‹ Histoire du cielChapitre 6 sur 151 · X CAUSERIE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

X CAUSERIE PRÉLIMINAIRE

permets de publier aujourd'hui, en répondant, avec trop de Confiance peut-être, à Tinvitation sympathique d'un éditeur ami des lettres. Je crains en effet de n'avoir pas rendu exactement l'exposition variée et savante de Y Histoire du Ciel. Je crains que la forme d'entretiens que j'ai dû laisser dans son élat primitif ne paraisse surannée. Plusieurs des questions traitées dans ces conversations ne sont pas encore absolument résolues pour cela, et peuvent donner cours à de nouvelles discussions, à de nouvelles critiques. Malgré ces imperfections, je me suis décidé néanmoins à livrer au public ces études, dont le principal avantage est de faire passer en revue presque tous les systèmes imaginés par les hommes sur l'univers, sur sa forme, sa construction, son état, ses origines et ses destinées futures.

En effet, les pages qui vont suivre dérouleront l'histoire populaire de l'Astronomie, depuis l'époque antique où les hiérophantes chaldéens observaient les astres du haut de la tour de Babel, jusqu'aux temps modernes où le génie humain a su pénétrer les secrets du Créateur et découvrir le véritable système du monde. L'antiquité primordiale de l'Astronomie, l'origine de la sphère et des constellations, les idées des anciens sur l'univers, l'astrologie, le ciel du paganisme et du christianisme, les formes supposées à la terre jusqu'à Christophe Colomb, l'arrangement religieux et astronomique du ciel jusqu'à Copernic, les voyages imaginaires faits dans le ciel et sur la terre, et même dans les régions mystérieuses de l'autre monde, etc., etc., tous ces panoramas de la science et de 1 érudition constituent un spectacle immense, dans lequel on verra se révéler pour ainsi dire toute l'ume de l'Humanité, avec ses aspirations et ses défaillances, ses inquiètes curiosités et ses angoisses,

CAUSERIE PRËLIMINAIRË. XI

avec son suprême désir ^ jamais satisfait^ de connaître^ de savoir, et de régner.

Un dernier mot au lecteur. Les entretiens qui suivent étant à peu près la reproduction de ces soirées, et ce livre se trouvant ainsi par son mode de rédaction particulièrement approprié au ton des lectures en famille, j'oserai terminer cette causerie préliminaire en conseillant à mes lecteurs de ne lire cet ouvrage qu'en raison d'un chapitre par jour. Tel est en effet le nombre des documents rassemblés dans chacune de ces XYI soirées, que très-certainement ce sera pour le lecteur le plus assidu et le plus avide un travail déjà suffisant d'absorber successivement chacune de ces études, et d y réfléchir ensuite à son aise sans se fatiguer par une trop rapide lecture.

Puisse cette histoire populaire de l'Astronomie faire connaître et admirer la grandeur des travaux pacifiques de l'esprit humain, dont le génie persévérant est parvenu à découvrir la merveilleuse construction de l'univers! Puisse cet écho de nos causeries des bords de la mer susciter des goûts élevés et des entretiens instructifs, et faire aimer la science sublime qui, en nous affranchissant, nous a initiés aux mystérieuses splendeurs de la nature !

Paris, septembre 1872.

QUE NOUS SOMMES ACTUELLEMENT DANS LE CIEL ET QUE LA TERRE EST LN ASTHE-

Les appareni:es : la Terre parall Tormer U partie brérieure du monije ; tes astres et le Ciel panis^nt former la partie supérieure. — La réalité : posiiiou de la Terre <lans l'csi^ace et son mouvement autour Ut Soleil. Les autres mondes planétaires. Les étoiles. — Phénomènes célestes cauaé^ par le moivemenide la Terre autour du Soleil. Translations appa^cniea du Soleil, de la Lune et des planètes la 1oi}g du ZoSiaijtte. — E'erspectives célestes. — Idées primitive], astronomiques et religieuses, enj;endr£es par l'obscrvalioc de ces oiouverLCnts.

Les circonstances qui nous avaient réunis au bord de la mer et ([ui ont donné lieu aux entretiens suivants, ont été rapportées dans notre causerie préliminaire. A Tlieure où ces entretiens commencent, i'Asironome, assis dans son vieux fauteuil de chêne, contemplait d'un air pensif le reflet rougeàtre des eaux lointaines, et tais-

sait ses regards errer vaguement à Thorizon. Nous étions assis assez irrégulièrement, de petites tables sur lesquelles le thé devait être servi avaient été disposées devant la façade du chalet. Un grand silence planait sur la montagne, et loin de le troubler, le bruit montant de la mer semblait plutôt l'augmenter encore. Gomme la réunion était au complet, et que les conversations particulières s'évanouissaient pour faire place à l'entretien scientifique, l'astronome commença à peu près dans les termes suivants :

Le Soleil vient de descendre sous l'océan, dit- il, sans détacher ses yeux de l'horizon rouge et en indiquant de la main le point où Tastre avait disparu ; son passage reste encore tracé dans le ciel du couchant par des lignes de feu qui en rougissent les nuées ; le dieu du jour trône maintenant sur le méridien d'autres peuples, et le crépuscule, qui vient à sa suite, répand déjà ses voiles à travers notre atmosphère. Le croissant de la Lune devient plus vif et verse une clarté argentée dans Tair tranquille. On distingue les plus brillantes étoiles, Arcturus, Véga, Capella, les sept de la Grande-Ourse, et même déjà l'étoile polaire et Gassiopée. La mer ne mugit pas ce soir, et semble apaisée, comme si le recueillement de la nature en cette heure silencieuse l'invitait à être attentive avec nous au spectacle du ciel étoile; ses lames viennent doucement s'éteindre sur le rivage, et l'on n'entend que le bruit cadencé du flot qui arrive .et se retire. Ne croirait-on pas que cette scène a été préparée exprès pour nous ce soir? L'air, d'une transparence limpide, est illuminé de tièdes clartés et parfumé de la senteur sauvage des petites plantes dont les falaises sont tapissées. Depuis bien longtemps le Soleil, la Lune, les étoiles, le Giel et tous ses mondes, semblent ainsi se lever, briller et se coucher...; depuis bien longtemps les constellations s'allument le soir sur la tête des humains, et s'avancent en silence de l'orient à l'occident...; depuis longtemps les vagues de la mer viennent caresser le dur granit de ce rivage...; et depuis longtemps aussi des hommes ont élevé, comme nous le faisons ce soir, leurs yeux interrogateurs vers la voûte mystérieuse du ciel, se demandant en quoi consiste ce firmament étoile, et quelle est la condition de la Terre au milieu de ces mouvements universels.... Il

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