SEPTIÈME SOIRÉE. — NATURE DU CIEL
Les anciens croyaient que le ciel était en mouvement, non-seulement parce qu'ils voyaient ce mouvement de leurs yeux, mais parce qu*ils croyaient ce ciel animé, et qu'ils regardaient le mouvement comme l'essence de la vie. Us jugeaient de la rapidité du mouvement du huitième ciel par des moyens assez ingénieux. Ils sentaient qu'elle était plus grande que la vitesse d'un cheval, d'un oiseau, d'une flèche, et même de la voix. Gléomène remarque que lorsque le roi de Perse porta la guerre dans la Grèce, on avait placé des hrmmes de distance en distance, qui pouvaient entendre leurs voix et faisaient passer des nouvelles d'Athènes à Suze. Or, ces nouvelles étaient deux jours et deux nuits à y parvenir. La voix ne parcourait donc dans cet intervalle de temps qu'une petite partie de ce que la sphère du premier mobile parcourait deux fois.
•^ On était encore loin du télégraphe 1 interrompit le député.
— Les Chaldéens, ajouta l'historien, établissaient trois cieux différents. Le ciel empyrée, le plus éloigné de tous; ce ciel, qu'ils appelaient aussi firmament solide, est de feu, mais d'un feu si rare et si pénétrant qu'il traverse facilement tous les autres cieux, et se répand partout : c'est ainsi qu'il vient jusqu'à nous. Le second est le ciel éthéré, où est la sphère des étoiles, formées des parties les plus compactes et les plus denses de ce feu. Enfin, le troisième ciel est celui des planètes. On a vu plus haut que lesPersesdonnaient un ciel particulier au Soleil et un autre à la Lune. Ce firmament solide et de feu est sans doute le ciel de la lumière première des Perses, mais les Chaldéens ont ici rectifié leurs idées.
Le système qui régna le plus universellement et le plus longtemps est celui qui place au-dessus — ou autour — du firmament solide un ciel d'eau (dont la nature n'est pas expressément définie) ou ciel aqueux ; autour de ce ciel, un premier mobile, moteur de tous les mouvements ; et autour de tout cet ensemble, le ciel empyrée ou séjour des bienheureux. J'ai du reste, ajouta l'astronome, eu le plaisir de trouver ce matin dans la bibliothèque du château la plus ancienne encyclopédie scientifique imprimée , la Margarita philosophica dont parle Humboldt dans son Cosmos. Sa rédaction est du quinzième siècle, et antérieure de deux siècles à l'adoption du véritable système du monde. Eh bien, voyez cette page et ce dessin : ces onze
LES CIEUX SOLIDES DES ANCIENS. Ml
deux nous représentent la structure du ciel des anciens. L'univers est terminé par une sphère extérieure solide, — base de l'empyrée, — au-dessous de laquelle vous voyez indiquée la sphère qui donne le mouvement, puis la sphère d'eau, puis le firmament de crislal. C'est en dedans que circulaient les planètes.
— C'est la déesse de l'astronomie qui est naïve 1 fît le capitaine.
— Et le vieil Atlas avec ses bras étendus i ajouta la jeune fille.
— Ce système, dont on retrouve encore les vestiges authentiques dans les vieux traités ptolémalques, reprît l'astronome, régna plus de deux mille ans. On le prenait à la lettre. Tenez! ajouta-t-il en feuilletant ce vieux livre imprimé à Fribourg en 1503, le diapitre sur le séjour des Bienheureux mériterait à lui seul une soirée d en-
trellen. Nous y lisons qu'il a été peuplé d'anges dès le premier jour de la création, qu'il est à la fois solide et limpide, qu'il survivra à la lin du monde.... Ce ciel empyrée est immobile. Le mouvement commence au dixième ciel, au premier mobile, sphère solide qui tourne en 24 heures autour de l'axe du monde, figuré ici par Atlas en personne.
Dans l'astronomie moderne, les mots aa^ du monde n'impliquent pas ridée de l'existence d'un axe matériel. Les anciens, au contraire, croyaient que le mouvement de révolution du Ciel s'opérait en réalité autour d'un axe solide, pourvu de pivots tournant dans des crapaudines fixes. Vitruve, l'architecte d'Auguste, l'enseigne expressément dans les paroles suivantes :
< Le Ciel est ce qui tourne incessamment autour de la terre et de la mer sur un essieu, dont les extrémités sont comme deux pivots qui le soutiennent ; car en ces deux endroits la puissance qui gouverne la nature a fabriqué et mis ces pivots comme deux centres, dont l'un va de la terre et de la mer se rendre au haut du monde, auprès des étoiles du Septentrion ; l'autre est à l'opposite, sous terre, vers le midi; et autour de ces pivots^ comme autour de deux centres, elle a mis de petits moyeux pareils à ceux d'une roue ou d'un tour sur lesquels le ciel tourne continuellement. *
— C'est Vitruve qui parle ainsi? fit l'historien.
— Lui-même, répondit l'astronome, et il ajoute plus loin que si les planètes ne s'écartent pas du Zodiaque dans leur cours, c'est parce que l'obscurité les en empêche, et qu'elles ne sauraient plus se conduire.
— Je ne m'étonne point de ces antiques inepties lorsque je songe que les évèques du quatrième au treizième siècle ont traité « d'imbéciles » les philosophes qui croyaient aux antipodes, fit le capitaine.
— L'ignorance excuse toutes ces curieuses divagations , répondit l'astronome. Mais leur revue est fort instructive au point de vue historique.
Combien d'idées naquirent spontanément dans l'imagination humaine pour l'explication des faits observés 1 Sur la nature de la Voie lactée seule, mille opinions se sont ensuite accréditées sans raison