TRAVAUX DE COPERNIC. 2U
est souverainement ridicule (ttoivu YsXotoxaTov) . Car si nous leur accordions, ce qui n'est pas, que les corps les plus légers ne se meuvent point, ou ne se meuvent pas autrement que les corps de nature contraire, tandis qu'évidemment les corps aériens se meuvent avec plus de vitesse que les corps terrestres; si nous leur accordions que les objets les plus denses et les plus lourds ont un mouvement propre, rapide et constant, tandis qu'en réalité ils n'obéissent qu'avec peine aux impulsions communiquées, ces gens seraient obligés d'avouer que la Terre, par sa rotation, aurait un mouvement plus rapide qu'aucun de ceux qui ont lieu autour d'elle, puisqu'elle ferait un si grand circuit en si peu de temps. Les corps qui ne seraient pas appuyés sur elle paraîtraient donc toujours avoir un mouvement contraire au sien, et aucun nuage, ni rien de ce qui vole ou est lancé, ne paraitrait se diriger vers l'orient, car la Terre le précéderait toujours dans cette direction.
L'Almageste fut longtemps l'évangile des astronomes. Pour eux, l'hypothèse du double mouvement de la Terre n'était pas même une hardie innovation. A la juger sur les paroles de Ptolémée, elle n'était qu'une grosse absurdité : pour y croire il fallait être fou ou ignorant. Comprend-on maintenant le courage dont les astronomes de 1550 à 1650 ont fait preuve en la soutenant pendant ce premier siècle astronomique I Copernic ne s'y était pas trompé, car, après avoir rappelé les témoignages des anciens, favorables à son système, il continue : « £t moi aussi, prenant occasion de ces témoignages, j'ai commencé à méditer sur le mouvement de la Terre {cœpi et êgo de Terra mobiliiate cogUart), Et quoique cette opinion parût absurde {quamvis absurda of'inio videbatur)^ j'ai pensé, puisque d'autres avant moi ont osé imaginer un assemblage de cercles pour démontrer les mouvements des astres, que je pourrais me permettre aussi d'essayer si, en supposant la Terre mobile^ on ne parviendrait pas à trouver sur la révolution des corps célestes des démonstrations meilleures que celles dont on s'est contenté. Après de longues recherches, je me suis enfin convaincu que si l'on rapporte à la circulation de la Terre {Terrx circuUuio) les mouvements des autres planètes, le calcul s'accorde bien mieux avec l'observation.... Je ne doute pas que des mathématiciens ne soient de mon avis, s'ils veu-
lent se donner la peine de prendre connaissance, non pas superficiellemenii mais d'une manière approfondie, des démonstrations que je donnerai dans cet ouvrage. »
Ainsi s'exprime Copernic lui-même dans son exposition de sa théo ^ rie. Avec lui nous venons de retrouver les diverses racines du véritable système du monde dans le passé.
— Voltaire, dit l'historien, n'est pas absolument de cette opinion sur l'antiquité du véritable système du monde, et prétend que Copernic en est le véritable inventeur. < Le trait de lumière qui éclaire aujourd'hui le monde est parti, dit le grand écrivain, de la petite ville de Thorn. > Il tranche ailleurs la question en affirmant qu'une si belle et si importante découverte, une fois proclamée, se serait transmise de siècle en siècle, comme les belles démonstrations d'Archimède, et ne se serait pas perdue.
— La raison n'est pas convaincante, répliqua le professeur. Les hommes n'acceptent pas si facilement une vérité aussi éloignée des sens , et une erreur aussi ancienne que le monde ne s'arrache pas par un seul effort. Les philosophes de l'antiquité ont cru au mouvement de la Terre, et, sans qu'il soit possible de marquer l'origine de cette opinion, on voit qu'elle avait fait impression sur Archimède comme sur Aristote et sur Platon. Cicéron et Plutarque en parlent en termes très-précis. Cette théorie n'était donc pas nouvelle; mais le nombre de ses adeptes ayant diminué d'âge en âge, elle était complètement délaissée et comme éteinte dans l'oubli, lorsque Copernic, lui donnant une nouvelle vie, l'établit avec assez de fermeté pour y attacher son nom à jamais. Nous venons de voir d'ailleurs que Copernic a réfuté d'avance son trop exclusif admirateur, en rapportant avec une grande bonne foi les passages d'écrivains anciens où il a puisé la première idée de son système; les indications qu'il donne, malheureusement très-brèves, forment presque tout ce que nous possédons sur la marche secrète de son esprit.
— Ainsi, dit le député, il est entendu que la révolution opérée par le grand Copernic minait sourdement depuis bien des siècles, et qu'elle avait été retardée par les hommes qui prétendaient avoir le gouvernement des intelligences. Mais on m'a dit que le laborieux astronome