LE RÈGNE DE PTOLËMËB. 23S
sdences, comme les hommes, ont leur enfance. Quand on arrête ses regards sur les premiers développements de l'esprit humain, il faut lui pardonner ses erreurs, ses essais maladroits, et jusqu'aux faux pas qu'il a pu faire dans une route où il s'est acquis tant degloire.... — Voilà, j'espère, dit l'historien, un choix particulièrement riche des témo^nages qui constatent le règne souverain du système de Ptolémée.
Le règne du systùme de Ptolémée.
Fic-simile d'un deisiu emblématique de la Margarita phitaiophiea (IbOS).
— n était important de les établir ici, répliqua l'astronome. On retrouve du reste la personnification de ce long règne dans tous les anciens ouvrages astronomiques, entre autres, dans la Margarita phiiosophica que nous avons consultée l'autre soir. Maintenant que
nous connaissons, aussi complètement que si nous avions vécu à ces époques, le long règne du système de la Terre centrale et du ciel humain sur l'antiquité et le moyen âge, nous arrivons à l'établisse-^ ment du véritable système du monde par Copernic, et au règne brillant de l'astronomie Aioderne , perpétué par les conquêtes intellectuelles de Galilée, Kepler, Newton, Laplace, et d'autres grands astronomes philosophes.
— L'examen du lent et difficile établissement du système de Copernic ne va-t-il pas nous demander beaucoup de temps et d'attention? fit le capitaine.
— Sans doute, répondit l'astlronome. Trois quarts d'heure ou une heure peut-être.
—Eh bien! interrompit la marquise, voilà un gâteau Savarin qui perd son rhum et sèche sur place, ce qui n'est pas d'usage en basse Normandie. Je propose un entr'acte assaisonné de c baba » et de « thé chinois. »
L'entr'acte fut accepté. Dix minutes après, l'astronome ouvrit la thèse de Copernic à peu près dans les termes suivants :
— Nulle révolution ne s'accomplit, dans les sciences comme dans la politique, sans avoir été longuement préparée. La théorie du mouvement de la Terre avait été conçue, discutée et même enseignée bien des siècles avant la naissance de Copernic. Et pour le démontrer de suite, je vous présenterai l'ouvrage même de Copernic, De Revolutionibus orbium cekstium (première édition, de 1543), que j'ai retrouvé ce matin à la bibliothèque du château.
Tenez! ajouta-t-il, en posant sur la table un lourd in-octavo noir, voilà cette fameuse bible des astronomes, vénérable et immortelle.... Laissez-moi vous traduire d'abord un passage significatif du commencement :
« Je me suis donné la peine , dit Copernic , de relire tous les livres de philosophes que j'ai pu me procurer, pour m'assurer si j'y trouverais quelque opinion différente de ce qu'on enseigne dans les écoles relativement aux mouvements des sphères célestes. Et je vis d'abord dans Cicéron que Nicétas avait émis l'opinion que la