IDÉES MÉTAPHYSIQUES SUR LE MONDE
est enim numéro Platonis obscurius, Sextus Empiricus remarque que la plupart des interprètes de Platon n'ont osé toucher cette partie. Aristote a pris ces' nombres à la lettre et les a réfutés; d'autres les ont considérés comme emblématiques, mais il faudrait du moins que cet emblème pût être entendu. Quel sens peut-on tirer de cette division de l'Ame, coupée selon sa longueur? de ces deux branches croisées qui formaient deux cercles, l'un extérieur, l'autre intérieur, qui se mouvaient en sens contraire, et qui étant de valeur et de force égales, devaient détruire mutuellement leur mouvement? Que devient l'idée de cette première portion de substance divine attachée au centre et représentée par 3S4? Que deviennent les degrés de TAme du monde selon les proportions musicales ?
— Et tout cela faisait de la musique I dit la marquise.
— Il y avait, répondit l'astronome, un ton de la Terre à la Lune, un demi-ton de la Lune à Mercure, un demi-ton de Mercure à Vénus, un ton et demi de Vénus au Soleil, un ton du Soleil à Mars, un demiton de Mars à Jupiter, un demi-ton de Jupiter à Saturne, un ton et demi de Saturne aux étoiles fixes. Voilà ce qu'ont enseigné les successeurs dé Pythagore. On appliqua ces rapports aux distances en supposant 126 000 stades ou 4762 lieues pour Tintervalle d'un ton. On comptait ainsi 16 670 lieues de la Terre au Soleil, et la même distance du Soleil aux étoiles.
— Platon dans sa République, reprit le professeur, enseigne que chacune des sphères célestes fait sa révolution en portant une 5frrn^; que ces sirènes chantent toutes sur un ton différent, et forment par la réunion de ces divers sons un concert agréable. Que ravies elles-mêmes de leur harmonie, elles chantent les choses divines, et accompagnent leurs chants d'une danse sacrée. Les anciens avaient aussi imaginé neuf muses, dont huit veillaient, suivant Platon, sur les choses célestes, tandis que la neuvième présidait aux choses terrestres pour en bannir le désordre et l'inégalité.
Ératostène décrit aussi cette gamme céleste. De la Terre à la Lune il y a 126 000 stades ; ce qui fait un ton. De la Lune à Mercure il n'y a que la moitié de cette distance, ou un demi-ton; de Mercure à Vénus, un autre demi-ton; de Vénus au Soleil, un ton et demi; du Soleil à la planète de Mars, un ton ; de Mars à la planète de Jupiter, un
demi-ton; de Jupiter à Saturtie, un demi-ton; de Saturne au Ciel des étoiles fixes, encore un demi-ton. Ce qui formait en tout, depuis la Terre jusqu'aux étoiles fixes, la valeur de six pour toute l'étendue de la sphère ; et c'était de ces six tons qu'était composé le prétendu concert que Pythagore entendait. Pline faisait monter le nombre des tons à sept, mettant un ton et demi de Saturne au Ciel des étoiles fixes.
Cicéron et Macrobe ont aussi donné une étendue de sept tons à l'harmonie de ce concert. De si grands mouvements, dit Cicéron, ne peuvent se passer dans le silence, et il est naturel que les extrémités aient de^ sons opposés, comme dans l'octave. Le Ciel des étoiles fixes doit donc exécuter le dessus, et la Lune la partie de la basse.
— Kepler a renchéri sur cette idée, répliqua l'astronome, en disant dans ses Harmonices Mtmdi que dans le concert planétaire Saturne et Jupiter font la basses Mars le ténor ^ la Terre et Vénus le contralto^ et Mercure le soprano.
— Mais personne n'a jamais entendu ces accords? demanda la fille du capitaine.
— Non, certainement. La raison, d'après Pythagore lui-même, était que toujours plongés dans cette constante mélodie, nos oreilles y sont accoutumées depuis notre naissance, de telle sorte que n'ayant pas de point de comparaison difiërent, nous ne pouvons la percevoir.
Le système de Timée de Locres se résume en ceci : • La Lune étant la plus voisine de la Terre, achève son cours périodique en un mois.'Le Soleil, qui est après elle, achève le sien en un an.
< Il y a deux astres, Mercure et Junon, qui accompagnent le Soleil. On appelle souvent la dernière Vénus et Lucifer. Le pâtre simple, le vulgaire ignorant, n'est pas capable d'entrer dans le sanctuaire de l'Astronomie, ni de connaître les levers occidentaux et orientaux des astres. Le même astre a quelquefois un lever occidental, lorsqu'il suit le Soleil à la distance nécessaire pour n'être pas absorbé dans ses rayons ; et quelquefois oriental , lorsqu'il le précède, et qu'il brille dans l'aurore. Ainsi l'astre de Vénus devient Lucifer plusieurs fois dans l'année, parce qu'il accompagne le Soleil. Il n'est pas le seul. Tout astre qui précède le Soleil sur f horizon est Lucifer^ parce qu'il annonce le jour.