée sur la Baleine I s'é:ria le comte.

— Toutes ces variantes, reprit l'astronome, confirment l'idée d'une origine unique de la sphère céleste dans l'Orient.

Les régions par lesquelles a dû passer la sphère avant d'arriver à la Grèce, à l'Italie et à la France, nous sont du reste un indice de la marche qu'elle a dû suivre antérieurement à son introduction en Grèce. Deux opinions, dont la seconde me paraît la meilleure, peuvent

être mises en présence ici et résultent des recherches que j'ai faites à ce propos. L'une suppose qu'elle est née sous les latitudes tropicales de la haute Egypte, voire même de la liante Ethiopie. Elle a été soutenue par la plupart des rares historiens qui se sont occupés de cette question. L'autre, à laquelle on n'a pas beaucoup songé et qui nie parait cependant la plus probable, serait de continuer de remonter toujours vers Torient et sous les latitudes tempéhées pour trouver l'origine des premières observations astronomiques et de la sphère. Ces deux hypothèses sont bien distinctes puisqu'elles désignent chacune une race différente.

Il existe un vide de près de 90 degrés formé par les dernières constellations du système vers le pôle austral, c'est-à-dire par le Centaure, l'Autel, le Sagittaire, le Poisson austral, la Baleine et le Vaisseau (supposé flottant) ; or dans un plan systématique, aucun vide ne devait avoir lieu d'un pôle à l'autre, si l'auteur avait été placé près de Téquateur; car alors l'ensemble des étoiles australes se développant à ses regards, elles auraient été comprises dans son système, puisqu'il n'y a pas de raison de croire qu'il n'ait pas fait descendre ses emblèmes jusqu'aux bornes de son horizon. Mais un pays d'une latitude assez élevée pour ne pas voû* les étoiles- du pôle austral ne peut appartenir ni aux Égyptiens, ni aux Chaldéens. On doit donc chercher la cause de ce vide dans une contrée plus septentrionale.

Et ce vide dans la partie australe du ciel, est resté dans le même état jusqu'à la découverte du cap de Bonne-Espérance, excepté que l'étoile Canopus a été renfermée dans la constellation du navire Argo et que le fleuve Éridan a reçu une extension considérable et arbitraire ; car dans l'origine il devait se terminer vers le 40* degré.

Court de Gebelin, ajouta l'astronome, confirmerait mon opinion par son interprétation de la fable du Phénix. On a donné diflerentes explications de cette fable, et la plus vraisemblable est celle où le Phénix est l'emblème d'une révolution solaire, qui renaît au moment qu'elle expire. En eflet, le Phénix, unique comme le Soleil, brille des couleurs de la lumière. Les anciens Suédois ont dans leur Adda une fable pareille. Ils parlent d'un oiseau dont la tète et la poitrine sont couleur de feu, la queue et les ailes bleu céleste. Il

vit trois cents jours, après lesquels, suivi de tous les oiseaux de passage, il s'envole en Ethiopie, y fait son nid, s'y brûle avec son œuf, des cendres duquel il sort un nouveau phénix qui revient vers le septentrion. Il est visible que les peuples du Nord et les Égyptiens ont eu les mêmes idées, ont peint le même objet, soit en faisant voyager leur oiseau vers le midi, soit en le recevant du nord, où de longues ténèbres semblent placer l'empire de la nuit. Le Phénix est un emblème de Tannée et de la marche du Soleil, qui n'a pu être inventé que par les nations septentrionales.

L'astronomie vient appuyer la tradition par des faits ; Ptolémée rapporte dans ses calendriers des observations du lever et du coucher des étoiles, faites sous le climat de seize heures, c'est-à-dire sous le parallèle de 49^ Le livre de Zoroastre est la loi de l'Asie occidentale. On y lit que le plus long jour d'été est double du plus court jour d'hiver. Ceci détermine le climat où le livre de Zoroastre a été composé, d'où cet ancien philosophe a recueilli les connaissances qu'il nous a transmises. Il n'y a que le climat où le plus long jour est de seize heures, et le plus court dé huit, qui puisse satisfaire à cette condition : c'est toujours la latitude de 49\ D'où résulte que ce n'est pas dans l'Egypte, dans la Perse, dans la Chaldée, dans les Indes, à la Chine, mais sous ce parallèle et vers le nord, que l'on doit chercher l'origine de ces anciennes connaissances.

Selon Diodore de Sicile, une nation de cette partie du monde, les hyperboréens, disaient que leur pays est le plus près de la Lune, dans laquelle on découvre clairement des montagnes semblables aux nôtres, et qu'Apollon y descend tous les dix-neuf ans, qui sont la mesure du cycle lunaire. Groira-t-on qu'au siècle de cet historien, la période de Meton était déjà portée dans le nord de l'Asie et avait eu le temps d'y donner naissance à cette fable ? Les fables sont des témoignages d'antiquité. Le cycle de dix-neuf ans était donc connu chez les nations septentrionales.

— J'avoue, dit l'historien, que j.e préfère pour ma part l'autre hypothèse qui placé au sud de TÉgypte l'origine de la sphère et des sciences.

Lorsque Memphis eut été embellie et fut devenue un séjour agréable, les rois abandonnèrent Thèbes pour venir s'y lixer. Thèbes diminua et Memphis s'accrut, jusqu'au temps d'Alexandre, qui, ayant

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bâti Alexandrie sur le bord de la mer, fit déchoir Memphis i son tour ; en sorte que la prospérité et la puissance ont historiquement descendu d'échelle en échelle le long du Nil. Les témoignages des auteurs sont positifs à cet égard. « Les Théhains^ dit Diodore, se regardent comme les plus anciens peuples du monde, et ils disent que la philosophie et la science des astres ont pris naissance chez eux. Il est vrai que leur situation est infiniment propre à l'observation des astres : aussi font-ils une distribution des mois et de Tannée plus exacte que les autres peuples, etc. »

Ce que Diodore dit expressément des Thébains, tous les auteurs et lui le répètent des Éthiopiens; et Tidentité dont j'ai parlé y trouve de nouvelles preuves. « Les Éthiopiens, reprend -il, se disent les plus anciens de tous les peuples, et il est vraisemblable qu'étant nés dans la route du Soleil, sa chaleur les a fait éclore avant les autres hommes....

— La chaleur du soleil qui fait éclore les hommes? voilà une bonne idée! fit en riant le député interrupteur.

— Hérodote comme Diodore en disent bien d'autres 1 répliqua l'historien. Mais j'en reviens à mon Egypte : ces Éthiopiens, dit Lucien, ont les premiers inventé la science des astres, et donné aux étoiles des noms tirés des qualités qu'ils croyaient y voir, et non pas des appellations sans objet; et c'est d'eux que cet art passa, encore imparfait, chez les Égyptiens leurs voisins. »

Il serait facile de multiplier les citations sur ce sujet; il me semble donc que l'on a les plus fortes raisons d'établir le berceau des sciences dans le pays voisin du Tropique.

— Vous avez, répliqua l'astronome, d'excellents défenseurs de cette hypothèse. Volney, le premier en tête, vient de vous fournir les arguments. Moi, je n'ai pas de moins bonnes raisons pour soutenir mon opinion. Pour vous, la marche des progrès de l'esprit humain va du sud au nord. Pour moi, elle va de l'est à l'ouest. Je vous en ai fourni des preuves de divers. ordres et cependant bien concordantes.

— Je suis de l'avis de notre astronome, fit le capitaine de frégate. Mais je lui demande de définir nettement sa conclusion sur le pays originaire de la construction de la sphère céleste.

LB ntmtSR TKItCt DK LA SPHi^RE CiLESTK. (P. 135.)

— La Sphère céleste, répondit rastronome, a dû être formée par un peuple arrivé à un haut degré de civilisation, qui habitait vers l'intersection du 38* degré de latitude boréale et du 68* degré de longitude orientale.

Cette région, située au cœur de la vieille Asie, est assise sur le versant septentrional des hautes chaînes qui bordent vers l'ouest les monts Himalaya et sur les sources du fleuve Oxus, au sud-est de Samarcande. C'est de là que tous les peuples descendent. Là s'ouvrent : à Test la Chine immense, au sud-est le Tibet, au sud Tlndoustan, au sud-ouest l'Afghanistan, à l'ouest, d'une part, la Perse qui mène à V Arabie, à la Chaldée et à V Egypte^ et d'autre part la mer Caspienne dont les rives en s'inclinant vers le couchant au sud du Caucase conduisent aux régions de l'Asie Mineure , de la Grèce, de Yltaliey de la Germanie et de la Gaule.

— Je vois, répondit l'historien, que vous tenez à vos opinions, car il me semble que si vous remontez à ces régions pour y voir l'origine de la civilisation, c'est, comme dans notre seconde soirée, pour célébrer en passant la souche des Gaulois.

— Et en effet, répliqua l'astronome, ne convenez-vous pas vousmêmes que les premiers hommes qui peuplèrent le centre et l'ouest de l'Europe, furent les Gaulois, nos véritables ancêtres; et que leur sang prédomine de beaucoup dans ce mélange successif de peuples divers qui a formé notre nation? Leur esprit est toujours en nous. Leurs vertus et leurs vices, conservés au cœur du peuple français , et les traits essentiels de leur type physique, reconnaissables sous la dégénération amenée par le changement des mœurs et par le croisement des populations, attestent encore cette antique origine.

' Cette brillante race gauloise, qui a sillonné l'ancien monde en tous sens de ses colonies guerrières, qui a écrit partout ses traces dans les nomenclatures géographiques de l'Europe et de l'Asie occidentale, et qui, cédant enfin, pour un temps, au seul génie de Rome, a gardé son indestructible personnalité sous les Romains comme sous les Germains, cette brillante race appartenait à la grande famille indo-européenne ou japétique, dont l'Arie, ten^e sainte des premiers âges, paraît avoir été le berceau. Les langues gauloises, le

grec, le latin, le tudesque, les langues slaves, sont liées par une lointaine parenté avec les idiomes sacrés des brahmanes et des mages, le sanscrit et le zend, et semblent dérivées d'une langue mère disparue dans les profondeurs de l'antiquité première. Les Gaëls ou Gaulois primitifs durent quitter les plaines natales de la haute Asie avec les aïeux des Grecs et des Latins. Marchant toujours devant eux vers les lieux où le soleil se couche, franchissant hardiment les fleuves et les bras de mer dans de fragiles esquifs, ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils eurent rencontré ces abîmes du grand Océan que le seul Colomb devait nous apprendre à franchir. Les traditions les plus reculées nous montrent les tribus des Gaëls couvrant la face de l'Occident, depuis les îles d'Ërin et d'Albion jusqu'aux vastes régions transrhénanes et danubiennes. Ils avaient occupé, dans des âges antérieurs à toute histoire, les forêts et les déserts qui devaient être un jour la France.

Des antiques plateaux de l'Asie sont ainsi descendues les connaissances astronomiques puisées sous ces latitudes tempérées; la sphère constellée qui trône encore aujourd'hui dans les salles de nos observatoires d'Europe nous conserve dans son ensemble le globe grossièrement dessiné il y a plus de soixante siècles par nos aïeux. Mais pouf venir lentement du fond de l'Asie jusqu'ici, elle a passé par la Perse, la Chaldée, l'Egypte et la Grèce, modifiée çà et là selon le goût des siècles et des hommes. Nous avons déjà conclu dans notre troisième soirée que la Bible des Aryas remonte à 15000 ans de date; nous avons retrouvé des observations astronomiques chinoises de près de 5000 ans. Nous avons reconnu des traces de l'astronomie égyptienne et chaldéenne de plus de 4000 ans. Que nous faudrait-il de plus pour saluer dans l'astronomie la reine des sciences, la mère de la civilisation, le premier flambleau des progrès de Thumanité? Sans elle nous serions encore à l'état de sauvages, plus misérables que les animaux eux-mêmes. Par elle au contraire l'esprit humain a pris possession du monde, et, se délivrant des terreurs causées par l'ignorance des phénomènes, a relevé vers le ciel sa tête indépendante....

Mais nous allons suivre mieux encore l'histoire de l'astronomie dans la discussion du Zodiaque.

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