LA TERRE DANS LE CIEL. — PERSPECTIVES
avec lui sa force vive, devra voyager pendant douze ans et six semaines!... Si nous essayons de suivre un tel voyage par la pensée, nous nous formerons une idée moins vague de l'énorme vide qui sépare le globule terrestre du monde solaire.
C'est à cette distance que la Terre gravite autour du Soleil, avec la prodigieuse vitesse que nous avons appréciée tout à l'heure. On peut juger par là de quelle puissance est cette mystérieuse force d'attraction universelle, qui relie ainsi, à travers l'immensité, deux globes l'un à l'autre.
— Je crois vraiment, dit l'historien, que dans toute l'histoire des civilisations et des progrès de l'esprit humain, il n'y a pas un ordre de faits capable de rivaliser avec la simple vérité astronomique pour l'éloquence.
— Pour juger exactement les phénomènes célestes, reprit l'astronome, il est nécessaire que nous nous représentions bien clairement le Soleil, vaste globe immobile, et la Terre tournant en un an autour de lui, au sein d'un immense espace vide. Supposons donc que nous ayons sous les yeux la circonférence décrite par notre planète autour de son point central qui est le Soleil. Sachons maintenant que cette circonférence est isolée au milieu d'un vaste désert. Sur les confins de ce désert, au loin dans l'espacé, trônent d'autres soleils, disséminés dans toutes les profondeurs, mais si éloignés de nous qu'ils nous apparaissent seulement sous la forme de petites étoiles. Ces étoiles, par leurs positions réciproques et permanentes aux mêmes points de l'espace, dessinent certaines figures géométriques plus ou moins régulières, des triangles de différentes formes, des rectangles, des lignes courbes, droites ou brisées, etc., que les habitants de la Terre n'ont pu s'empêcher de remarquer, et qu'ils ont désignés sous le nom • de constellations. Or, comme la Terre décrit en un an une circonférence autour du Soleil, elle interpose tour à tour cet astre le long de la circonférence entière de constellations qui se trouvent sur le plan de l'orbite terrestre, c'est-à-dire sur le prolongement des rayons successifs qui vont au Soleil de chaque point occupé par la Terre dans son mouvement. Ces constellations forment une bande céleste qu'on appelle, comme nous le verrons plus loin^le zodiaque. Une comparaison fera du reste clairement saisir cet effet.
Supposons-nous sur la place de la Concorde, près de l'obélisque, et tournant autour de cette magnifique aiguille de pierre. Nous connaissons tous la place de la Concorde qui, il y a cent ans, se nommait place Louis XV, puis fut trop justement nommée place de la Révolution, et porta en 93 Téchafaud sur lequel tomba la tête de Louis XVL Au centre de cette place, Louis-Philippe P', roi des Français,—comme c'est sculpté en lettres d'or sur le granit du piédestal, —fit ériger l'obélisque amené de Louqsor, lequel obélisque, habitué jadis aux graves mystères de l'antique patrie des sphinx, ne cesse pas, depuis trente ans qu'il est là, de s'étonner du caractère frivole des Parisiens qui pullulent à ses pieds. Du côté du couchant, à Textréraité de la splendide avenue des Champs-Elysées, on voit posé dans sa grandeur et dans sa majesté, l'Arc de Triomphe de l'Étoile, le plus beau monument des temps modernes s'il ne représentait une gloire trop chèrement achetée. — Au sud, le Corps législatif veille sur les destinées de la France, et se raconte à lui-même des histoires pour occuper ses loisirs. — A l'est, le pavillon des Tuileries hisse son drapeau derrière le bois sombre et luxuriant. — Au nord, la Madeleine, monument élevé à Mars et surpris par un culte plus pur, élève son portique corinthien au delà de l'avenue ouverte par les deux édifices grecs de Louis XIV. Notre orientation faite, et étant convenu d'ailleurs que nous marchons autour de l'obélisque en décrivant un cercle, la place de la Concorde représente pour nous l'espace planétaire, l'obélisque sera le Soleil, nous sommes la Terre, et l'horizon parisien sur lequel nous venons de prendre quatre points principaux sera le cercle de constellations situé dans le prolongement du plan de l'orbite terrestre.
Nous arrivons , je suppose , du faubourg Saint-Germain ou du quartier Latin par le pont de la Concorde, et nous commençons notre marche circulaire de droite à gauche, comme si nous allions aux Champs-Elysées, mais en regardant toujours tobélisqut. Or voici les remarques inportantes qui vont nous établir en petit la marche du Soleil suivant les signes du zodiaque, ou celle de l'obélisque se projetant par suite de notre translation sur les objets, les arbres et les édifices situés de l'autre côté de lui en face de nous.
Dans notre première position, nous sommes placés entre le Corps