‹ Histoire du collège de ChinonChapitre 13 sur 34 · PLAN D'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

PLAN D'ÉDUCATION

Quel but se proposent les parens dans l'éducation qu'ils donnent à leurs enfans? De leur former un tempérament robuste, de leur donner des mœurs pures, de développer le germe de leurs talents. de les mettre enfin en état de remplir avec succès les différentes places auxquelles ils peuvent être destinés.

L'Education se divise donc naturellement en trois branches. L'éducation physique, morale et littéraire, auxquelles on en peut ajouter une quatrième. L'éducation sociale.

Education physique.

Un air pur, une nourriture saine et abondante, une grande propreté, un exercice modéré, sont les plus sûrs moyens de conserver la santé des enfans et de leurs former un bon tempérament.

Le Collège de Chinon réunit tous ces avantages. La situation de cette ville, dont la Vienne baigne les murs, est assez connue. On se dispensera de faire l'éloge de la beauté de ses différents sites et du pyttoresque de sa vue à l'arrivée de Saumur et de Richelieu. La salubrité de son atmosphère est une suite nécessaire de la bonté de son sol. Les comestibles y sont de la meilleure qualité, surtout ceux du règne végétal. Rien de si parfait que les légumes et les fruits de cette belle contrée.

On veillera à ce que la nourriture des enfans soit plus solide que délicate, de bon pain de pur froment, peu de viande, mais de bonne qualité, de bon vin mêlé d'eau en seront la base. On y joindra le plus souvent des légumes, des salades et des fruits, surtout pendant l'été; le sang alors desséché par une transpiration continuelle, a besoin sans cesse de réparer sa fluidité.

Pour la propreté et le bon ordre, chaque enfant a son lit dans des salles propres et aérées, sous la surveillance d'un Régent. Ils sont peignés exactement tous les jours, par des femmes à ce destinées. On a soin de les faire changer de linge assez souvent- pour les tenir dans une parfaite propreté.

Une cour grande, spacieuse, en bel air et dégagée des bàtimens, leur facilite les moyens de se livrer, pendant les récréations, à des exercices propres à aider le développement de leur physique. On leur accorde deux promenades par semaine, et souvent dans les beaux jours, on les fait sortir l'après-souper, pour leur faire respirer l'air frais de la campagne, et toujours accompagnés d'un ou plusieurs instituteurs qui savent mettre à profit ces momens de loisir et de délassement en aiguillonnant la curiosité des élèves sur quelques faits d'histoire naturelle qu'ils se font un plaisir de (Ji si Miter avec eux.

Education morale.

Un des principaux objets de l'éducation est de former le cœur des enfans; c'est le but de la morale; elle est plus de pratique que de théorie. Ne chargeons pas la mémoire de nos enfans de sentences et de maximes; disposons leur âme, par la pratique de toutes les vertus, à recevoir les bons principes, comme on prépare une terre avant d'y répandre la semence qui doit l'enrichir.

Toutes nos actions ont une fin particulière, '-t. comme ces iin>. tendent à un but général qui est le bonheur. Ce n'est pas dans la Bn que nous nous trompons, c'est dans le choix des moyens. Par les fausses idées que nous avons des biens et des maux, nous Bons presque toujours sans Bavoir ce qu'il faut désirer, ce qu'il faut craindre.

Distinguer 1rs vrais biens des biens apparens, tel est l'objet de la morale. Chercher sou bonheur dans la pratique de ses devoirs envers Dieu, envers 1rs hommes, telle est la fin <pi elle se propose.

La religion, Bource de tant •!<' consolations, <l<>ii être la base d'une bonne éducation; on s'attachera à la faire connoître aux enfans telle qu'elle est : grande, belle, douce, bienfaisante; on leur en développera les grands principes; on les instruira de ses principaux dogmes ; on 1rs disposera, pardes instructions fréquentes, à s'approclirr dignement des sacrements, unique moyen d'en espérer du fruit; on leur fera goûter la morale sublime tir l'évangile; on les accoutumera de bonne heure à en pratiquer imites 1rs vertus.

L'homme est né pour la société : en cet état, il a des droits a exercer, des devoirs à remplir. Les droits dv l'homme, les devoirs du citoyen, feront donc une partie essentielle de l'instruction morale de ims élèves.

Education littéraire.

On ne peut se dissimuler combien cette partir d>> l'éducation est vicieuse dans la plupart de dos collèges, i m consume les plus belles années des enfants a leur apprendre une langue morte, qu'ils ne savent jamais que très imparfaitement, et qu'ils pourraient apprendre d'une manière plus expéditive et sans dégoût par des méthodes mieux combinées. « >n néglige presque partout la langue nationale, ou on n'en donne qu'une connoissance très superficielle qui s'efface bientôt, de sorte que la majeure partie des françois, ceux mêmes dont l'éducation a été la moins négligée, parlenl très incorrectement leur langue : bien différent des Grecs et des Romains chez lesquels le dernier des esclaves auroit rougi de fane une faute, même légère, contre la pureté du langage.

Nous ferons marcher ensemble l'étude des deux langues Latine et Françoise, elles se prêtent un secours mutuel. Nous formerons U08 élèves à une bonne prononciation, nous les accoutumerons à lire, à écrire correctement : nous éviterons qu'ils se laissent aller

à cette monotonie qu'ils contractent si aisément dans leurs premières années d'école et dont ils ont tant de peine à se défaire.

Les principes de la bonne littérature accompagneront l'étude des Langues : on ne peut habituer trop tôt les jeunes gens à sentir, à goûter les beautés des auteurs qu'on leur met sous les yeux, à en saisir les grands traits, les pensées sublimes; c'est le vrai moyen de les former à l'art de la parole, et de leur donner une élocution facile. On les appliquera de bonne heure à la composition; on les habituera à rendre leurs pensées avec précision, à s'énoncer avec clarté, à parler avec noblesse, et une certaine hardiesse qui ne messied point à la modestie.

La Mythologie, nécessaire à l'intelligence des Auteurs, et sans laquelle les chef-d'œuvres de peinture et de sculpture ne sont pour nous que des énigmes, fera partie des premières instructions que nous donnerons aux enfants.

La Géographie et l'Histoire se donneront la main. Les beaux jours de la Grèce et de Rome seront comparés aux siècles d'ignorance et de barbarie qui les ont suivis. Le progrès des abus, la marche rapide de l'autorité vers le despotisme seront rapprochés de cet état heureux de liberté où une révolution, si longtemps méditée par les sages, tant désirée, si peu espérée, peut-être, vient enfin de nous placer.

Rien ne dispose mieux notre esprit à être propre aux spéculations justes et profondes que le génie qu'on puise dans l'étude des mathématiques ; rien* n'élève plus l'âme que l'étude de la nature. Les premiers élémens de ces sciences que nos besoins ont fait naître, peuvent être mis à la portée des enfans. Notre établissement croit avoir fait en ce genre une acquisition qui n'est pas à mépriser. Un ci-devant Bénédictin de la congrégation de Saint- Maur, qui, depuis neuf ans, a toujours été occupé à enseigner cette partie dans les Collèges d'école militaire tenus par ce corps, et à se perfectionner par l'étude des travaux et des découvertes modernes, veut bien sacrifier sa tranquillité à l'intérêt public et se charger de donner à nos élèves des leçons de mathématiques, histoire naturelle et physique. Cette partie des études ne sera pas la moins intéressante, et les parents doivent être flattés de trouver cette ressource dans notre Collège.

L'homme physique est intéressant à connoître. Le jeu des différents ressorts qui composent son étonnante machine, l'action des fluides et des solides, les fonctions des viscères qui la vivifient et li réparent en \ maintenant un parfait équilibre, sont autant d'ob-

jets dignes de ootre curiosité, Nous sommes sujets a des maladies que souvent nous pourrions prévenir par un régime approprié Ô notre tempérament; quelques Leçons de physiologie el d'hygiène peuvent donc terminer utilement Le cours d'instruction de nos élèves.

Kd.UCO.tion sociale.

La vie sociale nous impose des devoirs; elle is soumet a des

Lois de bienséance. II nous importe de connoître ce que nous devons ;'i dos concitoyens, et de nous convaincre que ce que nous pouvons exiger en retour ne peut être que dans une juste proportion, de ce que nous faisons pour eux et que cette dette n'esl pas même exigible.

Nous accoutumerons de l ne heure nos jeunes élèves aux petits

sacrifices qu'exige sans cesse L'ordre de Le société; nous Leur ferons Bentir la nécessité de se prévenir les uns les autres: nous Leur ferons comprendre qu'il ne faut pas trop tenir a ses opinions, qu'il faut souvent faire le sacrifice de la manifestation de sa façon de penser, au besoin de maintenir la paix et La concorde; on s'appli quera enfin à leur former un caractère doux, prévenant et affable, à leur faire contracter l'habitude de cette politesse de sentiment qui fait Le charme de la bonne compagnie.

Enfin, le plus beau de nos titres, celui de Citoyen françois, exige que nous soyons instruits des lois qui régissent L'Empire; nous nous ferons donc un devoir (Rétablir dans notre Collège une sorte d'école de droit public. Deux soirées par semaine seront consacrées au développement des principes de notre Constitution, à des instructions sur les différents Codes qui composent l'ensemble de notre Législation. <>n ne négligera rien, en un mot, pour procurer aux enfants qui nous seront confiés une instruction solide dans tous les genres et capable d'en faire des sujets précieux pour l'Etat.

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