LE PETIT COLLEGE
Au commencemenl du wn siècle, il n'existai pas d'école gratuite dans la ville de Chinon. Les vicaires des paroisses devaienl cependanl s»- livrer à l'instruction des enfants, comme cela se pratiquai alors en vertu des décisions de l'autorité ecclésiastique. Mais ces prêtres, n'ayanl pus de local spécial, ne pouvaient tenir d'école régulière; peut-être même demandaient-ils à leurs élèves une légère rétribution, ce qui empêchail les enfqnts des pauvres de bénéficier de leurs leçons.
Un vénérable ecclésiastique, Roberl Martin, alors principal du Collège royal, eut l'heureuse idée de combler cette lacune. Par son testament, passe devant M Leconte, uotaire à Chinon, le 17 mars PUS. il donna à la Ville un logis avec jardin, a condition d'y établir une école où les jeunes garçons des familles indigentes recevraient gratuitement l'instruction
Cette école, que le testateur désignait sous le nom de h Collège des pauvres . devait être tenue par « quelque pauvre chapelain ou autre pieuse personne » qui serait logé dans la maison et qui, tout en donnant aux écoliers une instruction en rapport avec leur âge. leur apprendrait h le Pater rvoster, le Credo et les commandements de Dieu ». 11 était en outre stipulé que les enfants des
(l Tous les faits concerna ni le petit Collège sont extraits, sauf indication contraire, des délibérations du Corps de Ville. (Arch. mun. il'' Chinon, série BB.
(2) Ce testament est reproduit in extenso à la Rn de ce volume (pièces ustificatives, E).
familles aisées n'y seraient pas admis e1 que l'immeuble ne pourrait recevoir une autre destination.
Roberl Martin donnait en même temps à la Ville, pour servir 'le dotation à cette école, deux rentes, l'une de dix livres, l'autre de cent sols, et une autre maison avec jardin y attenant. Enfin il désignait, pour remplir les fonctions de « principal et recteur dudit Collège des pauvres, M1 Jehan Brisoult, natif de la ville de Mayenne », demeurant alors avec lui; et il décidait qu'après le décès on la démission de ce dernier, ses successeurs seraient nommés par les élus et les échevins de la ville, qui leur imposeraient comme conditions d'exercer gratuitement leur charge et de faire réciter aux enfants, à la fin des classes, les prières que l'on avait coutume de dire « à l'ancien Collège », c'est-à-dire au Collège royal (1 .
Après la mort de Robert Martin, survenue sans doute vers la tin de l'année 1620, Brisoult fut donc de droit principal du Collège des pauvres, plus connu désormais sous le nom de petit Collège. Mais, tout en ayant ce titre, il ne s'occupa guère de satisfaire par lui-même aux obligations qui en étaient la conséquence, car il ne résida que rarement à Chinon.
Cette manière de faire était absolument illégale; elle était contraire aux prescriptions de l'ordonnance de Blois qui, par son article 72, exigeait que les principaux des collèges exerçassent leurs fonctions en personne et demeurassent dans l'établissement <2). Cependant les officiers municipaux sanctionnèrent eux-mêmes, à diverses reprises, ce qu'il y avait d'irrégulier dans cette façon d'agir.
Dès le 2 septembre 1624, le Corps de Ville donnait en effet son assentiment à un bail par lequel Brisoult cédait
(1) La fondation d'établissements analogues, destinés à assurer la gratuité '(<■ l'instruction aux enfants des classes indigentes, sans imposer aucun sacrifice aux villes ni à l'Etat, n'était pas rare au xvn6 siècle, qui, d'après M. Alfred Babeau, La Ville sous l'ancien régime, a plus que tout autre favorisé les progrès et la diffusion de l'enseignement.
i> Cette ordonnance a été rendue à Paris, par Henri III, au mois de mai 1579, soi- les plaintes et doléances des Etats réunis à Blois en 1576.
L'administration du petil Collège, pour un laps de temps de deux années, à François Chenard, alors principal <lu Collège royal, a la charge, par ce dernier, de se conformer aux intentions du fondateur.
Trois ans pins tard, en L627, Chenard n'ayanl sans doute pas renouvelé son bail el Brisoull n'étant pas à Chinon, La Ville se vil Mans i«i nécessité de nommer d'office un principal. Après avoir constaté ■• la longue absence de Brisoull » el fail observer que la charge de principal du petil Collège impliquait l'obligation d'j rési der, le Corps de Ville, par une délibération en date du 28 septembre, désigna, comme « précepteur el recteur » de cel établissement, un nommé Paul Jubeau, alors régenl au Collège, en réservanl toutefois les droits de Brisoull pour le cas où il donnerail un motif Légitime de son absence.
Il n'en fallait pas davantage pour provoquer le retour du titulaire Légal du principalat, et le 22 décembre suivanl la ville le réintégrait Mans ses fonctions, mais eu lui imposant L'obligation de les remplir en personne.
Malgré cette décision, Brisoull ne «levait pas tarder a abandonner de nouveau son poste. Il était en efïet parti depuis L ou 5 mois déjà, laissant pour le remplacer un nommé Julien Briand qu'il n'avait même pas pris la peine de faire agréer par la municipalité, quand, le 22 novembre 1628, le Corps de Ville décida de le sommer de revenir dans le délai d<> trois mois, sous peine de se voir donner un successeur et d'être déchu de tous ses droits.
Brisoult obtempéra sans doute aux injonctions des officiers municipaux. Mais, deux ans après, par un acte passé le 14 février L631 devant M" Besnard notaire à Chinon, il se faisait encore remplacer en donnant u bail, pour neuf années entières et consécutives, à Loys Beaudet, maître écrivain, demeurant paroisse Saint- Maurice, « les maisons, bâtiments, jardins, cours, rentes foncières et constituées, droits et appartenances dudit petit Collège », lesquels << maisons et appartenances, jardins et dépendances situés en la rue montant du carre-
four Saint-Etienne à la Porte de la Barre ». Ce bail était consenti moyennant une somme de 200 livres tournois pour les neuf années, mais il ne devait recevoir son exécution qu'à partir du moment où le sieur Beaudet sérail autorisé par le Corps de Ville à prendre la direction de rétablissement f1*.
Cette façon de procéder était, nous l'avons dit, tout à fait illégale. Cependant l'administration municipale lui d<aina son assentiment dans sa réunion du 22 du même mois, en présence des intéressés qui signèrent le procèsverbal de la séance.
Jehan Brisoult s'était retiré à Mayenne, son pays natal, où il mourut en 1640, étant alors prêtre habitué en l'église Noire-Dame. Il y fut inhumé le 6 mars, ainsi qu'il résulte d'un certificat délivré le 23 septembre 1611 par Estienne Laurens. curé de cette paroisse 2 .
D'après les clauses du testament de Robert Martin, il appartenait désormais à la Ville de choisir et de nommer le principal du petit Collège. Le procès-verbal d'une assemblée générale des habitants, tenue le 23 décembre 1641, nous apprend qu'à cette époque plusieurs candidats postulaient déjà pour occuper cette place. Cependant la nomination n'eut lieu qu'à la réunion du 24 janvier 1643, au cours de laquelle Gilles Petit, prêtre habitué en l'église Saint-Etienne, fut désigné pour remplir cette fonction. L'élu de l'assemblée, qui était présent à la séance, accepta et fit le serinent « de se bien et fidèlement comporter dans cette charge » et de satisfaire aux obligations imposées par le fondateur.
Gilles Petit conserva la direction du petit Collège jusqu'à la fin de 1665. Cependant, dès le 20 mai 1660, « étant très malade et sans espoir de guérison, à cause de grandes douleurs et d'une fièvre lente » dont il souffrait
(1) Une copie de ce bail se trouve aux Archives d'Indre-et-Loire, D. 7.
certificat, délivré sans doute à la demande du Corps de Ville de Chinon qui voulait s'assurer de la mort de Brisoult avant de lui donner un successeur, esl annexé à la copie authentique du testament de Robert Martin, conservée aux archives d'Indre-et-Loire, D. 7.
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ni irs, el " ne pouvanl plus vaquer à L'instruction «les pauvres », il ;iv;iii écril aux officiers municipaux qu'il désirait remettre et que «le [ail il remettait « entre Les mains de Messieurs du Corps de Ville le petil Collège des pauvres, pour la décharge il»' sa conscience », el qu il les suppliait d'en pourvoir dès ce momenl M François Per thiiis. prêtre habitué en l'église Saint-Etienne ]| .
il resta pourtanl en fonctions pendant cinq ans encore. Le :> iléeemlne L665, seulement, le Corps de Ville ni droit à sa requête en lui donnanl pour successeur celui qu'il avnit lui même désigné au choix de la municipalité el qui fut installé le surlendemain. Voici le procès verbal de son installation :
« Aujourd'huy septiesme décembre mil six cens boîx" cinq, qous, François Auvinet, greffier de la ville et communauté de Chinon, en conséquence de l'acte d'assemblée du cinquiesme de ce mois, et pour l'exécution d'icelluy, nous nous sommes transportés au petit collège des pauvres de cette ville, où estant, et M' François Perthuis, pm habitué en l'esglise S1 Estienne, nommé à l'exercice d'icelluy par ledit acte, s'estant présenté, l'avons, luy ce requérant, mis en possession dudit petit collège des pauvres, ce qui a esté fait en présence de M Pierre Dusoul p1" curé de S1 Estienne, et M' Pierre Beaudelon advocat au siège dudit Chinon. Les clefs et tiltres duquel collège ont esté mis es mains dudit sieur Perthuis par Mf Gilles Petit cy-devant pourveu d'icelluy, suivant l'inventaire fait aujourd'huy par nous dit greffier. De laquelle possession luy avons octroyé acte et jugé de ce qu'il s'est chargé desdites clefs et tiltres. Fait audit petit collège ledit jour et an que dessus » — Suivent les signatures (2).
François Perthuis ne resta pas longtemps à la tète du petit Collège. Il fut inhumé à Saint Etienne le 8 mai 1673; et. le 18 du même mois, le Corps de Ville désigna pour le remplacer M" Mathieu Thomas, prêtre habitué en l'église de cette paroisse, qui conserva ses fonctions pendant près de 14 ans.
Lorsqu'il mourut, en 1717, Thomas était premier vicaire
(1) Cette lettre se trouve aux Archives d'Indre-el Loire, D. 1. Cl) Archives d'Indre-et-Loire, D. 7.
de Saint-Etienne, où il exerçait son ministère depuis ependant, il fut enterré dans la collégiale de Saint Mexme, par les chanoines du Chapitre et à l'insu du clergé de Sainl Etienne qui, lorsqu'il se présenta à la porte de la maison mortuaire (le petit Collège) pour faire la levée du corps, ne trouva plus le cercueil. Les chanoines étaient venus l'enlever et l'avaient emporté par la rue île la Mariette, afin d'éviter de se rencontrer avec les prêtres de la paroisse. Les membres du Chapitre avaient agi ainsi parce que le défunt remplissait dans leur église une fonction. honorifique qui leur donnait, prétendaientils, le droil de procéder à l'inhumation. L'acte de sépulture, transcrit sur les registres de Saint-Mexme. nous apprend en effet que Thomas était « chapelain épistolier » de la collégiale (d>. Ces faits se passaient le 7 janvier 1717 (2).
Joseph Richard, qui succéda a Mathieu Thomas, était encore en fonctions au moment où la Ville céda à l'archevêque la direction du Collège royal, auquel le petit Collège fut alors réuni par suite de l'accord intervenu le 24 janvier 1736 entre la Ville et l'archevêque, et des lettres patentes données par le roi au mois de décembre suivant.
A la demande .du Corps de Ville, Joseph Richard conserva sa charge sous la nouvelle administration; mais à sa mort, survenue le 7 mars 1748, il n'eut pas de successeur. L'un des régents fut chargé de l'instruction gratuite des enfants pauvres.
Cependant, le 3 octobre 175 I, le principal du Collège loyal, qui était alors Philippe Chemin, exposa aux administrateurs que ses occupations et celles des régents ne leur permettaient plus d'enseigner gratuitement les enfants des familles indigentes, et les pria de disposer de la maison du petit Collège et des revenus qui s'y trouvaient attachés pour satisfaire aux obligations de
(1) Le chapelain épistolier était chargé de chanter les épitres.
(2 Voir a ce sujel une très curieuse protestation des clergés de Saint- Etienne el de Saint-Maurice réunis. (Registres paroissiaux de Saint-Etienne de Chinon.
In fondation de 1618. Kn conséquence, le i<» du même mois, le Conseil d'administration désigna, pour occuper le principalat du petit Collège, Pierre Grignon, clerc minoré el chapelain du Chapitre de Sainl Mexme, qui toucha drs lois les 15 livres de rente appartenant à cet établi ment el que le receveur du Collège lui payail en deux termes égaux.
Pierre Grignon fui le dernier principal du petil Colli qu'il «lui quitter en 1 7: » i . lors de la fermeture de cette maison d'instruction. Peu de temps après, un arrêté du Conseil général de la commune, en date du i frimaire ii ii il. l'attachait, en qualité d'auxiliaire, à l'école primaire publique de la ville, donl le directeur étail alors le a citoyen Pépin ».
Le petit Collège, étanl ensuite devenu la propriété de l'Etal l), fut aliéné comme domaine national et adjugé à un nommé Prosper Sionneau le 21- germinal an VI Mais cette adjudication fui sans doute bientôt annulée, puisqu'après la Révolution, les bâtiments, alors en ruine furenl démolis en vertu d'un arrêté préfectoral, en date du io avril 1806, rendu à La demande de la Ville qui étaii alors propriétaire de cel immeuble.
hivers documents nous apprennenl que le petil Collège étail situé dans la rue conduisant du carroi de Saint- Etienne à la Porte de la Barre el qu'il joignail le grand Collège du côté du couchant. Les restes de constructions anciennes, que l'on voit encore sur le bord de la terrasse située à l'est de l'aile droite du Collège actuel, doivent être les derniers vestiges des dépendances de cel établissement OÙ, pendant près de deux Siècles, les enfants des
classes indigentes reçurent gratuitement l'instruction.
(l Sans doute par suite de l'échange mentionné page 134. (2) C'est par erreur que M. Carré de Busserolle (Dict., t. II, p. 274 donne cette adjudication comme se rapportant au Collège royal voir p. 134, note ;
Liste des principaux du petit Collège et de leurs suppléants.