‹ Histoire du cielChapitre 9 sur 151 · NOUS VOYAGKONS DANS LE CIEL · texte numérisé non relu

NOUS VOYAGKONS DANS LE CIEL

gles de r Amérique, l'Europe déchiquetée dans ses rivages; l'Afrique ocrée, les bandes équatoriales, les zones météoriques. Notre attention chercherait à distinguer les plus petits détails de sa surface, entre autres, sans doute, une région verdoyante qui n'en occupe qu« la millième partie et qu'on appelle la France.... Mais quoi! voilà ce boulet tourbillonnant qui grossit, qui grossit encore I soudain il occupe la moitié du Ciel, se, dressey monstre colossal^ devant notre vision effrayée; nous percevons un instant le vague tumulte des bêtes féroces des tropiques et des hommes des régions tempérées ; mais déjà l'immense boulet, continuant son cours, passe et s'enfonce lourdement dans les profondeurs béantes de Vespace, Puis, se rapetissant à mesure qu'il s'éloigne, il disparaît de notre examen, laissant notre âme confondue dans la contemplation d'un pareil spectacle....

— Et nous sommes si tranquillement assis au bord de la mer I interrompit la marquise. Mais si l'on songeait à cela, on ne .dormirait plus.

— C'est sur ce boulet que nous rampons tous, disséminés autour de sa surface, comme d'imperceptibles fourmis, continua l'astronome, et emportés dans l'espace insondable par une force vertigineuse que l'i.nagination la plus puissante ne saurait suivre elle-même.

La vitesse qui emporte notre planète dans le vide sans bornes est de 27 500 lieues par heure, ou de 660 000 lieues par jour !...

Voilà comment nous voyageons sans cesse dans le Ciel, avec une rapidité qui dépasse autant la marche d'un train express, que celleci dépasse le pas tardif d'une tortue !

— C'est la première fois que cette vérité me frappe aussi fort, fit le professeur de philosophie.

— La Terre où nous sommes est donc un astre, continua le premier orateur, c'est là la vérité fondamentale dont nous devons bien nous pénétrer une fois pour toutes. Et comme notre globe, tous les astres innombrables, qui brillent soit de leur propre lumière soit d'une lumière empruntée, cette armée d'étoiles et de planètes, ces myriades de myriades de mondes Se meuvent dans tous les sens, dans toutes les directions, avec des vitesses analogues à celle que nous venons de constater pour la Terre, et souvent incomparablement su-

périeures encore; et dans le sein de TinGni ces millions de globes circulent comme des géants rapides à travers les immensités de l'espace, de telle sorte que pour l'œil qui saurait l'embrasser dans sa grandeur, l'étendue infinie serait sillonnée dans tous les sens par la multitude de ces corps formidables tombant les uns les autres dans l'abîme sans fond du vide éternel ! . . .

La ligne idéale parcourue en une heure par notre monde errant, est une ligne droite de 27500 lieues. Celle qu'il parcourt en un jour est encore presque une ligne droite. Mais le cours entier de la Terre est une ellipse, presque une circonférence, qui est accomplie en 365 jours 6 heures, et qui mesure 241 millions de lieues, cercle d'une telle étendue, qu'une longueur de cent mille lieues prise sur lui n'en manifeste pas la courbure !

Au centre de ce cercle gigantesque décrit par l'astre-Terre dans son cours formidable, réside le Soleil, globe immense relativement à celui que nous habitons, car si nous comparons les dimensions de la Terre à celles d'un boulet de canon, celles du Soleil seront représentées par un boulet de la grosseur du dôme du Panthéon. Le globe solaire est un million quatre cent mille fois plus gros que le nôtre et trois cent cinquante mille fois plus lourd. La distance qui nous sépare de cet astre central est de 38 millions 230 mille lieues. Cette distance est de l'ordre des grandeurs qui surpassent de trop haut nos conceptions habituelles pour être justement appréciées par notre trop fragile cerveau. En y réfléchissant longuement même, nous ne pouvons certainement pas arriver à nous représenter une ligne de 38 millions de fois quatre kilomètres. Aussi la jugerons-nous moins difficilement si nous nous figurons qu'un boulet de canon de 24, chassé par 6 kilogrammes de poudre, et qui marcherait avec une vitesse constante de 400 mètres par seconde, soit lancé pour traverser ce vide immense qui nous sépare du Soleil. Dès la première minute, il aura parcouru 24 kilomètres; dès la première heure, il aura franchi 360 lieues; après un jour de marche, il sera déjà éloigné de 8640 lieues. Or il lui faudra continuer son vol pendant des mois et des années ; à la fin de la première année, son cours mesurera une ligne de 3 155 760 lieues. Pour atteindre l'éloignement où réside le Soleil, pour mesurer notre ligne, ce projectile infatigable, gardant

Page 1